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samedi 20 septembre 2025

VERT, LE SERPENT DE MER

 EN VERT ET CONTRE TOUT

Problème de teinturerie... 

Van der Weyden, Madeleine Lisant, avant 1438, National Gallery, Londres (photo T. A.)

 

S'il y a une couleur qui fait couler beaucoup d'encre, c'est bien le vert. 

Tissus teints en vert, dans le même bain : laine, soie, coton, lin, reseda et indigo -pas très courant au Moyen Âge, il apparaît tardivement, très tardivement, donc, rester sur le pastel, c'est plus sûr... Le Reseda luteola, jaune, apparaît lui dans les comptes de la cour d'Edward II- Palais Mocenigo, Venise, expo teintures 2016 (Photo T. A.)
 

De nos jours, on ne se fatigue pas. On prend du bleu, du jaune, on mélange, et ça fait des chocapic à la pistache. 

Au Moyen Âge, ce n'est pas exactement tout à fait pareil. 

 

Causons Pastoureau 


 

Quiconque a suivi quelques conférences de l'historien des couleurs, Michel Pastoureau, a sûrement entendu l'anecdote de ce teinturier de Nuremberg qui s'amusait à avoir chez lui une cuve de bleu et une de jaune, s'est fait prendre et a été prié d'aller voir à Augsbourg si l'herbe était plus verte. C'est dommage, c'est joli Nuremberg (surtout quand ça rime avec Dürer. L'autre nom "propre" associé à la ville, on oublie, c'est caca...)

Quitter ça pour finir à la diète à Augsbourg, c'est triste... (Photo T. A.)  
 

Pour faire des verts, sans en avoir l'air, on peut utiliser certaines plantes qui donnent des teintures pas très solides, toujours d'après Pastoureau (fougère, plantain, etc.). 

Pour lui, le vert n'est pas vraiment une couleur à la mode parmi la noblesse. Pas tout à fait d'accord, vu les infos qu'on a sur la garde robe du roi d'Angleterre Henry III. Mais toujours est-il que le peu de fiabilité des teintures fait que ça ne passe pas trop. Ou alors, pour avoir un beau vert, il faut y mettre le prix. Et pour cause... On va voir ça un peu plus tard. Et puis, en plus, c'est pas très solide, il paraît.

Alors, pour commencer, pourquoi les teinturiers médiévaux ne pouvaient-ils pas faire de vert en mélangeant, dans la même cuve, le jaune et le vert (oups, coquille) bleu ? 

Déjà, le mélange, il va un peu à l'encontre des traditions datant de la Bible... En outre il y a des séparations entre les teinturiers... Par matières (laine et lin, soie, voire coton en Italie) et par couleurs (rouge et bleu, c'est pas le même business). 

Et c'est là que le bât blesse...

Traité de l'art de la soie à Florence, 1489, Bibliothèque Laurentienne, Florence, plut 89 sup cod 117, fac-similé Ziereis, édité chez Giunti, Florence, en 1995. Où l'on constate que la teinture, ça pue ! (cf, le petit bonhomme sur la page de droite.)
 

Chacun sa spécialité 

On va s'attarder un peu sur la soie. D'après Farmer, aussi bien à Florence qu'à Paris, par exemple, et on peut supposer qu'il en est de même dans d'autres régions travaillant la soie, comme la péninsule ibérique, les teinturiers ont une tout autre maîtrise de la teinture que ceux de laine. D'autre part, ils avaient accès à toute la palette, et non à une ou deux teintes en particuliers. Sans parler d'une différente qualité d'eau qui était nécessaire (ils étaient pas installés au bord de la Seine). La difficulté de la teinture de la soie est visible dans la mésaventure vécue par une comtesse de Flandres qui acheta de la soie, la fit teindre en Belgique par des teinturiers de laine, reprit ses fils pas contente, et les expédia vite fait à Paris pour avoir des couleurs correctes...

La comtesse de Flandres, après un séjour en Egypte, récupérant ses fils de soie confiés à un atelier flamand.
 

Ajoutons qu'un teinturier de soie parisien alla s'installer à Cologne, autre ville où on aimait travailler la soie. Il serait le premier teinturier de soie dans cette ville. On est en 1349. 

Pour la laine, le jaune, c'est traité par les teinturiers du rouge. Pas du bleu. Donc, en théorie, un teinturier de bleu ne touche pas au jaune. Il semble ainsi clair qu'on ne traite pas la soie comme la laine et que toute étude sur le vert (ou n'importe quelle autre couleur, ou tissu) doit tenir compte de ceci, au risque d'être caduque. Sans parler de l'évolution des techniques à travers le temps... Toujours en tenir compte (je radote).

Mais donc, il y a du vert.

Langue verte... 

Régulièrement, on va trouver des critiques de Pastoureau (ça fait au moins 15 ans que ça dure... Je me souviens de quelqu'un qui avait trouvé la preuve ultime de l'incongruité des travaux de Pastoureau parce qu'il y avait "teinture à l'oseille" au lieu de "teinture à l'orseille" dans un de ses textes. Le gag étant que dans tous ses autres écrits, on trouve bien "orseille". Bref, ceci s'appelle une faute de frappe, une coquille... Ca arrive. Le plus cocasse étant que cette remarque qui se voulait assassine a été faite par quelqu'un qui n'a jamais rien publié). 

On trouve de gros sous-entendus. Pastoureau prétendrait qu'on ne fait tout simplement pas de vert avec du jaune et du bleu. Et on nous ressort ça régulièrement, de manière péremptoire.


 

Avec raison ?

QUE NENNI !

Lisons un peu 

Si on lit les livres de Pastoureau un peu plus précis que, par exemple, Le Petit Livre des Couleurs, qui est un petit livre d'entretien avec Dominique Simonnet, ben, on se rend compte que Pastoureau ne dit pas que le vert n'était pas fait avec du jaune et du bleu, mais qu'il n'était pas fait avec du bleu et du jaune dans une même cuve ou au même endroit (cf  Hans Töllner, notre teinturier malhonnête de Nuremberg).


 

C'est pas pareil ! C'est pas pareil du tout ! C'est totalement différent ! C'est ignorer purement et simplement les recherches de l'auteur. Même s'il y a toujours des petits trucs qui coincent. J'y reviendrai.

Ici, Pastoureau présente la possibilité de faire du vert en superposant le jaune et le bleu, et non en mélangeant. Ce qui change tout. Mais, là où Pastoureau se trompe, c'est en prétendant l'inverse impossible.


 

Dominique Cardon a travaillé sur deux draps verts (Italiens). L'un est fait d'une base bleue, recouverte de jaune. L'autre, et c'est très intéressant, est fait de fils de chaîne et fils de trame préalablement teints en bleu, tissés, puis plongés dans un bain de jaune. Fait intéressant, les travaux de Cardon figurent dans la bibliographie de Pastoureau. Peut-être ne les a t-il pas mentionnés pour des questions de date ou de lieu ? C'est en tout cas le plus gros reproche que je ferais à Pastoureau sur cette question. Pour être honnête, Pastoureau évoque quand même la "méthode germaine", consistant à superposer bleu, puis jaune, qui dure jusqu'à l'époque féodale. Il semble ne pas être toujours d'accord avec lui-même... Ce qui est le lot des chercheurs, parce qu'un chercheur, ça trouve des nouveaux trucs parfois, ou il a des copains qui trouvent des nouveaux trucs, et du coup, comme un vrai chercheur ça doute de lui-même, il se remet en cause. Et ça peut changer d'un bouquin à l'autre (faut regarder les dates, ça permet de suivre la progression). 


 

De nouveau, il n'est pas ici question de mélange, ce mélange que Pastoureau considère illégal. Et il semble qu'il ait raison. La superposition, elle, est possible. Une superposition qui engendre des coûts supplémentaires : plus de bains, le passage d'un teinturier à un autre, des teinturiers dont on doit être sûr, donc, avec une certaine réputation, et les tarifs qui vont avec, forcément. Tout ça, ça coûte une blinde. Sans parler du ratage possible (le léger ratage, à savoir un peu plus clair ou un peu plus foncé, est signifié dans les contrats, et est considéré acceptable). Ah oui, il y a les mordants aussi... Faut en tenir compte...

Je pense avoir mis assez d'exemples comme ça, non ?

 

RESUMONS 

Avant de taper sur Pastoureau :

- Se renseigner sur les règles régissant les teintures (COULEURS ET MATIERES).

- Ne pas mélanger la laine et la soie, c'est pas pareil.

- Ne pas mélanger mélange et superposition.

- Garder un oeil sur les origines et les périodes.  

- Lire plusieurs livres du monsieur, parce que c'est un jeu de piste quand même.

- Ne pas négliger les notes de bas de page.   

Et maintenant qu'on a regardé tout ça, on peut chipoter avec le reste.   


 

mardi 30 avril 2024

PUBLICATION

LIVRE SUR LA MODE

LA MODE AU MOYEN AGE



    Je suis vraiment désolée, chère collègue... Mais j'ai suffisamment d'ennemis comme ça.

    Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Votre biographie (doctorat en histoire médiévale sous la direction de Jacques Le Goff, doctorat en histoire de l'art) ne laissait pas présager d'un accident industriel de telle envergure. 

    Quand je dis que je suis désolée, c'est sincère. Je n'ose même pas m'étendre sur les innombrables erreurs de votre ouvrage.

vendredi 14 octobre 2022

COSTUME MEDIEVAL, ARTICLE


ETUDES MEDIEVALES ANGLAISES

L'ENJEU DU COSTUME DANS L'ANGLETERRE D'HENRY III

p. 137-198
 

Document supplémentaire :

Additional document :

Tableau des rétrecissements provenant de la thèse de Madame Frédérique Lachaud 

Fabrics shrinkings table from Mrs Frédérique Lachaud PhD thesis

(Publié avec son aimable autorisation) 

(With kind permission)

3.4.1, page 87.

Nb : une faute de frappe se trouve dans le tableau, dans la dernière colonne concernant le pannus coloratus : il faut lire 1290.3/4 et non 2190.3/4 (rectification faite avec l'accord de Mme Lachaud)

Please note: a typo is to be found in the table, in the last column about pannus coloratus. Please read 1290.3/4 instead of 2190.3/4 (correction made with Mrs Lachaud's agreement)


Illustrations. 

(Images personnelles disponibles sur demande)

Fig. 1 Fabrication des draps de laine : inspection de la laine après tonte, cardage, brassage de la laine destinée aux fils de chaîne, tissage sur un métier actionné par deux personnes, foulage du drap dans un bac, peignage du drap teint, tonte du drap, brossage. Ces traitements font perdre au drap un tiers de sa taille, entre tissage et vente. Vitrail des Drapiers, chapelle Saint-Blaise de la collégiale Notre-Dame, Semur-en-Auxois, 1460-1470. (Photo wwwkreastyl.fr)

consulter l'Ordo de Saint Louis en ligne

consulter l'Ordo de Charles V en ligne 

Fig. 2 Couronnement de Charles V, Maître du couronnement de Charles VI, Grandes Chroniques de France, 1375-1380, Paris, BNF, Français 2813, 439 (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 3. Milo, agent du comte de Boulogne, est pris par Thomas Becket pour un collecteur d'argent, et est ainsi présenté négativement. Thomas Becket se préparant à rentrer en Angleterre, The Becket Leaves, 1220-1240, coll. Paul Getty, en prêt à Londres, British Library, BL loan Ms 88, 4r (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 4 Arrestation du Christ, détail d'un feuillet issu d'un Psautier Royal anglais, vers 1270. New York, Metropolitan Museum, Rogers Fund, 1922, 22.24.4 (Domaine Public, photo Metropolitan Museum)


Fig. 5 Mariage de Frédéric II et Isabelle d'Angleterre, Matthew Paris, Historia Anglorum, Chronica Majora, part. III, 1250-1259, Londres, British Library, Royal 14 C VII,  123 v. (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 6 Auqueton d'Isabelle de France, lin et bourre de coton, avant 1270, Paris, Couvent Saint-François. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 7 Hubert de Burgh, en robe-linge, agenouillé devant l'autel, Matthew Paris, Historia Anglorum, Chronica Majora, part. III, 1250-1259, Londres, British Library, Royal 14 C VII, 119. (Domaine public, Wikimedia Commons)

 
 

Fig. 8 Surcots ouverts à manches dépassées, Psautier de la Reine Mary, vers 1310-1320, Londres, British Library, Royal 2 B VII, 189. (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 9 Exposer ses cuisses est un geste obscène ou dévalorisant. Christ aux outrages et Flagellation, feuillet issu d'un Psautier Royal anglais, vers 1270. New York, Metropolitan Museum, Rogers Fund, 1922, 22.24.2 (Domaine Public, photo Metropolitan Museum)


Fig. 10 Chausse à étrier, usée, d'un Pèlerin d'Emmaüs, 3e quart du XIIIe siècle, provenant de la cathédrale de Reims, Reims, Palais du Tau. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 11 Longues cottes féminines, très plissées, et mantels, 1230-1250, cathédrale de Wells. (Photo Tina Anderlini)

Fig. 12 Rétrécissement de la manche sur l'avant-bras. Détail du gisant de Bérengère de Navarre, épouse de Richard Cœur de Lion, seconde moitié du XIIIe siècle, Le Mans, abbaye royale de l'Epau. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 13 Fermail annulaire, servant à fermer l'amigaut. Argent et pâte de verre, dernier quart du XIIIe siècle, France ou Angleterre, New York, Metropolitan Museum, The Cloisters Collection, 1957, 53.26.3 (Domaine Public, photo Metropolitan Museum)


Fig. 14 Longues cottes masculines, très plissées, dont une avec un surcot plus court, et mantels, 1230-1250, cathédrale de Wells. (Photo Tina Anderlini)

  
 

Fig. 15 Plis des manches de chape, pilier du Drapier Fraudeur, 2e quart du XIIIe siècle, portail du transept nord de la cathédrale de Reims. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 16 Byssus (lin), détail de l'aube de saint François, avant 1226, Assise, protomonastère de Sainte-Claire. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 17 Drap d'or, robe d'or dite de la reine Margaret, XVe siècle, Uppsala, trésor de la cathédrale. (photo Jonas Lindberg, Uppsala Domkyrka Skattkammaren)


Fig. 18 Les différentes couleurs d'une plume de paon, et la difficulté de définir un paonacé. (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 19 Revers de col. Vierge Vosgienne, fin du XIIIe siècle, Metz, Musées de la Cour d'Or. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 20 Surcot à manches dépassées et col à boutons. La Femme dans le Soleil, Apocalypse Douce, 3e quart du XIIIe siècle, Oxford, Bodleian Library, Douce 180, 42. (Domaine public, Wikimedia Commons)


Fig. 21 Chemise de Saint Louis, ouverte, lin, avant 1270, lieu de conservation d'origine : Paris, trésor de Notre-Dame. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 22 Manche droite de la chemise de Saint Louis. La zone du poignet, très étroite, devait être cousue une fois le vêtement porté. La forme est typique du siècle. Avant 1270, lieu de conservation d'origine : Paris, trésor de Notre-Dame. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 23 Tunique et manteau rectangulaire de sainte Claire, avant 1253, Assise, Protomonastère de Sainte-Claire. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 24 Saya (cotte très ajustée, lacée sur un côté) et pelote (surcot très échancré) castillans, portés par Fernando III le saint. Sa femme Béatrice de Souabe est vêtue selon la norme européenne. Milieu du XIIIe siècle, cathédrale de Burgos (Photo Tina Anderlini)


Fig. 25 Tunique de sainte Claire, de dos, avec la traîne, portée par une nonne dans les années 1950s. Assise, Protomonastère de Sainte-Claire. (Document d'archive, DR)


Fig. 26 Ampleur des cottes et surcots, surabondance de plis, jeu des fentes et des boutons inutiles. Le Tentateur et la Vierge Folle (copies), originaux : vers 1280, cathédrale de Strasbourg. (Photo Tina Anderlini)


Fig. 27 Les accessoires utiles, ceinture et aumônière. Gisant d'Henry le Jeune, fin du XIIIe siècle, cathédrale de Rouen. (Photo Tina Anderlini)

 

ILLUSTRATIONS SUPPLEMENTAIRES

PAGE 11 : 

Hérode et Hérodiade, Psautier de la Reine Marie, vers 1310-20, Londres, British Library, Royal 2 B VII f. 264v (photo British Library)

 
 

PAGE 13 :

Exemple de chape, chez Matthew Paris, portée par la reine Emma, à cheval : Vie d'Edward le Confesseur, vers 1250-60, Université de Cambridge, MS Ee.3.59, 4r. (Photo : université de Cambridge)