dimanche 10 avril 2022

COSTUME MEDIEVAL

COIFFES ET CALES   

Mode masculine, 1.

 

Frédéric II, fresque de Bassano del Grappa. Dites-le avec des fleurs.
    On parle souvent de coiffures féminines. Pensons un peu à ces messieurs à présent. Ou pas ?

 Bref, il est temps d'aborder l'angoissante question de la cale, du cale, bref, de la coiffe...

 Devinez qui est notre sponsor non officiel ?

PUBLICITE ANCIENNE (MARS 1960) POUR L'ANTI-DOULEURS " ASPRO " | Rakuten

Cale ou coiffe ?

 Le mot "coiffe" est un chouïa casse-pied. Parce que de nos jours, on peut l'utiliser pour désigner plein de trucs différents qui se mettent sur la caboche.

 On va tenter de définir ce que c'est au Moyen Âge. 

Cale à Naumbourg. Riche.
 On appelle ainsi le machin qu'on se met sur la tête, aussi bien pour homme que pour femme, qui est en lin, normalement, qui peut aussi être en soie, et là, c'est du filet (un truc qui se met sur la tête, forcément, ça la prend) et qui se ferme avec des cordons. Pour les messieurs, ça se noue sous le menton, pour les dames, on entortille ça autour de la tête, ou on noue derrière, si on a pris l'option crêpine (filet, quoi).

Pour ces dames, vite fait...

 Pour s'y retrouver, on appelle la coiffe féminine "dite de ste Brigitte", ou, plus communément, parce qu'on veut pas se compliquer la vie "la Bribri". On va pas en faire tout un fromage quand au pourquoi du comment. Ca se porte en XIIIe-XIVe. Et le nom vient de la pièce archéo qui aurait appartenu à... Ste Brigitte. Quelle coïncidence ! La Bribri peut être ornée de broderies discrètes à la jonction des différentes parties.

Coiffe germanique, fin XVe, Nuremberg. Déco comparable à la pièce archéo trouvée en Autriche.
 Mais ce n'est pas le seul modèle de coiffe féminine.  On en a aussi retrouvées d'autres, plus tardives, par exemple à Lengberg. C'est du lin. Et c'est décoré de sprang au milieu. Ca correspond à ce qu'on voit sur des peintures germaniques de la fin XVe. C'est beau quand l'archéo vient soutenir l'image ! Coiffe visiblement de petit statut. Pour l'anecdote, rappelons qu'à un moment, on a pensé que c'était un soutien-gorge croquignolet.

Pour les messieurs... Pas trop vite fait

C'est donc le machin fait en deux parties reliées par le centre, avec un cordon qui fait office de biais. Avec ou sans déco (comme pour les femmes,d 'ailleurs). Pour la déco, on en recausera plus tard, dans la 2e partie (oui, parce que c'est parti pour être en deux parties).

Et c'est là qu'on commence à avoir très mal au crâne.

Dans les textes XIIIe, il ne serait question que de coiffe. Ce qui va nous compliquer la vie, déjà parce que c'est le même mot pour les coiffes féminines qui ne sont pas semblables. Du coup, on ajoute un truc derrière : "féminine", ou "Bribri", pour s'y retrouver un peu. Et y a les filets aussi.

Mais, alors, pourquoi on appelle ça aussi "cale" ? Et c'est le ou la cale ? Ca sort d'où cette cale ? 

Comme le dirait Desproges, d'une cale à Hambourg de derrière les fagots ?


Ben, pas tant que ça. 

Gratte-gratte menton

"Cale" désigne effectivement la coiffe masculine nouée sous le menton, et ce, sans ambiguïté aucune. 

Cale à Copenhague, pécore (cuistot)
 Les mots au Moyen Âge vont et viennent. Les sens changent, se précisent... Guimpe, par exemple, ne désigne pas la même chose au XIIe et au XIVe. Cale, ce serait pareil. 

Désigner la coiffe sous le nom de "cale" pour le XIIIe serait un pitipeu anachronique (on va vérifier ça), mais, au final, ce n'est pas de l'invention. Ce serait juste "anticiper", pour savoir de quoi on cause exactement et éviter les malentendus avec l'usage actuel de "coiffe". Un peu comme quand on cause de robe, au sens actuel, pour désigner la cotte. Sauf que la robe, au XIIIe, c'est quand même un concept très précis, et c'est même un peu plus gênant de mettre robe pour cotte que cale pour coiffe masculine. Mais, l'usage, la compréhension, tout ça... On précise de temps en temps, et le tour est joué, même si c'est un peu problématique. Et puis, de toute manière, pour la proportion de personnes qui tiennent compte du concept de robe en reconstitution... violon, pipi, tout ça. Vous voyez le principe. 

(Et pourtant, on en a des sources écrites, et des études !)

dessin de Phest, Stéph Chaumont, source FB. (si problème, me le signaler, merci)

La calette des rois

 Si on se réfère à Gay, cale apparaît, sous la forme de "calette", en 1379. Gay qui précise que ça correspond à pas mal de coiffures selon les périodes et lieux, mais surtout à celle qui se noue sous le menton. Jusqu'à l'époque de Louis XII. Après, c'est un petit calot. 

Cale à Burgos
 Enlart, de son côté, nous offre une définition plutôt longue :

 "A partir des dernières années du XIIe siècle, jusqu'au début du XVe siècle, on fit grand usage d'une coiffure de linge, plus rarement d'autre étoffe ou de cuir, qui se nomme kalle, ou calette (corocalla). C'est une coiffe qui emboîte complètement le crâne, encercle le front, suit la nuque en ligne droite et porte à ses deux angles des cordons qui se nouent sous le menton. Cette coiffure, qui fait encore partie de la layette de nos petits enfants, a été portée jusqu'à la fin du XIVe siècle par les hommes de tous âge et de toute condition. La cale se porte seule, sous un bonnet ou sous un chapeau." (144)

Cale à Parme (pécore)
 Et là, y a pas à ergoter : cale, nouée sous le menton, dans les mémoires d'Olivier de la Marche, en 1474. Description du roi Jacques de Naples, venu à Pontarlier en tenue plutôt humble, il faut bien le dire.

 Allez, je vous mets le texte, p. 194 :

 Et ay bien mémoire que le Roy se faisoit porter par hommes 
en une civière telle sans aultre differance que les 
civières en quoy l'on porte les tiens et les ordures 
communément ; et estoit le Roy demy couché, demy 
levé, et appoyé à l'encontre d'un povre meschant des- 
rompu oreillier de plume. Il avoit vestu, pour toute 
parure, une longue robe d'ung gris de très petit pris, 
et estoit scaint d'une corde nouhée à façon de Corde- 
lier, et en son chef avoit ung gros (blanc) bonnet, que l'on 
appelle une cale , nouhé par dessoubz le menton ; et 
de sa personne il estoit grant chevalier, moult beaul 
et moult bien formé de tous membres.
Jeanne et Jacques... Un mariage pas heureux

 La venue de Jacques II de Bourbon, comte de la Marche, à Pontarlier eut lieu en 1435. Comme Olivier de la Marche se sent obligé de préciser quelques petites choses au sujet de la cale, on pourrait en déduire que l'objet est passé de mode en 1474. En passant, en 1435, le roi de Naples (par mariage, et ça tourne mal) se fait moine cordelier. 

 Bref, le mot cale désigne bien le petit bonnet blanc noué sous le menton. Peut-être pas au XIIIe, mais un peu plus tard, oui, aucun doute. En tout cas, ça colle avec ce qu'Enlart a écrit pour le début XVe (même s'il se contredit un peu plus tard en causant fin XIVe... Mais peut-être qu'il considérait que le "toute condition" n'était plus très valable un peu plus tard, la tenue du roi de Naples étant plutôt pénitente que royale...)

Et... cale au XIIIe ?

 On trouvait mention de cale quelque part ? Ca sort d'où, ce kalle ? Dans la perfide Albion ?

Cale à Reims
 C'est qu'on a un paquet de gens qui sont callemaker. Stacy la Kallemakestere est citée à Colchester en 1311. Il y a plein de variantes : kelmakere, kellemakere, kelmaker, kallemakestere, autour de 1300 et avant 1500. 

 Et... Avant 1300 ? 

 Walterus le Kallere, qui apparaît dans les comptes d'Henry III en 1242. Et on a un monsieur Calemon (homme faisant des cales) en 1260.

Cale à York, gars suffisamment riche pour payer un vitrail à la cathédrale.
 Vous en voulez encore ? Le Lexis, pour "caul" : 

 "net for the hair or a similar kind of headdress, frequently described as worn by women but occasionally by men; a modern caul, a close-fitting linen cap worn by men and women; also, more general headgear."

 filet pour la chevelure, ou sorte similaire de coiffure, souvent décrite portée par les femmes, mais parfois par les hommes. Une cale moderne, un bonnet ajusté de lin porté par hommes et femmes ; aussi, une coiffure plus générale.  

 Les formes de caul : calle (ancien français), caul, kell. Et d'autres : cal, call, chale, chelle, gallis, kalle, kel, kele, kelle, kolle...

 Le mot calle se trouverait dès 1121-35. Attention, il désigne plein de choses (ça alors !)... Un manteau, un filet à cheveux, ou une coiffe ajustée. 

 Evidemment, on va retenir la description en tant que coiffe ajustée (sans biais de confirmation, j'espère).  Là, pour le XIIIe, c'est bon.

Cales à Montefiascone. Riches. L'intérêt de la cale est d'éviter aux cheveux de se dresser sur la tête quand on tombe sur 3 macchabées qui ont envie de taper la discute...
 Enlart, il a pas sorti ses infos de son chapeau magique, finalement. Quand on vérifie, pas de mauvaise surprise (ça change du hennin, mais, en toute honnêteté, il a fait aussi des descriptions très pointues des coiffes XVe, en leur donnant des noms plus appropriés). C'est tout le charme d'Enlart. Parfois il a de très bonnes infos, parfois, il se laisse aller à des infos pourries. C'est pour ça qu'il faut vérifier, croiser, trier, déviolletleduquiser, etc. 

 Du coup... Messieurs, appelez ce que vous avez sur la tête "cale". Si ça vient de l'ancien français, on ne va pas réserver ça aux Anglais. Après, pour savoir si c'est le ou la... C'est comme vous voulez. 

Cales à Bassano del Grappa, musiciens (donc, fauchés)
 Et pour le filet... Ben évidemment qu'il existe pour hommes. On a des sources imagées certaines au XIVe, par exemple. Mais, c'est plus ancien. 

Coiffe ou cale ?

 On repart sur Enlart :

Cale à Burgos, en fait, j'en mets de plein d'endroits différents, juste pour montrer que c'est un peu international, comme coiffe.
 

 "La coiffe est une cale sans brides ; on la trouve dès le XIIIe siècle et elle continue de se porter sous le chapeau jusqu'au cours du XVIe siècle, où son couvre-nuque s'étale. Elle survit donc longtemps à la calette.

 "Il est probable que les deux coiffures ont été souvent confondues.

 "Christine de Pisan (sic) la date de 1377, montre Charles V ôtant son chapeau et laissant voir sa coiffe, et elle note à ce propos que "ès anciennes guises" les rois la portaient déliée, c'est-à-dire très fine, sous leurs chaperons. Cette coiffe déliée ne serait-elle pas la calette même que figure le manuscrit de La Haye ?" (145)

Charles V portant la coiffe ou cale à La Haye
 Bref... Coiffe et cale, ce serait kif-kif... 

 Et portée par les rois. Mais... Depuis quand ?

 Je sens que qui porte quoi va faire l'objet d'un autre article. Pour l'instant...

On résume :

 Le mot cale est documenté depuis le XIIe siècle, en Angleterre, mais viendrait de l'ancien français. 

 Il pourrait désigner pas mal de choses, dont la coiffe qui se noue sous le menton (ça, c'est sûr en 1435... Avec un auteur qui prend soin de préciser, parce que quand il écrit ça, ça a l'air de plus être très fashion).

 Il semble que cale et coiffe soient, finalement, synonymes, même s'il peut y avoir quelques variantes. Toujours la même histoire... Périodes, lieux, etc.

 Mais, la cale, le cale, le nombre de "l", un "k" ou un "c", etc., c'est au choix. On se prend assez la tête comme ça, non ?

ET LA FAMEUSE CALE A HAMBOURG !!! Facile à trouver. Petit hommage à Pierre Desproges !


 

 



Costume médiéval

HENNIN

Eh non, que nenni ! 


Hennin Images – Browse 72 Stock Photos, Vectors, and Video | Adobe Stock
Le XIXe et sa vision du Moyen Âge... Combien d'erreurs ?

On a déjà parlé du boudin... On retourne au beau pays des coiffes médiévales, avec le hennin.

On a vu que le boudin, c'est pas vraiment une vraie coiffe médiévale, mais en fait, si, un peu, si on va en Italie, à différentes périodes, en certains endroits et sous certaines formes, et de toute manière, ça s'appelle pas boudin, mais balzo. 

Alors, le hennin... Comment dire ?

Ben... Oui, ça a existé, sous certaines formes, qui dépendent des endroits, c'est un peu plus européen, même si le beau hennin bien conique, c'est quand même plutôt bourguignon, et c'est pour ça que ça fait un effet boeuf... Mais surtout... ô surprise ! Ca ne s'appelle pas hennin.

Faut pas dire hennin.

Surtout, faut pas dire hennin.

Hennin, c'est pas bien.

Hennin, ça craint.

Je ne vais pas en faire des tartines. Il y a un excellent livre sorti sur la question, par Alix Durantou : Grandes cornes et hauts atours. Ce livre a le mérite de mettre les choses à plat. 

Grandes cornes et hauts atours - Le hennin et la... de Alix Durantou -  Grand Format - Livre - Decitre
Comment ça, vous ne l'avez pas encore ?


Ca vient d'où le hennin ?

Hennin est en réalité un terme péjoratif, utilisé une fois, une seule, par un prédicateur un tantinet misogyne (pléonasme ?) pour désigner les coiffures féminines à la mode. "il s’agit uniquement d’une formule péjorative inventée en 1428 par le frère Thomas Conecte, prédicateur de l’ordre des Carmes, pour huer les femmes portant de “hauts atours”. Elle pourrait être mise en rapport avec l’interjection hurte belin (bélier, frappe des cornes) utilisée au XIIIe siècle pour conspuer les femmes à base de tresses" (Durantou, p. 17). 

Hennin pourrait aussi venir du néerlandais henninck, qui veut dire coq. Ou, pourquoi pas, renvoyer au hennissement... Rapport aux juments (voir un peu plus loin...). Et, une dernière pour la route. Le nom serait lié à la popularisation de la coiffure par une dame originaire de Hénin.

"Au hennin ! Au hennin !" tout ça pour pousser les gamins à tirer sur les voiles des dames... J'vous jure, ces prédicateurs, ils mettent un sacré bazar ! 

"Et mesmement, quant les dessus dites femmes de haute lignée se departoient, iceux enfants, en continuant leur cri, couroient après, et de fait veuloient tirer jus lesdits hennins". Sales mioches !  (alors, en fait, c'est Monstrelets qui raconte les effets de la prédication de monsieur Couette.)

Eugène Viollet-le-Duc — Wikipédia
Encore lui !

Le terme a été repris pas Viollet-Le-Duc (oh ben quelle surprise), Quicherat, Bonnard, et leurs successeurs, les pourtant plus sérieux Gay et Enlart, qui ont raté une occasion de corriger ce cher Eugène. Ceci dit, Gay indique bien que le terme de hennin n'apparait qu'une seule fois, en 1428 (pour les chipoteurs, il apparait plusieurs fois, mais toujours dans le même texte...). Et c'est Enlart qui nous sort l'histoire de la dame de Hénin. Et puis, même Flaubert s'en mêle... Il n'en fallait pas plus pour assurer le succès international de ce terme de hennin... Pour désigner les atours. Et alors là dessus, on ajoute le cnrtl, qui, là encore, est à côté de la plaque... Et vous reprendrez bien un peu de Littré ? Et pourquoi pas le glossaire en ligne du musée de Cluny ? 

Parce que c'est comme ça qu'on doit les appeler. Atours. Atours coniques, atours tronqués.

Mais, là où ça devient encore plus cocasse, c'est que ce cher Conecte (ou Couette, selon les auteurs... Obsédé par les coiffures, ou mauvaise literie ?) ne visait pas les coiffes coniques, qu'on appelle faussement hennins de nos jours, mais les coiffes à cornes.

Oui, je sais... C'est encore sponsorisé par aspro.

PUBLICITÉ OUF MERCI Vite Aspro Et La Douleur S'en Va Tour De France Facteur  Vélo EUR 3,00 - PicClick FR
Je devrais me faire financer par eux, tiens...


Cornes 

Les coiffes à cornes, c'est encore autre chose. C'est la phase précédente, on va dire, et ça pourrait évoquer les oreilles de jument. Et si le mot hennin ne figure que dans un texte, les cornes reviennent régulièrement, et sont raillées, d'Eustache Deschamps à Olivier de la Marche... Atours est aussi assez courant (plus que hennin qui... Oui, bon, je crois que c'est clair, hein ?)

Maintenant, ces différents atours, le terme apparaissant avant 1350 (mais quelle en était la forme ?), ils ont plein de formes (ah ben tiens !). 

hennin |
Version bourgeoise raisonnable

On a les atours divisés, qui évoquent les cornes... Plus ou moins hauts. Forcément, plus on va monter en statut, plus la coiffe va monter en hauteur... Voire en largeur, avec des armatures, des voiles qui pendouillent dans tous les sens. Ca peut grimper jusqu'à 45 cm... Bref, discrétion assurée. Un truc à devoir faire agrandir les portes ! (Paraît qu'Isabeau de Bavière a demandé cela... Vraiment...) 

Isabeau de Bavière — Wikipédia
Christine de Pizan était pas fan, mais Isabeau, si...

Ca cache souvent les oreilles. Et c'est surtout une coiffe de la fin du XIVe, première moitié XVe, qui perdure jusque vers 1470. On peut la stabiliser grâce à une bande passant sous le menton. On peut y ajouter un boudin, agrémenté de voiles, tant qu'à faire, boudin non posé à plat, mais se creusant au centre. Les atours divisés en deux parties très hautes sont dits à pain fendu. Les parties relevées s'appelleraient les hausses...

Cônes

Cônes moka (06062) | Livraison gratuite | bofrost.fr

Les atours coniques sont plus tardifs. 2e moitié du XVe siècle. Ils peuvent aller très haut, mais sont rarement des cônes entiers. Rigides, ils sont la plupart du temps tronqués, à différentes hauteurs. La version bourgeoise est plus basse et plus souple, mais certaines dames de la haute bourgeoisie visent les hauteurs de la noblesse (Madame Portinari, ne vous sentez pas visée, surtout...). 

Reproductions De Peintures | Triptyque Portinari détail , 1478 de Hugo Van  Der Goes (1440-1482, Belgium) | WahooArt.com
Version bourgeoise se la pétant...

On peut y ajouter des perles, histoire de faire encore plus discret. On peut l'entourer d'un voile, qui pend aussi sur l'arrière. On peut le faire surmonter d'une longue épingle où on accroche un voile. Discrétion, discrétion... 

Mary of Burgundy: The Basics – Maidens and Manuscripts: Taking a fresh look  at people and events from 1347 to 1625, with a focus on women and  illuminated manuscripts
Marie de Bourgogne, plus discrète que Madame Portinari...

L'atour peut reposer sur une bande de velours posée sur la tête, qui peut remonter sur la base du cône et qu'on peut décorer de pendants. Et, là encore, on peut ajouter une bande passant sous le menton. 

Cône de chantier 50 cm - PACK de 10 cônes - Cônes de Chantier - Balisage &  Marquage - Signalisation

Et sinon, l'atour conique serait typiquement bourguignon... Mais, ça n'empêche pas la duchesse de Savoie d'en porter aussi (entre voisins...). Ceci dit, cela reste, quand même, assez limité géographiquement. Domaine bourguignon (ça fait déjà grand), et proches voisins influencés par la richesse de la cour bourguignonne. Ce qui fait pas mal de monde au final...

Ah la la ! Ces coiffes, ces coiffes, ces coiffes ! On n'a pas fini d'en causer !

C'est tout pour aujourd'hui - le blog espace-holbein

lundi 27 décembre 2021

La teinture y est

INDIGO, UNE TEINTURE A USAGE SPECIFIQUE ?

Ca va être tout bleu !


Pour les bleus des textiles méd, au Moyen Âge, il y avait surtout deux plantes utilisées pour faire du bleu. 

La guède, ou pastel (woad in English, Isatis tinctoria, pour les intimes)

 L'indigo, ou indigo (indigo in English, Indigofera, pour les intimes et le nom de famille)

Au fond à gauche de l'indigo, à côté de la guède (teintures sur laine, soie, coton et lin, palais Mocenigo, Venise, 2016, voir là)
Pour plus de détails techniques, géographiques, chimiques et toutiquantiques, je vous renvoie au livre de Dominique Cardon, le Monde des Teintures Naturelles, chez Belin. Y a plein de pages dessus... Voir  chapitre 8. 

(Pssst : NdT, ça veut dire Note de Tina, pas Note de la Traductrice... Et quand c'est écrit en majuscule, c'est moi qui ai pris l'initiative. C'est pas dans les textes d'origine...)

De l'indigo dans le paonacé ?

Dans mon bouquin sur le costume 13e (en particulier vers les pages 110-112), j'évoque, à partir de l'article de Benjamin L. Wild sur le Roll of Cloths d'Isabelle d'Angleterre (article ô combien précieux, qu'on trouve dans Medieval Clothing and Textiles 7, 1-31) l'indigo comme base éventuelle du bleu paonacé. 

Ce qui est dit dans l'article original est ceci : "If the dye came from indigo, which was imported from India, the cloth would have been considerably more expensive than if the dye had been extracted from the woad plant" (10) "Si la teinture vient de l'indigo, qui était importé d'Inde, l'étoffe aurait été bien plus considérablement chère que si la teinture avait été extraite de la guède". Wild se réfère ici à l'édition anglaise du livre de Piponnier et Mane Se Vêtir au Moyen Âge. Livre qui commence à dater et à utiliser avec prudence, surtout pour tout ce qui est avant le 14e siècle (toujours la même histoire). Et donc, là, y a un gros "Gnééé ????" 

parce que ces dames ne causent à aucun moment de l'indigo, mais uniquement de la guède, qui, effectivement, coûte moins cher que le kermès. C'est la fiesta, là. Bref, ça confuse un chouïa. Et du coup, j'ai envisagé, pour le paonacé en question, une teinture vraisemblablement à l'indigo. Connaissances d'il y a 8 ans. Depuis, ça a bougé. C'est que la copine Prudence était partie faire un tour, la coquine.

Si on se réfère au seul fragment de paonacé connu, venant de Prato (archives Datini) et datant d'autour 1400, étudié par Dominique Cardon (Cardon Dominique. "Échantillons de draps de laine des Archives Datini (fin XIVe siècle, début XVe siècle). Analyses techniques, importance historique". In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 103, N°1. 1991. pp. 359-372.
doi : 10.3406/mefr.1991.3158
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_1123-9883_1991_num_103_1_3158) c'est une autre histoire. 

On tombe là sur un tissu dont le bleu est obtenu au pastel. Le pastel, en prime, ce serait anti-mite. Voilà, je pose ça là en passant, vous en faites ce que vous voulez. 

Exit l'indigo pour le paonacé. Dans la mesure des connaissances actuelles, c'est plus sûr.

ON A DIT "BLEU" !
De l'indigo dans la laine ?

Et c'est là qu'on va se poser des questions rigolotes...

On a de l'indigo pour le lin, quelques exemples chez les Nordiques, par exemple... Mais... Des traces d'indigo sur la laine, ça donne quoi ?

Et on va donc se balader du côté de Medieval Clothing and Textiles. Encore. Mais cette fois... le 10 ! Paru en 2014. Soit après mon bouquin, et là, c'est ballot. 

Il y a dedans un article très intéressant de Lisa Monnas, qui sait de quoi elle cause quand il s'agit de soie. Et qui là parle de couleurs. "Some Medieval Colour Terms for Textiles", 25-57. 

A partir de la page 28, ça cause bleu. Et c'est la cata...

Teintures indigo sur laine, à Magdebourg (Kulturhistorisches Museum), 2020. Derrière, on voit un cube. L'indigo était importé en carreau, ce qui fait qu'en Europe, on l'a souvent considéré comme teinture d'origine minérale.

Pour Lisa Monnas, l'indigo, p. 29, c'est pour la soie au Moyen Âge. Que pour la soie... Et d'ailleurs, si on se réfère à Joinville... Notre cher Saint Louis portait "une cotte de samit ynde" à Saumur en 1241 (Joinville, §94, assorti à un surcot et un mantel de samit vermeil, si ça vous intéresse. Dans mon bouquin, p. 111, je parle de satin, mais... vous connaissez l'histoire. Samit mal traduit en satin, entre autre par VLD. Je vous renvoie Ici, ça en cause en scrollant un peu.)

De l'ynde pour de la laine... J'ai pô trouvé. Ni en texte ni en archéo. 

Reprenons notre bible, le Cardon, voir ce qu'elle en dit, de cet indigo qui n'aime pas la laine...

En route pour la page 357 !

Et aussi la 358... 

Pendant ce temps (avant le 17e-18e, en gros, NdT), l'indigo reste très marginal en Europe, mais non pas inconnu. Importé d'Orient par une chaîne d'intermédiaires au bout de laquelle prospèrent les marchands, surtout vénitiens et génois, on le trouve mentionné à plusieurs reprises dans les registres de comptes du Moyen Âge : à Gênes en 1140, à Marseille en 1228, à Londres en 1276. Il est utilisé comme peinture mais aussi comme teinture, d'abord adoptée pour la soie et les futaines (tissus mixtes de lin et coton ou lin et laine) : c'est dès 1250, peu de temps après la reconquête de Valence sur les Maures, que le roi d'Aragon Jacques Ier accorde aux teinturiers de futaines de la ville un règlement sur la teinture à l'indigo. L'indigo est cité également dans le plus ancien règlement à l'usage des teinturiers vénitiens (...) en 1305. En revanche, il va rester LONGTEMPS INTERDIT EN EUROPE POUR LA TEINTURE DE LA LAINE. C'est le cas en 1317, à Florence, dans les plus anciens statuts de l'Art de la laine (...). L'ajout d'indigo à la cuve de pastel est bien autorisé en 1416 à Barcelone, mais il va de nouveau y être interdit au cours du XVe siècle, alors qu'à la même époque, des recettes de cuve d'indigo pour la soie se retrouvent dans deux traités de teinture, l'un florentin, l'autre vénitien.

Premier point : On est un peu mal pour le Haut Moyen Âge, avec des sources écrites commençant en 1140... 

Deuxième point : On est très mal pour la laine, en général...

Troisième point : En gros, c'est mort quoi... 

Quatrième point : Un nouvel espoir... 


Une nouvelle thèse

Usages de l'indigo dans la thèse d'Obi Wan Kenobi de Mathieu Harsch, "La teinture et les matières tinctoriales à la fin du Moyen Âge : Florence, Toscane, Méditerranée"

Soutenue en 2020. Ca roule. Consultable en passant par là

Euh... Comment dire... ?

 Ben en citant (49-50)

En revanche, l'indigo n'est cité ni dans les Statuts ni dans les registres de Délibérations des consuls de l'Art de la Laine au XIVe siècle. Cela ne signifie pas forcément qu'il était interdit, mais simplement qu'il n'était pas d'usage de l'utiliser en draperie (Petite rectification de l'interdiction évoquée par Dominique Cardon en note, 78, p. 50, NdT). L'INDIGO ETAIT EN EFFET UN COLORANT DE LA SOIE. Le Trattato dell'Arte della Seta florentin en fait même l'élément de base de sa recette de bleu. (...) En réalité, l'indigo ne concurrençait pas la guède, QUI RESTAIT, AU MOYEN AGE, LA SEULE OPTION VALABLE POUR TEINDRE LA LAINE EN BLEU. (...) La teinture à l'indigo nécessitait d'autres procédés e cuve, plus drastiques, mais corrosifs pour la laine. (...) L'indigo était donc indiqué pour teindre la soie ou le coton (ou le lin lorsque c'était autorisé), mais dans des cuves plus "chimiques" que la cuve d'agranat utilisée en draperie. Son coût représentait également un obstacle, surtout pour l'industrie des fibres végétales, SI BIEN QU'EN DEFINITIVE ON NE L'UTILISAIT REELLEMENT QU'EN SOIERIE."

La lecture des pages 368 à 375 est aussi conseillée à ceux qui veulent en savoir plus sur l'indigo au Moyen Âge.


Oui, je sais, ça concerne le domaine méditerranéen.

Mais voilà... L'indigo a été étudié par d'autres (voir, par exemple, les travaux de Jenny Balfour-Paul, en anglais), et... On retombe toujours sur les mêmes résultats. 

La soie, c'est bon, la laine, c'est pas bon. Question, déjà, de réactions chimiques avec les moyens de teinture de l'époque.

Ceci dit, pas d'panique !

Qu'en est-il des autres secteurs géographiques et des périodes précédentes ? Alors... Déjà, il paraît que les techniques de teinture ont progressé, grâce aux croisades, à partir du XIIe siècle. Ce qui est un tantinet en contradiction avec l'idée de problème technique à la fin du Moyen Âge. Enfin, je crois, quoi... 

Après, j'suis pas trop dans les questions techniques. Cependant, il semble y avoir un réel consensus quant à l'usage de l'indigo en teinture. 


Mais... Comme me l'a souligné Grégoire le Guesderon : "l'analyse est donc impossible pour différencier le bleu obtenu à partir de plantes non européennes comme l’indigotier ou celui tiré du pastel de guède, la plante européenne, sur des textiles anciens pour le moment et donc un bleu saturé obtenu à l'indigo est bien le même qu'un bleu saturé (pers) obtenu à la cuve de pastel... et qu'en évocation, on ne pourra pas faire mieux. Pour une véritable tentative de reconstitution, il faudrait monter toute une cuve d'agranat de pastel... personne ne le fait de façon courante, cela a déjà été fait par quelques fous (dont moi en 2000...on ne rajeunit pas...) mais c'est titanesque à mener..." (la cuve à agranat est expliquée en 338-340 du Cardon, pour ceux et celles qui seraient tentés).

 

Au final, je profite bien de cet article pour rectifier et préciser la page 111 du costume médiéval au XIIIe siècle, suite à la parution d'un article postérieur, qui m'a mis le doute et m'a fait me replonger dans la cuve à teinture.

 

Je tiens à adresser un énorme merci à ce grand connaisseur des teintures médiévales qu'est mon compatriote lorrain Grégoire le Guesderon, qui m'a été d'une aide précieuse pour dénouer tout ça. 


On ne peut pas faire la différence sur les textiles anciens pour l'instant. Du coup, ben si on veut utiliser du tissu (laine) teint à l'indigo, pourquoi pas ? Ce n'est a priori pas histo, mais... Si, visuellement, ça permet d'obtenir un bleu semblable à ce qui pouvait se faire au Moyen Âge avec du pastel... Vive l'indigo !

Et puis, ça pourrait aussi être génial de faire une cuve à agranat ! (Y a un défi, là !)





samedi 11 septembre 2021

RECONSTITUTION

 LADY CASTEL, soyez histo sur vous

Quand porter votre chaperon ?

Et me revoilà, ravie de vous retrouver. Et donc, je vais m'occuper de ce qui vous chiffonne en ce moment, et on va parler d'un objet qui prend la tête. 


 

Le chaperon.

Non, pas vous mademoiselle. Il n'est pas question de mère-grand ici.

 

  Pas forcément rouge. 

Evidemment, nous n'allons pas nous intéresser à l'objet tel qu'il est porté par le commun des pégus. Marins, paysans, et autres. Là, c'est du vêtement utile, pratique pour les travailleurs. La capuche avec une collerette plus ou moins longue, ça existe depuis trèèèèèèèèèèèèès longtemps, ça porte plein de noms... On est au courant.

 

 

 

Mais à partir de quand voit-on les gens de bonne famille le porter ? 

En voilà une question qui est certes bien bonne. 

Le chaperon chez les pas pécores

Les sources iconographiques (vous savez, celles dont il faut le plus se méfier. Qui jouent avec la fantaisie, les anachronismes, les copies, les images idéalisées, etc.) semblent indiquer que le chaperon, appelons le ainsi (puisque c'est le nom sous lequel il est le plus connu) est un accessoire prisé de la noblesse à partir de la fin du XIIIe siècle. On va le trouver, par exemple, doublé de vair dans les représentations du Dit des Trois Morts et des Trois Vifs. Auparavant, le chaperon brille quand même par son absence dans les représentations, très stéréotypées, de la noblesse.

Une fresque quand même bien utile, cette petite merveille de Melfi, fin XIIIe, sur laquelle on a écrit tant de bêtises... (photo office du tourisme de Melfi)
Déjà, le chaperon est plutôt un vêtement d'extérieur. Même si les périodes suivantes vont montrer que cela peut être très chic de le porter de diverses manières en intérieur, même quand on est duc de Bourgogne. On pourrait aussi considérer, si l'on se base sur le Dit des Trois Morts et des Trois Vifs (pouvaient pas faire encore plus long comme titre ?), qu'il s'agit d'un vêtement de chasse. Le vêtement d'extérieur, avec capuche intégrée, par excellence au XIIIe siècle, c'est la chape. Une tenue plutôt encombrante, vu la masse de tissu qu'elle implique avec ses manches, et une capuche attachée, on va dire que, pour la chasse, ça peut devenir plutôt gênant (effet KWay garanti, si vous voyez le genre...).

Le chaperon, finalement, il suit quand même les mouvements de la tête, et du coup, l'effet KWay se fait moins sentir. 

Y a quand même des problèmes de vision latérale, parfois... Un peu... A peine... (Claus de Werve, un des pleurants du tombeau de Philippe le Hardi, 1404-1410 Cleveland Museum of Art)


 Si on remonte le temps et que l'on cherche du côté des sources écrites, on a, finalement, rarement mention d'un truc pouvant être considéré en tant que tel avant le XIVe. On en a pas mal, après cette date, chez la copine Mahaut d'Artois, par exemple. Mais avant... Du coup, on aurait tendance à se dire que chez les naaaantiiiiiis, l'accessoire apparaît vers la fin du XIIIe siècle. Avant, c'est bon pour le pécore. 

Les objets divers avec capuche, chez les pécores, on connait... (Cathé de Chartres, 1er quart du XIIIe)


 

 Mais... Quand même... Y a des fois... 

Henry III le sauveur ?

Si on prend les comptes d'Henry III d'Angleterre, on trouve mention, pour la noblesse, de la présence assez courante du terme "penula" (oui, c'est en latin). Ce mot est du genre casse-pied. Certains vont le traduire comme "doublure". Mais les mêmes comptes contiennent souvent des variantes de mots correspondant à "fourré", soit doublé (par exemple, sur une même ligne, on a un "furura de scurrelis" (surcot) et un "furratam de scurellis" (chape). C'est à dire "fourré d'écureuil". Pour penula, c'est associé régulièrement à du byssus. Soit de la soie de mer, soit un lin très fin. Bonjour le casse-tête (en même temps, on cause chaperon, hein...). Le gag, c'est que le pénule, chez les potes romains, c'était un vêtement rond, fermé de toute part, sauf une ouverture pour passer la tête (merci le littré). Ca ressemble drôlement à un chaperon. 

Ah... Et ces mentions chez Riton sont antérieures à 1250. 

Si on revient à nos pénules, c'est généralement associé à un pallium, bref à un mantel... Qui n'a pas de capuche. Mais voilà... Il reste la possibilité qu'il s'agisse de vêtements doublés de byssus. Attention au biais de confirmation. Il se peut que penula soit pour les doublures de tissu (comme la soie) et furura et dérivés pour les doublures à poil. Mais, si l'on remonte au Roll of Cloth, de ce même Riton, le terme "lineata" (et variantes) est utilisé pour les doublures de soie. Et penula revient aussi, associé à biss... Et là, il s'agirait plutôt de l'écureuil. Mais, dans les comptes postérieurs, on a de la furrura de bissis, et de la penula de byssis et de la furrura de byssis et de la penula de bissis. Et ils faisaient n'importe quoi avec l'orthographe. Finalement, on fait quoi ?

Ben, je crois que la sagesse voudrait que penula soit considéré comme un autre terme en rapport avec les doublures de fourrure, et non de byssus. 

Dommage. On aurait pu voir des riches avec des chaperons sur la tête avant 1250. 


Creusons, creusons...

Mais, évidemment, vous vous doutez bien que Tata Lady Castel, elle a grattouillé un peu dans ses sources. Dans sa bibliothèque, quoi.
La littérature nous offre aussi, parfois des mentions de capuchon. Mais... Associé à une chape. Ca sent la chape avec capuchon, surtout quand il s'agit d'une demoiselle en promenade à cheval (et là, vlan, nous voilà vers 1200). 

Ou une reine avec des enfants (un peu plus tard, mais en réalité c'est avant).
Mais, ça va pas non plus. Ce qu'on cherche, c'est du noble, ou du riche, ou du bourgeois, avec un chaperon, indépendant, sur la tête. Pas un vêtement à capuche. M'enfin !

Le mot "chaperon", ou "caperon", il pourrait pas avoir la gentillesse d'apparaître quelque part ? 

Juste comme ça. Pour faire plaiz à Tata Lady Castel.

Oh ! Tiens donc ! 

Une histoire de couverture (et pas que...)

Un texte du tout début XIVe... Mais qui parle d'un petit épisode inconnu du milieu XIIIe, par un auteur tout aussi confidentiel. 

Clint Joinville... Et ses (més)aventures égyptiennes. Ca se date, là. 

Joinville présente son ouvrage Vie de Saint Louis au roi Louis le Hutin (vers 1330-1340). BNF. Français 13568, 1.

il geterent sur moy un mien couvertour
de escarlate fourrei de menu vair, que ma dame ma mère m'avoit
donnei-, et li autres m'aporta une courroie blanche, et je me ceingny
sur mon couvertour, ouquel je avoie fait un pertuis, et Tavoie vestu;
et li autres m'aporta un chaperon, que je mis en ma teste.

ils jetèrent sur moi une mienne couverture de fin drap doublée de menu vair, que madame ma mère m'avait donnée-, et l'autre m'apporta une ceinture blanche, et je me ceignis par-dessus ma couverture, à laquelle j'avais fait un trou , et que j'avais passée comme un vêtement ; et l'autre m'apporta un chaperon que je mis sur ma tête.

Joinville 323. (C'est la traduc la plus courante, celle qu'on trouve, par ex. chez Lettres Gothiques, de Jacques Monfrin, celle avec de belles boulettes niveaux tissus, merci Viollet-Le-Duc, mais bon, on a la version originale).

Je sais. Il est habillé un peu comme l'as de pique, dans cette histoire. 

Descendant de Joinville dans un film italien, tourné en Espagne, supposé se passer en Amérique. Porter la couverture avec un truc sur la tête. Une tradition familiale.
 

 Il y a une sacrée insistance sur l'incongruité de la couverture offerte avec amour par Môman Joinville pour que Jeannot ne prenne pas froid lors de la croisade. C'est là qu'on tient peut-être un truc. Puisque Joinville mentionne quand même assez souvent les vêtements, et les manquements aux règles en vigueur dans la société de son temps... Si le chaperon était un vêtement anormal pour quelqu'un qui déjà se balade avec une couverture d'écarlate (cher !) doublée de menu vair (cher !) sur le dos, si ç'avait été un vêtement de pécore, de marin (le contexte pourrait d'ailleurs le justifier)... On peut supposer que Joinville s'en serait ému, et en remette une couche pour signifier la mauvaise posture dans laquelle il se trouve. Déjà qu'il a dû trouer la couverture de Môman (elle va le gronder quand il va rentrer, c'est sûr !).

Elle est où ta couverture que je t'avais donnée Jean ? C'est quoi ce trou ? Tu en veux un autre ?
Ben non. Rien. Il met le chaperon, et il n'en remet pas une couche. Ce qui laisse fortement supposer (comparé aux nombreuses autres indications vestimentaires qu'on trouve dans la Vie de Saint Louis) que ce n'est pas plus surprenant que cela qu'il se coiffe d'un chaperon. 

Si la présence du chaperon justifiée par le terme penula et son sens antique est très très très légitimement discutable, et relève certainement d'un biais de confirmation (on prend le terme latin, on s'y accroche, et on ne le laisse pas tomber, et tant pis pour tous les problèmes qui se posent quand on compare avec le reste du texte), Joinville paraît, à mon humble avis, une source bien plus fiable quand à la présence du chaperon dans la garde-robe de la noblesse avant 1250 (oui, parce qu'il y a peu de chance que Joinjoin ait acheté ça au marché de Damiette en tant que dernier accessoire de mode qui vient juste de sortir... On peut penser qu'il l'a ramené avec la couverture...)

La routine...
Mais il reste un point important. Ce chaperon est-il comparable à celui porté, par exemple, chez des gens de qualité moindre que celle de Joinville dans la bible de Maciejowski ? A-t-il une collerette aussi courte ? Ou est-il le prétexte à une consommation de fourrure en doublure plus importante, et donc une collerette plus large, comme on la voit vers la fin du siècle ? 

On aimerait bien avoir des images du chaperon de noble. 

 Cette absence d'images anciennes d'un accessoire qui paraît avoir été adopté plus tôt, que ce qu'elles laisseraient penser, par la noblesse se justifie-t-il par une association aux couches plus humbles ou vulgaires ? Même si, dans les faits, la noblesse finit par se laisser tenter. 

Une mention plus ancienne du chaperon dans la littérature, dans Gaydon, chanson de geste, qui daterait de vers 1230, associe cet accessoire à un personnage négatif, qualifié de "mauvais garson". Au moins, c'est clair. Le chaperon semble même renforcer le côté sournois du méchant. 

Il ne lui manque que le chaperon !
Gaydon chanson de geste :

Car cil Thiebaus , qui sire iert d'Aspremont,
Ot en sa cort .1. moult mauvais garson,
Qui ot espic et escharpe et bordon.
Si se musa es grans tentes Gaydon;
N'i ot parole ne contée raison
Li gars n'ait mise desoz son chaperon. (v. 913)

Le mot chaperon est devenu "bonnet" dans la traduction de Jean Subrenat (p. 85). Voilà pourquoi il est toujours préférable d'utiliser le texte d'origine. 

Gaydon, chanson de geste du XIIIe siècle, présentée, éditée et annotée par Jean Subrenat, traduite en collaboration avec Andrée Subrenat. Peeters Publishers, Louvain, Paris, 2007

Merci Joinville !

Ceci dit, Joinville, et sa neutralité devant cette pièce de vêtement qu'il enfile, comme si cela était, au final, naturel, et respectable, reste une source intéressante quant à la possible banalité du chaperon parmi la noblesse française du milieu du XIIIe siècle. Même si la source paraît isolée (mais, rien n'indique qu'il n'y en a pas d'autres bien planquées quelque part), la manière d'en parler paraît révélatrice. Le terme choisi et la façon de le porter qui est précisée sont des informations hautement précieuses qui permettent d'éliminer tout ambiguïté par rapport à des textes plus anciens mentionnant, voire décrivant avec plein de détails, des capuchons, mais qui renvoient clairement à des chapes (on peut trouver cela, par exemple, dans L'Escoufle, au tout début du XIIIe).

Bref, milieu XIIIe, voire un peu avant, le chaperon, ça semble acceptable pour les nobles en goguette.


Salut les reconsts !