Affichage des articles dont le libellé est Gants. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gants. Afficher tous les articles

mercredi 10 février 2021

COSTUME MEDIEVAL

 GANTS DE TRAVAIL

Parce qu'il n'y en a pas toujours que pour les riches

Cette chère Lady Castel avait eu l'occasion d'aborder la question des gants de la noblesse. On a pu aussi, en parlant tricot, évoquer les gants épiscopaux, et le gant malencontreusement égaré par un gamin maladroit à Londres. 

Et maintenant, on va un peu, une fois n'est pas coutume, s'intéresser aux gens qui bossent. 

Dans l'article publié dans Moyen Âge 124, j'ai vaguement évoqué, vite fait, les gants à trois doigts. Ces objets bizarres qu'on croise, de temps à autres, dans l'art médiéval.

miséricorde de la cathédrale de Worcester (XVe). Pécore se réchauffant les petons en attendant que la soupe soit prête, tout en portant des gants à 3 doigts. (copyright the Dean and Chapter of Worcester Cathedral) Euh... gaffe au costume quand même, les pécores des miséricordes de Worcester sont plutôt trop bien vêtus pour que ce ne soit pas louche (elle est dans la marmite).
 On connaît surtout les gants sculptés sur les miséricordes ou portés par les bergers de Campin.

Ceci pourrait malheureusement laisser penser que l'usage de ces gants est limité au XVe siècle. Il n'en est rien, évidemment (sinon, pourquoi je me serai embêtée à les signaler dans le bouquin sur le costume au XIIIe siècle, hein ?).

1310-1320, Livre d'Heures, Arundel 83, 124, British Library. Et en plus, y a des petites franges. C'est chou.

De même, l'art du XVe nous les montre surtout sur des bergers. D'où une autre fausse déduction possible.

Berger diversifiant ses activités. Psautier Luttrell, 1325-1340, Add MS 42130, 172 r, British Library
 Et enfin, si on reste sur l'art XVe, une troisième mauvaise interprétation pourrait pointer le bout de son nez : ils ne sont qu'en cuir.

Il est temps de faire un petit point sur cet objet bizarre, et je tiens vraiment à remercier Marquita Volken pour ces petites discussions que nous avons eues et sa petite surprise (j'aurais pu poster ça plus tôt, mais... j'ai eu pas mal de travail en ce moment, et j'attendais aussi la parution du magazine... Comme ça, ça fait actualité. Trop la classe.)

Reconstitution de gants à 3 doigts, par Marquita Volken
 Au niveau pièces archéos, on est quand même pas très bien lotis. En effet, pas évident de trouver des gants intacts. Ca existe. Contexte funéraire, religieux, politique. En archéo, c'est déjà plus coton. Mais, ça peut se trouver. Marquita m'a indiqué un fragment, trouvé par Jan Moens en Belgique, dont il manque le pouce. On peut le trouver dans l'article d'Annemarieke Willemsen L'article en question, très intéressant ill. 21

Le gant à trois doigts qui en a perdu un (photo tirée de l'article d'Annemarieke Willemsen)
 Une autre pièce archéo, plus fragmentaire, a été trouvée à Anvers.

Et c'est là que se pose le problème de la datation. Disons que les fourchettes pour certains objets sont souvent larges. Et pour cette mitaine, on est sur du XIVe-XVIe. 

Du coup, ben, faut se rabattre sur les sources iconographiques pour combler le vide, pour savoir si ces gants, avérés par l'archéologie, ont pu exister avant. 

Et on a quand même pas mal d'images, depuis au moins la fin du XIIIe. 

Eh oui... Psautier Egerton, Adoration des Bergers, 1270-1290, Egerton 1066, 43, British Library
 Les plus étonnants sont ceux du Psautier Luttrell, de la British Library. On voit quelques gants qui sont bicolores. Rien à voir avec la pièce archéo ou les gants représentés au siècle suivant. 

Qu'est-ce à dire ?

Des gants bicolores ? V'là aut'choz ! Luttrell, 170r

Bon, c'est sûr, les couleurs dans les enlus, on sait ce que ça vaut. Il y a des oeuvres où ça peut être fiable. Le Psautier Luttrell... Euh... Nan. 

Bref, alerte fantaisie. 

Et on ne les voit pas que dans le Luttrell, ces gants bicolores. 

Eh non, ce n'est pas le Luttrell, Gants bicolores et gants unis. Holkham Bible, 1327-1335, BL Londres

Ceci dit... Lors de ma discussion avec Marquita, elle m'a dit un truc très intéressant : les gants à 3 doigts étaient portés sur d'autres gants, toujours à trois doigts, en laine tricotée. Le tricot, on sait qu'au XIVe siècle, on en a (voir les épisodes là dessus). Quand exactement au XIVe, c'est une autre histoire. 

Les gants à trois doigts du Psautier Luttrell (qui date du 2e quart du siècle) seraient-ils tricotés ? Comment voulez-vous que je le sache ? On n'a pas de source archéo. Pas de source textuelle à cette date. Pas d'image. Et puis, si ça se trouve, ça peut aussi être du naalbinding ou du sprang. Ou encore des gants de drap de laine, cousus.

Là, ce serait plus du cuir quand même... Luttrell 171r

Ou le peintre qui a décidé de rigoler un peu dans sa représentation de gants en cuir. 

Il se pourrait même que les moufles en général étaient portées assez souvent avec une moufle de laine en dessous. En gros, vous avez une couche qui tient chaud, et une couche imperméabilisante. Marquita m'a dit avoir trouvé plusieurs moufles en cuir trop larges pour être portées seules. Il devait y avoir quelque chose en dessous. 

Encore un berger, avec les mains bien au chaud. Psautier de la Reine Mary, 1310-1320, Royal 2 B VII, 112, British Library
Mine de rien, c'est fichtrement intéressant. 

Et...

Un petit dernier pour la route.

 Un gant à trois doigts trouvé à Rotterdam, daté de 1350-1500. Un doigt pour le pouce, un doigt pour l'index, et un doigt pour le majeur, l'annulaire et l'auriculaire. 

Intérêt de la chose ? Plus de flexibilité. 

C'est bien aussi pour la cueillette des cerises. Luttrell 192v
 On résume :

Le gant, ça permet de protéger les mains, mais ça tient pas très chaud.

Les moufles, ça tient chaud, mais on peut pas trop bosser avec.

Les gants à 3 doigts, ça tient plus chaud que les gants à 5 doigts, et c'est plus pratique que les moufles (mais ça tient quand même moins chaud).

Les gants à 3 doigts avec un doigt rien que pour l'index, c'est comme le doigt à trois doigts, mais ça permet d'être un peu plus précis dans certaines tâches. D'après Annemarieke Willemsen, on pourrait écrire ou tirer avec, sans l'enlever. 

Et maintenant, vous en savez un peu plus sur ce gant... Qui se porte depuis au moins le XIIIe siècle, ne se porte peut-être pas seul, et ne semble pas réservé aux seuls bergers... 


 


samedi 24 octobre 2020

COSTUME MEDIEVAL

UNE MAILLE A L'ENDROIT, LA TETE A L'ENVERS

DU TRICOT AU MOYEN AGE

Chaussette en laine (pas très propre) trouvée à Fustat en Egypte. New York, Metropolitan Museum. Qui ne se mouille pas trop pour la date. (photo Met)

Parmi les innombrables activités liées aux textiles, fils, aiguilles, etc. durant la période médiévale, on parle peu du tricot. 

Le naalbinding (tricot à une aiguille avec un fil de taille réduite), ça va, on y revient régulièrement. Entre la chaussette égyptienne antique, les différents bidules scandinaves, c'est un sujet assez populaire. Mais peut-être à manipuler avec précautions quand même.

Egyptian Quality, vers 250-420, Victoria and Albert Museum, Londres. Chaussettes en laine à porter avec sandales. L'origine de la Deutsche Qualität ? (photo V&A)

En revanche, dès qu'on augmente à peine le nombre des trucs plus ou moins pointus associés à un fil qui peut ne jamais finir, avec lesquels on peut fabriquer des vêtements divers et variés, ça devient un tantinet plus compliqué, et même, limite, ça tourne à la foire d'empoigne.  

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas la reine du tricot. Mon expérience en ce domaine se limite à la manique faite à l'école primaire pour la fête des mères... Et... Euh... Bon, déjà, ça m'a pris la tête de faire ce simple objet, et en plus, il était vraiment très moche. Et puis, j'étais tellement motivée qu'il était à la taille de ma main, âge 9 ans. C'était fini plus vite, mais bon, comme manique pour une main d'adulte, c'était pas l'idéal. (Mais les mamans savent très bien s'émerveiller devant les magnifiques cadeaux faits avec amour, même si c'est moche et raté... et fait parce que la maîtresse, elle était derrière et qu'elle mettait la pression, et que si on faisait pas on avait une punition.)

J'aurais pu persévérer... Mais, pas envie. Naimepaltrico.

Ceci n'empêche cependant pas de s'intéresser à la question.  

Le célèbre gros bouquin vert

Au niveau études, la plus célèbre est, comment dire ?... Il s'agit de l'article d'Irena Turnau, "The Diffusion of Knitting in Medieval Europe", in Cloth and Clothing in Medieval Europe, Essays in Memory of Professor E. M. Carus-Wilson, ed. N. B. Harte & K. G. Ponting, Pasold Studies in Textile History 2, Londres (et plein d'autres villes, et c'est pas bien de pas les citer, mais même avec cette parenthèse, je gagne de la place, c'est vous dire), Heinemann Educational Books, 1984, 368-389, dit aussi "le gros bouquin vert avec plein d'articles vachement bien dedans, tu vois lequel ? Oui, il commence à dater un peu, mais voilà, plein de sujets n'ont pas été vraiment revus depuis..."

Pourquoi l'appelle-t-on le gros bouquin vert ? Mystère.

Ce qui est un excellent résumé de la situation (c'est aussi dans le gros bouquin vert qu'on parle du haberget, par exemple. Le bouquin est devenu hors de prix cette année. Le gag habituel). Irena Turnau a aussi écrit d'autres articles sur la question, dont un paru dans The Bulletin of the Needle and Bobbin Club, en 1982, qui est ma foi aussi fort utile, et qui traite du tricot du XIIIe au XVIIIe siècle. 500 ans, en 23 pages, dont 9 de texte, le reste étant occupé par des notes et des illustrations (Je vous laisse deviner la place dédiée au tricot méd là dedans). On a aussi quelques pages dans son livre History of Knitting before mass-production. Il date de 1991, dans son édition en anglais. Je crois que l'original (en polonais) date de 1979.
Mais les travaux de Turnau sont remis en cause... Le travail de repérage des pièces est admirable... Mais les analyses et conclusions très discutables. Elle évoque souvent le crochet. Qui n'apparaît qu'au XIXe siècle. 

C'est un peu gênant. Y a de quoi y perdre son latin.


Il y a un autre bouquin, de Richard Rutt, A History of Hand Knitting (Londres, 1987). A peine plus récent. (Oui, les évêques écrivent des livres sur le tricot...)

Bref, on a des articles de référence, qui posent quand même bien le problème. Qui évoquent le naalbinding, et les tricots à plusieurs aiguilles. Des articles qui sont peu critiqués parce que... Ben, des spécialistes du tricot médiéval, c'est rare. Et c'est comme ça que les datations, les raisonnements sont repris, de bonne foi, par des gens s'occupant certes de textiles, mais pas forcément passionnés par la maille à l'envers et à l'endroit. 

Ce qui est bien gênant (oui, je me répète). 

On a aussi de la matière dans Encyclopedia of Medieval Dress and Textiles of the British Isles, avec un bel article sur le tricot. 

Des nouvelles sources ?

Coup de bol, on a une nouvelle génération. 

Déjà, on a Perline qui se pose plein de questions intéressantes sur le sujet. 

Et on a aussi Geeske Kruseman, que j'avais rencontrée à Leeds en 2016, et avec laquelle j'ai eu de petites discussions sur la question. Je vous conseille de lire ses publications qu'on peut trouver sur Academia. Son article sur le naalbinding n'est pas traduit en anglais ou en français... Mais... google trad peut faire des miracles, ou presque. (Sinon, si vous parlez le néerlandais couramment, ça ira)

Je vais essayer de vous résumer tout ça, en essayant de ne pas trahir les propos de Geeske. Et de voir ce qui se trouve ailleurs. On va détricoter les infos. 

Tout ça pour rien...

Déjà, on a un réel problème quant à l'arrivée du tricot à plusieurs aiguilles. L'étude de Turnau est la référence. Mais, il est possible qu'elle se soit trompée (sinon, c'est pas drôle). Ne serait-ce que pour les fameuses chaussettes égyptiennes, arabes, indiennes-retrouvées-en-Egypte-on-sait-pas-trop (les chaussettes de Fustat, quoi). Peut-être que la date avancée (début XIIe) n'est pas bonne. Elle reprend en fait une datation proposée pour la plus célèbre des chaussettes par le Textile Museum de Washington en 1954. Or, là, il se pourrait qu'elles soient beaucoup plus tardives, ces chaussettes... Le Met date les siennes, sales, XIIe-XIIIe maintenant. Pour Washington, ils ne se mouillent plus (mais au moins, leurs chaussettes sont propres). "Islamic". Débrouillez-vous avec. 

On sait pas la daaaaaateuh ! Quelque part entre le 12e et le 13e... Mais c'est peut-être du 14e, si ça se trouve (et c'est toujours aussi pas propre) (photo Met)

 Ca commence bien...

Or, tout le monde se base là dessus, ce qui, forcément, crée un bel effet domino. 

Ensuite, autre problème... C'est que certains points réalisés avec plusieurs aiguilles ressemblent à certains points réalisés avec une seule aiguille. Et le seul moyen de savoir... C'est de défaire. Ethiquement difficilement acceptable, puisque cela conduit à la destruction d'une bonne partie de la pièce archéo. Déjà qu'on n'en a pas tant que ça... Ben, on n'ose pas trop y toucher... Et, histoire de bien emmêler tout ça, on met une couche de sprang là dessus.

En prime, les objets sont dans une vitrine... Et pas toujours sortables. On pourrait les étudier au microscope... On pourrait, mais on peut pas trop, et même là, les confusions sont possibles.

Tricot européen chic

Et en Europe occidentale ? Ben, on en a en Espagne, au XIIIe siècle, considérés comme de l'influence arabe (normal à Las Huelgas). C'est de la soie. C'est à Fernando de la Cerda, donc enterré, avec lui, en 1275. Et on en a quelques autres ensuite. Attention, on a un autre coussin chez Fernando qui lui est brodé de façon à imiter le tricot... Sont-ils joueurs ?

Coussin de Fernando... Brodé... Qui imite le tricot. Comme si c'était déjà pas assez compliqué comme ça ? (photo patrimonio nacional)

Et sinon, on a du gant épiscopal, tricoté aussi, d'après Turnau... Datant toujours du XIIIe, essentiellement en soie, principalement blanche (autres couleurs exceptionnellement possibles, selon les besoins liturgiques), parfois en lin. A vrai dire, y en a des flopées, des gants tricotés dans les églises (22 paires à Cluny en 1382), et réalisés avec amour dans les couvents, toujours d'après Turnau, mais elle n'a aucune preuve, et la recherche actuelle remet cette hypothèse en cause. Ces objets sont souvent considérés, par les musées, comme d'origine espagnole (ben oui, là, on sait qu'on en faisait), mais il se pourrait que ces identifications soient plus que discutables, d'après Geeske... ("Origine inconnue", ça le fait pas trop, il paraît... Mais quand on sait pas, ben... on sait pas... on le dit. On n'invente pas. Du coup, le "Islamic" de Washington, il est très appréciable.)

Bulle papale, in English, Papal Bull... source de l'image
 Des bulles papales des XIe et XIIe siècles indiquent que les gants épiscopaux doivent être "tricotés"... Comme ça, ça épouse bien la forme de la main. On en a un qui serait fait en naalbinding. Et c'est le plus ancien, qui date du XIIe...

Et là... le gag... Ils ne sont pas si tricotés que ça, ces gants. Ils relèvent plus de la technique du sprang (sorte de filet, pour simplifier). D'après Geeske, les tricots ne dérivent pas du naalbinding, mais de techniques plus proches du filet (là, Perline saurait mieux voir la chose). Ceci dit, les articles parus avant ceux de Geeske considèrent la filiation naalbinding, et non sprang (tout en notant qu'on peut les confondre). Et là, on a une petite révolution à ce sujet... Les premiers gants épiscopaux, retrouvés, dont on est sûrs qu'ils sont tricotés avec plusieurs aiguilles et dont on est sûr de la date datent de avant 1529.

gants tricotés de François d'Estaing, Rodez, musée Fenaille, enterrés en 1529.
Pour les précédents, peut-être que... Mais on ne peut pas vérifier. Mais on a bien du sprang identifié, en France, XIIIe. Il y a cependant de grandes chance que des gants provenant de Prague et de Toulouse, datant du XIVe et du XVe siècle soient tricotés. 

Gants tricotés, dits de St Rémy, Basilique St Sernin, Toulouse. Datés traditionnellement du XIIIe siècles, ils pourraient être du milieu XVe. (photo © Jean-François Peiré) source  
 Mais... La date exacte est difficile à établir. Et de toute manière, ils datent d'après le coussin, selon les dernières recherches. D'autres gants, antérieurs, prétendument tricotés, selon Turnau, se sont révélés être d'autres techniques.

Ben il semblerait quand même que l'objet tricoté le plus ancien qu'on ait en stock reste le coussin de Fernando... Les gants précédents, ce n'est pas la même technique.

Il n'y a que maille qui m'aille

Même pas désolée. J'allais pas la laisser passer.

Allez, on arrête la migraine, ou pas. On a du soupçon, en Europe, à partir de mi XIIIe. Bon, là, ça va, on sort de nos habituels contextes religieux et funéraires. 

Pour les Anglais, on a des bonnetiers, avant 1268... On y tient, à ce qu'on met sur la tête. On en a à York dès 1243. Mais de là à savoir si c'est tricoté, c'est une autre histoire, parce que la mention "tricoteur de bonnet" (capknytter), c'est 1422. En 1300, c'est surtout du feutre (mais attention, il y a feutre et feutre). Plus tard, le tricot sera surtout une affaire de faiseurs de chausses (mais hors Moyen Age, alors on s'en fiche).

On s'applique

Et à partir de 1268, ça se diffuse un peu partout. Si l'on en croit Turnau. Et l'on tombe sur notre cher Etienne Boileau. Boileau ne mentionne pas spécifiquement le tricot, mais on retrouve, dans les modifications, des mentions à des "traisses", du foulage... Attention, tricoter des gants et des bonnets pour le commun des mortels, ce qui est cité, ensemble, chez Boileau, c'est pas du prestige... Et on travaille la laine, mais aussi le coton. En outre, il est question, en tout cas pour le coton, de fil... Il est interdit de le filer au "touret", comprendre à la roue à filer. Ce qui veut dire que ces chapeaux sont faits avec du fil... De là, on peut envisager, effectivement, qu'on utilise une, ou plusieurs aiguilles (je vous dis pas, en passant, tout ce que ça peut cogiter au sujet du mot "touret" qu'on voit apparaître deci-delà dans des inventaires...). Quand on additionne toutes les infos, ça devient de plus en plus confus. Ce qui explique les incertitudes, et les contradictions, des spécialistes. Néanmoins, le XIVe amène d'autres informations intéressantes et des pièces archéos, qu'on ne peut pas dater avec précision (manquerait plus que ce soit fastoche).

On a un beau bonnet tricoté en byssus retrouvé à Saint-Denis. Le byssus, ça reste du prestige. Forme simple, demi-sphère. La forme est typique du bonnet tricoté du XIVe siècle, quelle que soit la matière.

Musée archéologique de Saint-Denis
Le bonnet, c'est une valeur sûre, et je vous renvoie à l'article de Geeske, dispo sur Academia, Erasmus' Bonnet, écrit en collaboration avec Isis Sturtewagen (vous savez que le monde des chercheurs en costume méd est pitipitipiti ?) et Jane Malcolm-Davis.

Et devinez quoi ? Sur la fin du Moyen Âge, on a plein de bonnets tricotés. Qui sont aussi foulés et feutrés. Et ça a l'air de commencer déjà fin XIIIe. Le foulage leur donne un aspect plus rigide, qu'on va retrouver par exemple au XVe dans les fameux bonnets hyper hauts à la mode à la cour de Bourgogne et dans les Flandres. On a tendance à les imaginer fait de laine cousue, ou de feutre... Ben, il semble que non. Ce serait du tricot feutré (nuance !)... Et ça se bouscule.

En tout cas, on a des sources (c'est le cas de le dire) d'utilisation de moulin à eau par les chapeliers anglais, fin XIVe. On fait dans le feutré. Mais le moulin a eau, c'est pas top pour la qualité, donc, fin XVe, hop, interdit formellement.

Le hic, c'est qu'il est difficile de savoir avec précision les dates d'arrivées des nouveaux objets, et leur fréquence. On a des indices. Et beaucoup de questions. 

C'est autour de 1500...
On n'a pas que des bonnets. Les fouilles de Londres nous ont laissé aussi une moufle d'enfant, et un maillot de corps, qui sont datés autour de... 1500. On considère que les objets tricotés restent bon marché (si on fait abstraction des gants épiscopaux et autres objets en soie, évidemment... Oui, parce que... la noblesse aussi aimerait bien les gants tricotés.)

Pareil, mais en plus flou.

Oh ! Des images

Merci le XIVe. On a des représentations de Marie qui tricote... Avec plein d'aiguilles ! Quel bonheur que la peinture siennoise, qui nous donne plein de détails. Et comme en prime les artistes ont un petit peu disparu de la circulation avec la Peste Noire, ça permet de dater dans la première moitié du siècle. Et ça continue au XVe. Marie fait des vêtements pour son fils, et les images sont de plus en plus courantes. 

La plus ancienne représentation se retrouve dans le blog d'Isis, c'est un Lorenzetti : Direction le blog d'Isis

On a par la suite d'autres représentations, qui confirment que le tricot avec plusieurs aiguilles, ça a du succès fin Moyen Age, y compris pour habiller le petit Jésus.  

Maître Bertram (1345-1415), Retable de Buxtehude, Madone au tricot, après 1390, Kunsthalle, Hambourg. Jésus attend sagement sa nouvelle tunique (on note au passage les laines de différentes couleurs utilisées pour le tricot, uni...) (photo wikipedia)

Le tricot c'est élastique, ou pas...

Ce serait top pour les chausses. Question de bon sens.

Bon, ben, on devrait plutôt oublier pour le Moyen Age. Il y a des mentions de guêtres (si tant est que le terme gaiters correspondait bien à ce qu'on entend aujourd'hui par "guêtres" et si c'est bien le terme utilisé dans le texte médiéval et non une extrapolation du traducteur) tricotées en 1320. Mais rien de plus (cité par Turnau. Source à vérifier. Le lexique textile de Manchester ne comporte pas le terme "gaiters"). En Angleterre, les fabricants de chausses coupent et cousent. Ils ne tricotent pas. La chausse tricotée, c'est plus un truc de la Renaissance... La qualité des laines tricotées médiévales, presque toujours foulées, est différente de nos tricots actuels. Forcément, pour les chausses, c'est beaucoup de travail pour un résultat inconfortable. Les objets tricotés en laine non foulés, ça reste du petit... gants, habits de bébés. C'est trop délicat pour des chausses. 

Donc, l'argument tricot = élasticité = c'est bon pour les chausses... Ce n'est pas forcément logique.

Euh... Si, sinon, c'est pas drôle
Sauf que voilà, le roi Henry IV (le leur, pas le nôtre), il aurait eu des chausses tricotées en laine... Fin XIVe-début XVe. Mais, j'ai pas réussi à consulter la source. C'est un livre relativement ancien (1932). Ce serait à voir. C'est toujours chez Turnau.

Il y a cette source anglaise (ça reste le roi, aussi...) et une française (et c'est du royal, 1387, je vais y revenir). Des mentions, aussi en Espagne. Mais pour Barcelone, ça viendrait d'un livre qui ne contient pas de notes (et alors, on vérifie comment ? C'est quoi la source ? J'ai bien une mention de calces d'agulla sur Barcelone, mais on est début XVIe). 

Et, est-ce que ces mentions d'objets faits à l'aiguille, de chausses d'aiguille, renvoient bien à un tricot ? En tout cas, on est dans les comptes du roi de France, et ces chausses à l'aiguille valent plus cher que de la chausse semellée. Et, si on a plein de chausses faites dans du tissu, les chausses à l'aiguille, elles ne sont achetées qu'une seule fois, et il est bien précisé que c'est pour le roi. On peut envisager que ça ne court pas les rues. Ah, et l'achat de ces chausses à l'aiguille, il est au milieu d'un tas de chapeaux. Ce ne seraient pas les mêmes artisans ? Même qu'en France, c'est classé en bonneterie. 

Pfffff... le casse-tête ! Vu le flou, on ne peut que se rabattre sur les pièces archéos et les infos précises.

On récapitule la chronologie des tricots, quand on est sûr de la date (ça élimine Prague et Toulouse, trop la loose), en tenant compte que les objets funéraires, ça peut avoir été faits un peu avant (mais rarement après) :

Occident

1er coussin : Fernando. 1275

Production de tricot dans toute l'Europe : 1375

Chausses : 1475 (hors exceptions royales)

Gants : 1529 (mais... Quelques exemples à datation très incertaine avant, on va dire 14e)

 

Il y a en tout cas des questions. Les hypothèses de Turnau semblent se révéler inexactes pour beaucoup d'entre elles. La question de la datation des chaussettes de Fustat est réelle, puisqu'on est passé d'un début XIIe à XIIe-XIIIe... Voire encore plus tard... Le musée de Washington ne met même plus de date...  

Date ? Euh... Islamique ?

(Et sinon, on parle du morceau tricoté considéré comme d'origine orientale trouvé dans une tombe scandinave en 1926, daté environ Xe siècle, et qui n'a jamais été publié ? Mais bon, c'est de l'importation, et non, le Viking tricoteur, on n'a aucune source ! Et puis, comme c'est pas du publié, on fait quoi ? Et puis, qui l'a vue cette pièce, d'abord ?)

Mal la tête... 





dimanche 24 mai 2020

RECONSTITUTION

LADY CASTEL, Soyez Histo sur vous
Du bon usage des gants



Très heureuse de vous savoir là, fidèles au rendez-vous. Je sais ce qui vous préoccupe en ce moment, votre nombreux courrier en témoigne.

"Il me faut absolument accessoiriser ma tenue avec une paire de gants.
Mais je ne sais que choisir... Que choisir pour ne pas passer pour une riche pécore au lieu de la noble dame élégante que je suis ?"

On les voit trop peu, mais pourtant, ils doivent être dans toutes les garde-robes des membres de la noblesse et de ceux qui essaient de les imiter.
Evidemment, on ne va pas parler ici des gants pour s'occuper de la vigne ou pour faire la vaisselle. Nous allons plutôt évoquer ceux pour la bonne société.  
Le gant devient un accessoire totalement in-dis-pen-sa-ble à partir du XIVe siècle. Ceci dit, c'est documenté bien avant. XIIe, on sait que ça se porte, mais ça a l'air rare. XIIIe, on a déjà plus d'informations. Ca devient d'un usage assez courant dans la noblesse (on met le haut clergé à part, eux, ce sont de grands consommateurs). La plupart des règles dont on dispose renvoient aux siècles suivants.
Gants et gants
Car oui, il ne faut pas l'oublier, on ne met pas des gants de communiante pour se faire une piste noire. Chaque type de gant a son usage, et chaque circonstance risque de demander des gants différents. 
Il y a les gants pour
Faire du cheval
Faire du cheval avec un faucon
Faire du cheval avec un vrai 
Faire mumuse avec son faucon sans le cheval
Aller en ville
Aller à l'église
Se faire couronner
Distribuer des baffes 
Se faire remplacer
Décliner son identité
Exemple de gant multitâche : regalia, couronnement, machine à baffes (laisse de jolies incrustations sur la joue du baffé)
Alors, dans cette liste, il y a des gants qui peuvent servir à plusieurs usages. 
Pour la distribution de baffes, tout va. Mais le gantelet métal reste le plus efficace quand on est face à quelqu'un qui en mérite des bonnes. 
Si vous n'avez pas de gantelet métal, vous pouvez utiliser le gant de fauconnerie. 
Vous pouvez aussi utiliser cette méthode pour protéger vos mimines.

La faute de goût, elle n'est jamais loin. 
Parce que dans la petite liste du haut, il y a des pièges !
C'est parti pour quelques conseils élémentaires.

Comment sont-ils ?
Matières nobles, bien sûr.
Peau de cerf, ou autres cuirs d'une grande finesse. Le chevreau, ça va bien. Le chamois, chava pour moi, mais surtout à partir de la fin du XIVe. On peut ajouter le lièvre, ou encore le chevrotin (vers 1350). Le louveteau, le chien, ça se porte aussi. Le gant chevrotin dehors, chien en doublure, c'est top.
Pour des gants classes, le chevrotin.
Et on peut évidemment les teinter. 
Cousus (on ne s'attardera pas sur les gants du clergé, là, c'est autre chose).
Du lin, de la soie, de la laine...
Le gant en écarlate à l'extérieur, ça existe, mais c'est rare. Ca se double de martre, par exemple. En règle générale, le gant de laine reste exceptionnel. On est plus sur de l'animal mort que sur du tondu. Il semblerait que le gant de laine serve pour le jeu de paume.
On a des moufles (au sens actuel) tricotées au XVe... mais, c'est sûrement pour du pécore. 
On peut les doubler, en tissu ou en fourrure. La doublure fourrure, ça peut servir en hiver. Mais attention, une petite fourrure fine qui saura tenir votre mimine au chaud sans transformer le gant en machine à baffe (le gant de fauconnerie ou le gant mapa, c'est plus efficace, comme machine à baffe, rappelons-le. Ou les regalia, si vous voulez faire grande impression). Pour certains usages, une fourrure plus solide sera demandée. Ca se complique. 
Castors ou louveteaux, toujours prêts pour vous ganter
Parmi les doublures, on va encore trouver de l'écarlate, ou du cuir de louveteau.  La martre était avant tout utilisée pour doubler les gants avant de devenir une fourrure méga fashion durant la seconde moitié du XIVe.
Notons que la doublure n'est pas une obligation. Le gant non doublé se dit "sengle".
Vous pouvez les broder, mais, évitez un décor genre l'Iliade sur la main gauche et l'Odyssée sur la droite. Il faut rester classe et distingué et éviter le bling, dont la notion est fluctuante, selon les époques et les supports. 
C'est clâsse, mais pas au Moyen Âge.
On peut y mettre ses armoiries, mais, si vous voulez passer inaperçu, il vaut mieux ne pas les porter, ou éviter de les confier à un écuyer limité du cervelet comme celui de Richard Coeur de Lion, qui a rien trouvé de mieux qu'à afficher les armoiries du roi d'Angleterre pendant qu'ils essayaient de passer en furtif en terrain ennemi. Ils ont été contents, les Anglais, de payer la rançon aux Autrichiens, tiens. Doué le petit personnel... 

La moufle, parlons-en
Les joies des termes médiévaux. La moufle que l'on va croiser dans les listes médiévales, serait peut-être plus une mitaine, et elle serait looooongue... Et ne se vend pas par paire. D'après les infos dont on dispose (les fourrures qui les doublent), certaines pourraient monter jusque bien au dessus du coude. La matière de base est le cuir (cerf, chamois). Parfois, on utilise le bièvre (castor) qui est la fourrure la plus solide... Et... tenez vous bien... Poils à l'extérieur ! Si ! Ca donne un côté sauvage. Du coup, on a de la fourrure doublée de fourrure. Avec des cas où, entre les fourrures, on a du cuir. Le sandwich chamois entre une tranche de bièvre et une de martre. Un régal. 
Parfait pour le sandwich
Attention ! Seule la moufle se porte avec la fourrure en extérieur. Pas le gant !
Rien qu'avec ces infos, on se doute que c'est pas un accessoire de pécore. Le hic, c'est qu'on sait pas trop à quels usages étaient destinées ces moufles. Tout ce qu'on sait, c'est que ça courrait quand même pas les rues de la noblesse. 
 Juste que ça a existé. A noter que c'est quand même la pièce de vêtement qui, pour sa surface, est la plus chère... 
Dommage qu'on n'en sache pas plus à son sujet. Ces enlumineurs, ils ne sont jamais là quand on a besoin d'eux ! 
Comme si on n'avait que ça à faire...
Le gant de fauconnerie, 
pour éviter d'en faire des vraies 
Commençons direct par un cas particulier.
On va pas y aller par quatre chemins. La quasi totalité des gants de fauconnerie représentés dans les enlus, c'est de la frime ! C'est juste pour faire joli sur l'image. 
On met un gant et un faucon. A moins d'être complétement crétin, on comprend que le gant est un gant de fauconnerie. 
Ca va ? Tout le monde a compris que c'est pas pour tailler les rosiers ?
Et des trucs comme ça, vous allez en avoir plein les calendriers, représentations des mois, des signes astrologiques (j'espère que c'est clair en détaillant) ou des images de nobles en goguette. 
Ca marche aussi pour les sculptures, mais on est toujours dans un calendrier, là... On remarque que c'est plus long d'un côté. Coïncidence ?
Alors, on rappelle les fondamentaux sur les enlus (ou les ivoires, qui sont aussi des petits objets) :
Les enlus, c'est souvent petit... Du coup...  ?

Du coup, soit on va agrandir le détail qui donne des infos, soit on va pas le surcharger. Parce que sinon, on n'arrive plus à bien le lire.

Comme un enfant... Comme un roseau... Envole toi... Petit oiseau... Non je ne suis pas, soldat de la vie...
Tant qu'on arrive à voir à quoi il sert, c'est pas la peine de se perdre dans les détails. Tout le monde comprend que si vous avez un bellâtre à cheval avec un gant et un faucon, le gant est un gant de fauconnerie.  
C'est  même pas la peine de faire un cours sur ce à quoi pouvait bien ressembler un gant de fauconnerie. Les destinataires des ouvrages enluminés le savaient parfaitement. Ils avaient juste besoin d'un petit indice, et après, ils complétaient les lacunes du peintre. 
L'équivalent médiéval du Kéké qui met pas la ceinture pour épater la nana qui est montée avec lui.
Et si les petits gantounets tout jolis étaient de vrais gants de fauconnerie, je vous dis pas la dégaine de la chose après une partie de chasse. Totalement lacérés, jetables, comme la main qui était dedans (sauf que elle, on évite de la jeter. Les prothèses, ça revient cher à la longue).

C'est quand même autre chose, un vrai.
Après, on a quand même quelques manuscrits qui vont présenter des gants un peu plus réalistes. Oh ben ça alors. Ce sont des ouvrages spécialisés sur les cuis-cuis. Ouais, là, on a affaire à des connaisseurs. On déconne pas. Ou alors, on est passé à la taille au dessus, niveau oeuvre. 
Y a du cuir pour protéger...
Ne pas oublier aussi que plus on avance dans le temps, plus ça va devenir réaliste. Quand on additionne plusieurs facteurs, ça peut ressembler à du vrai... 
Là aussi, y a de la matière...
On peut trouver l'appellation "gant senestre" pour désigner cet objet (on se demande bien pourquoi), ou encore "gant à fauconnier".  Il peut être fourré de gris, d'hermine, de martre. Les tailles peuvent varier. C'est pas forcément XXL. On a du L (mais pas de M). On croise d'ailleurs l'appellation de "petit gant". On pourrait envisager que le petit gant est le gant de droite. Mais cela reste de l'ordre de la supposition. Néanmoins, comme disait Cléopâtre, on voit bien sur les sources qui ont un certain sens de l'échelle qu'il y en a un qui est un chouïa plus grand que l'autre (et donc un qui est un tantinet plus petit que l'autre, pour ceux qui suivent pas dans le fond).
En fait, mes petits choupis, les gants, c'est du prestige. Le faucon aussi. Alors les deux ensemble, pas besoin de vous faire un dessin. Y en a déjà plein. Ca vous pose un noble. 
Y a pas la place sur l'image.

Ne pas se tromper
Le gant, c'est fin, c'est délicat, c'est une seconde peau. On prend les matières les plus nobles pour épouser parfaitement la forme de votre main douce et blanche. 
Et on ne prend pas les mêmes à cheval et en ville. 
En ville, préférez un petit gant qui couvre à peine le poignet. Blanc, de préférence, pour rendre hommage à votre carnation d'albâtre, marque de votre statut. 
Je suis clâsse avec mes petits gants
Z'avez pas été tailler le rosier, quoi. Vous faites faire le boulot par les autres. Soyez une reine, que diantre. Donnez les ordres et soyez une chaise.
A cheval, des gants un peu plus longs, c'est très bien. Un peu de couleur, peut-être... Mais restez toujours dans des matières nobles, et des coupes qui savent mettre en valeur la finesse de ce qui vous sert avant tout à porter vos bagues. 
Un bleu très élégant (oui, les Italiens XIVe, ça peut aider pour voir les objets)
On ne va pas exagérer la longueur ou l'ampleur, surtout chez les dames. L'effet gant mapa, ce n'est pas vraiment souhaité. Ca, vous laissez pour la vaisselle. Mais vous ne faites pas la vaisselle. Donc, c'est pour la bonniche.
Type de gant à éviter, quelle que soit la matière.
Ce type de gant, très m-as-tu-vu, raide, avec des poignets imposants, finira bien par être à la mode, mais vous laissez ça à vos descendants, ils en auront besoin d'ici quelques siècles.
Pour le Moyen Âge, surtout classique... Ca va pas du tout ! Mais pour ces messieurs qui en font souvent un peu plus, on peut trouver un modèle plus imposant. Ne vous trompez pas de garde-robe !
Modèle homme. Notez cependant la souplesse du matériau.
Mais, me direz-vous, sur les enlus on voit bien que...
Taratata ! La réponse est dans la remarque "sur les enlus". Et là, on retourne chercher quelque part tout ce qui est dit sur la taille des objets dans les enlus, et sur le rôle social des gants. 
Si vous additionnez les deux idées, vous devez normalement comprendre pourquoi il y a insistance sur les gants. Parce que c'est important, et qu'on doit les voir. La chose est aussi possible sur certaines sculptures, selon l'endroit où elles sont placées. Il faut que ça reste lisible. Donc, les gants mapas, on oublie. C'est clair ? 

Déjà, ça manque de souplesse. Le gant n'est pas un objet rigide.
Eventuellement, si vraiment vous insistez, ça peut faire une belle machine à baffe. Mais, ça s'arrête là. C'est la première faute de goût. En fait, ce type de gant, c'est bien pour l'autobaffage.
Sachez porter vos gants
Pour l'église, vous oubliez. On peut accepter si vous faites partie du clergé. Si vous vous faites couronner. Ca fait partie des regalia, quand même.
Pour le reste...
Je suis le roi d'Angleterre, et je fais ce que je veux avec mes gants
Ah si, on a eu des nervous poo-poos parce que le roi d'Angleterre, il veut aller à l'église avec ses gants. Déjà qu'ils collectionnent les excommunications comme d'autres enfilent les perles... D'ici à ce qu'ils nous fassent une scission définitive avec le pape... Y a pas loin.  
S'il faut trancher, je suis toujours là !
L'astuce c'est qu'en fait, on ne porte pas vraiment ses gants... Enfin si... Un. 
Juste le gauche, et on a le gant droit dans la main gauche. Ca permet de montrer qu'on a la main droite blanche, pas caleuse. Bref, la main qui travaille chez la majorité des gens, mais ce n'est pas votre cas, est dans un état impeccable, parce que, justement, vous vous servez pas trop de la mimine (enfin, en dehors de la couture, la broderie, ou l'épée). 
Elle est ainsi douce, propre, parfaite. Comme vous, évidemment.
Sinon, on peut mettre les gants à la ceinture, ou à la ceinture d'un serviteur (comme on l'a vu, c'est pas toujours une idée de génie. Pensez à penser). Il y aurait aussi des accessoires pour les accrocher, mais... c'est peut-être limité géographiquement, donc, méfiance quand même. A vérifier.
Rare document d'un "reconstitueur" ayant vu un objet inédit et voulant à tout prix être le premier à l'avoir pour satisfaire son ego sans se soucier du contexte parce qu'il faut avant tout être le premier à l'avoir pour satisfaire son ego.
Le gant peut faire un joli cadeau. On offre sa main, autrement dit. Et si on veut rompre, il n'y a qu'à réclamer le gant jadis offert. Et quand il y a eu rupture, c'est très malpoli de ne pas rendre un gant offert.
Si vous portez vos deux gants, attention, on enlève d'abord le droit. Mais n'oubliez pas d'ôter vos bagues auparavant, petits étourdis ! Car oui, il faut porter ses bagues sur les gants. C'est mieux.  
Au XVIe, on a trouvé une combine, mais, ça n'empêche pas d'en mettre au dessus, en plus de ceux du dessous. Je vous dis pas la manoeuvre !
Et les bonnes manières sont quand même strictes en ce qui concerne les gants. On ne touche pas quelqu'un avec la main gantée (sauf si on est émotionnellement perturbé. Ca arrive. Ou dans un geste de protection). Quand vous avez l'intention de toucher quelqu'un, ne pas être pressé, le temps de tout enlever. 

Et surtout, surtout, surtout... Ne perdez pas vos gants ! C'est la poisse ! Et ne les prêtez pas ! Quand on enfile les gants de quelqu'un d'autre, on devine ses pensées. Non mais quelle horreur ! 
Flagrant délit de lecture de pensées (mais il ne pourra pas aller jusqu'au bout)
Si vous voulez protéger un subalterne, ou bien préciser que vous êtes l'envoyeur d'un message, confiez votre gant. C'est un gage de confiance, une mesure de protection. Mais, faut juste que la personne à qui vous avez confié votre gant ne s'amuse pas à l'enfiler.

Si vous êtes mort, n'oubliez pas vos gants. Soit vous les portez, soit vous les tenez dans votre main droite. Ca vous servira de pièce d'identité pour entrer au Paradis. C'est toujours bon à savoir.  Mettez des gants blancs, puisqu'il faut montrer patte blanche.
Hop, j'ai mes gants sur mon gisant... Mais quelqu'un a piqué ce qui brillait...
A propos d'identité, si vous vous faites porter pâle, vous pouvez envoyer votre gant vous représenter. Il sera traité avec autant d'honneur que votre personne, et celui ou celle qui est chargé du gant fera vos devoirs à votre place. Mais, ne pas en abuser quand même. Si on vous demande de venir, impérativement, genre, le pape, et que vous envoyez votre gant... C'est comme si vous filiez une baffe... Demandez à Jean Que Dalle. 
(Décidément, les rois d'Angleterre et les gants, c'est que des aventures.)

Et n'oubliez pas, on a rarement une seule paire de gants. Quand on est du beau monde, il faut de quoi se changer.
"Les gants, j'en commande une douzaine d'un coup, pour moi et ma fille. Non mais, faut faire preuve de prudence. On a déjà eu des tas de problèmes dans la famille avec les gants... Tonton, Papa... même que mon neveu ne veut pas les retirer pour aller à la messe..."
On a carrément des fétichistes des gants, des gens qui les collectionnent, des gens qui en sont fous.
















269 paires. Là, on leur met la raclée aux Anglais !







Et ne pas s'imaginer que ce sont les femmes qui en portent le plus...
43 paires seulement. Mon royal époux ne pense qu'à lui.
L'avis de 
 1277

vi paire de ganz fourrez et xii dozenes de ganz sanglés et vi dozenes pour dames

On évite de causer des gants à trois doigts, des mitaines, et autres choses qui ne sont pas de notre rang. Le gant, un objet pour tous, à savoir utiliser correctement.
Et surtout, ne jetez pas vos gants n'importe où. 


Salut les Reconsts !