LES TOMBES ROYALES BRITANNIQUES
Où sont passés les souverains anglais ?
Un petit bouquin format (grande) poche bien sympathique, et, mine de rien, très utile !
On va directement au sujet qui fâche...
Non, Fontevraud n'est pas en Normandie ! Là, j'ai fait un bond de 5m...
Et à part ça...
British Royal Tombs, d'Aidan Dodson, un prof d'égyptologie (une spécialité où on côtoie les morts, faut bien le dire), est un livre très intéressant, qui a été réédité il y a quelques mois.
C'est conçu comme un guide. On voyage, selon les régions d'Europe (mais surtout en Grande Bretagne).
Après, c'est présenté plus ou moins chronologiquement, avec indication du lieu de sépulture, entre Westminster, Worcester, Gloucester, Windsor, etc. En fait, c'est plus une présentation par familles que chronologique. Ne pas s'étonner des retours, en fonction des chapitres (et des événements historiques).
On y trouve tous les souverains qui ont, plus ou moins longtemps, régné sur l'île. Coucou Louis VIII !. C'est le seul capétien présent. On note aussi les Cromwell.
Les rois d'Ecosse ne sont pas oubliés non plus, puisqu'ils ont fini sur le trône d'Angleterre (ne cherchez pas les Gallois, en revanche). Ce qui a pour effet d'avoir des chapitres "anciens royaumes anglais", "Angleterre", "Ecosse", "Royaume Uni".
La distinction est faite entre les souverains régnants et leurs consorts, qui ont un chapitre à part. On trouvera aussi les souverains en exil.
La fin du volume contient une importante partie dédiée aux sites d'inhumations, qui récapitule qui est où, avec plans des bâtiments.
Ce petit livre est bien plus qu'un simple guide. En effet, on y trouvera des détails sur les tombes, leurs transformations, les déplacements de corps, les préparations des corps pour les funérailles, et, aussi, des infos précieuses sur ce qu'on a pu trouver (qui a dit "Textiiiiiiiiiles !!!!!" ? Pas tant que ça, en fait.)
Bref, j'ai bien aimé cet ouvrage, malgré le choc Fontevraud. J'y ai trouvé des infos très utiles, surtout dans tout ce qui concerne l'histoire des sépultures, des enterrements, des réenterrements, des ouvertures, des états de squelettes, etc.
Beaucoup d'illustrations, en noir et blanc. Photos des tombeaux, relevés, plans, etc.
Ce n'est pas le genre de livre qu'on lit d'un coup, mais bel et bien un ouvrage à consulter quand on cherche des infos sur les souverains britanniques.
Il y a, en prime, une bibliographie conséquente et l'indispensable index.
Un livre pratique quand on cherche à en savoir plus.
Aidan Dodson
British Royal Tombs
2de édition
Londres, Pallas Athene Books, 2004, 2018
320 pages
prix : environ £15, soit dans les 16€
TRES RECOMMANDE SI VOUS CHERCHEZ DES INFOS SUR LES TOMBES DES SOUVERAINS, SI VOUS ETES PASSIONNES DE ROYAUTE ANGLAISE, etc.
Affichage des articles dont le libellé est Angleterre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Angleterre. Afficher tous les articles
mercredi 17 avril 2019
jeudi 22 décembre 2016
RETOUR AUX SOURCES
MEDIEVAL DRESS AND TEXTILES IN BRITAIN
A Multilingual sourcebook
publié par Louise M. Sylvester, Mark C. Chambers
et Gale R. Owen-Crocker
Ceci n'est pas un bouquin drôle.
Mais ceci est un livre vachement utile !
Et très intéressant.
Un livre de ressources comme on aime en avoir quand on farfouille sur les tissus médiévaux.
Un livre de sources textuelles, classées thématiquement.
Testaments
Comptes
Inventaires
Textes moraux et satiriques
Lois somptuaires et assimilées
Pétitions
Epopées et romans.
Il y a donc tous les types de textes qui nous sont utiles. Je trouve quand même que la place de la littérature de fiction, en fin de volume, est révélatrice. Ce sont ces textes qui sont, au final, le moins importants. Ils permettent de préciser des choses, de visualiser, et, parfois, ils nous amènent quelques informations capitales. Mais ils sont aussi ceux qui sont à manipuler avec le plus de précautions.
Le glossaire en fin de volume est primordial, et sert aussi d'index, renvoyant aux différents chapitres. J'avoue que, parfois, on a du mal à retrouver le texte de base. Mais, on s'y fait.
Evidemment, le texte original est aussi présenté. Ce qui est toujours intéressant pour vérifier un terme.
Je ne m'attarderai pas sur les auteurs de cette compilation. Gages de qualité.
Cela concerne le costume anglais, mais les rapports avec la mode française sont inévitables. Même s'il faut parfois moduler un peu.
Medieval Dress and Textiles in Britain
A Multilingual sourcebook
publié par Louise M. Sylvester, Mark C. Chambers
et Gale R. Owen-Crocker
Boydell Press, Woodbridge, 2014
£60 (environ 75€)
INDISPENSABLE, si vous lisez l'anglais. Pas d'images. Mérite l'investissement.
A Multilingual sourcebook
publié par Louise M. Sylvester, Mark C. Chambers
et Gale R. Owen-Crocker
Ceci n'est pas un bouquin drôle.
Mais ceci est un livre vachement utile !
Et très intéressant.
Un livre de ressources comme on aime en avoir quand on farfouille sur les tissus médiévaux.
Un livre de sources textuelles, classées thématiquement.
Testaments
Comptes
Inventaires
Textes moraux et satiriques
Lois somptuaires et assimilées
Pétitions
Epopées et romans.
Il y a donc tous les types de textes qui nous sont utiles. Je trouve quand même que la place de la littérature de fiction, en fin de volume, est révélatrice. Ce sont ces textes qui sont, au final, le moins importants. Ils permettent de préciser des choses, de visualiser, et, parfois, ils nous amènent quelques informations capitales. Mais ils sont aussi ceux qui sont à manipuler avec le plus de précautions.
Le glossaire en fin de volume est primordial, et sert aussi d'index, renvoyant aux différents chapitres. J'avoue que, parfois, on a du mal à retrouver le texte de base. Mais, on s'y fait.
Evidemment, le texte original est aussi présenté. Ce qui est toujours intéressant pour vérifier un terme.
Je ne m'attarderai pas sur les auteurs de cette compilation. Gages de qualité.
Cela concerne le costume anglais, mais les rapports avec la mode française sont inévitables. Même s'il faut parfois moduler un peu.
Medieval Dress and Textiles in Britain
A Multilingual sourcebook
publié par Louise M. Sylvester, Mark C. Chambers
et Gale R. Owen-Crocker
Boydell Press, Woodbridge, 2014
£60 (environ 75€)
INDISPENSABLE, si vous lisez l'anglais. Pas d'images. Mérite l'investissement.
mardi 20 décembre 2016
BOUQUINERIE
TIME REMEMBERED
Frances Horner
Un vieux livre... A trouver chez les bouquinistes... Si vous partagez mon amour de Burne-Jones.
Frances Horner était la fille d'un de ses mécènes, Mr Graham, homme politique écossais. Et Burne-Jones était un peu (euphémisme) amoureux d'elle. Elle était beaucoup plus jeune, évidemment. Elle adorait la compagnie de Ned. Et sa culture, et tout et tout. Mais... Il était peut-être un peu collant.
Du coup, elle lui a habilement présenté une amie à elle, mal mariée, Helen Mary Gaskell, avec laquelle Burne-Jones entretint une correspondance... Mais ceci est une autre histoire.
Time remembered, ce sont les mémoires de Frances Horner.
Un chapitre entier est consacré à Burne-Jones, à ce qu'il disait, à ce qu'il pensait.
Et c'est pour ce genre de petites phrases, de formules, de petits dessins, de traits d'humour, qu'on aime aussi Burne-Jones. C'est ce qui rend le bonhomme attachant. Très attachant.
Ce chapitre est peut-être plus utile que bon nombre de bouquins entiers sur le peintre.
J'aime ce chapitre, j'aime le bonhomme... J'aime le peintre.
Ah oui. Il parait qu'il y a d'autres chapitres dans cette autobiographie. Ils sont bien (elle a connu beaucoup de monde, la Dame). Mais si vous devez, un jour, acheter un vieux livre rien que pour un seul chapitre, c'est celui-ci. A moins d'être Burnejonesphobique. Et encore, ça pourrait vous faire changer d'avis !
![]() |
| Frances Graham par Rossetti, en 1869 |
Lady Frances Horner
Time Remembered
Heinemann Ltd, Londres, 1933.
Prix : variable selon les vendeurs. On peut le trouver à des prix abordables.
INDISPENSABLE SI VOUS ETES NEDMANIAC !
mardi 13 décembre 2016
Opus Anglicanum
English Medieval Embroidery
Le voici, le voilà, le catalogue tout beau de l'expo du Victoria and Albert Museum de Londres consacrée à la broderie en Angleterre au XIVe siècle.
Le livre qui est beau et bon.
A la surprise générale (2d degré), la quasi totalité des objets présentés est religieuse. Toujours la même histoire : ce qui est sacré se conserve mieux. On a de (très) rares exemples laïcs (le petit vêtement du Prince Noir). Pour le reste... Etoles, chapes, mitres, chausses... La panoplie de l'évêque.
De quoi baver. On peut trouver aussi des photos de détails. En particulier des petits machins avec de l'or, des perles... Ou quelques gros plans de broderies. A tomber.
Le catalogue est complet. On a les essais, et les oeuvres présentées.
L'indispensable lexique est là. Toujours très intéressant.
Les études critiques en tête de volume sont pleines d'infos. Ce qui fait de ce livre un ouvrage indispensable pour qui veut se renseigner sur l'opus anglicanum, les brodeurs, les liens avec le continent, les commandes. Tout ce qu'il faut.
Et alors, ce que j'ai vraiment adoré : les rapprochements avec les autres arts, en particulier la peinture. Un régal ! Les rapports stylistiques sont bien mis en valeur. Les oeuvres sont choisies avec soin. Ces comparaisons exposent le talent des broderies anglaises du Moyen Age, si prisées dans toute l'Europe.
Le lien vers le site de l'expo (jusqu'en février 2017) :
Opus Anglicanum au V&A
English Medieval Embroidery
Opus Anglicanum
Publié par Clare Brown, Glyn Davies et M. A. Michael
Yale University Press, New Haven and London
In Association with the Victoria and Albert Museum,
2016
£40
Hautement recommandé
mardi 6 décembre 2016
La Roue de l'Infortune
Madame Chaucer ?
![]() |
| Chaucer en pèlerin, manuscrit d'Ellesmer, Huntington Library, S. Marino, Californie. (Wikimedia Commons) |
On pourrait penser qu'étudier le costume médiéval n'a pas un grand intérêt scientifique.
C'est celaaaaaaa, ouiiiii...
Le costume nous apprend juste des choses plutôt passionnantes sur les habitudes du passé, sur les conventions sociales, sur la manière dont le religieux peut s'insinuer dans la vie de tous les jours, et comment contourner cela, sur le commerce, l'économie, les mentalités, sur les etc. Parce qu'on pourrait continuer la liste. Bref, le costume est fondamental pour comprendre la société médiévale. C'est pour cela que les études le concernant doivent être rigoureusement menées. Les informations véhiculées par les vêtements et accessoires sont trop importantes.
Il y a un domaine qui, évidemment, m'intéresse, c'est la manière dont costume et art dépendent l'un de l'autre. On peut, par le costume, dater une œuvre d'art, comprendre qui est sur cette œuvre, découvrir que les individus représentés ont eu une vie avant d'être le sujet d'objets d'art.
Les mauvaises interprétations peuvent avoir des conséquences. Nous allons voir un petit exemple. Celui de madame Chaucer, la femme de Geoffrey, l'auteur des Contes de Canterbury. Née Philippa Roet.
Une jolie petite église du Hampshire.
![]() |
| L'église XIIIe St Mary d'East Worldham (wikimedia commons) |
Allons dans une petite église du sud de l'Angleterre, du côté de Porstmouth et Winchester (vous tracez une ligne vers le nord depuis Porstmouth, vers Londres, et une vers l'est depuis Winchester, vers Canterbury... Et hop ! Vous n'êtes pas loin de l'église de St Mary) à East Worldham, dans le Hampshire.
Il se trouve que par un jeu de mariages, donations, etc. East Worldham appartint à Thomas Chaucer, fils de Philippa et Geoffrey.
Durant la période victorienne, lors de travaux dans l'église, on déterra une tombe avec un gisant un peu spécial qui fut déplacé dans une alcôve (qui pourrait, finalement, être son emplacement d'origine).
| Le "gisant" dans son alcôve (photo Tony Pears) |
Sur cette tombe se trouvait l'effigie d'une femme. Seul le haut du corps se détache de la pierre.
![]() |
| Partie supérieure (photo churchmonumentsociety.org) |
![]() |
| Partie inférieure (photo churchmonumentsociety.org) On devine les pieds et la base de la croix, à peine gravés. |
Cela donne un mélange original de corps vu dans un cercueil ouvert et de bas relief... Certainement une tombe inachevée. Décès surprise et manque de moyens ? Bref, une sculpture comme on en voit rarement, et qui intrigue. Evidemment, on a cherché à en savoir plus, et la femme fut identifiée comme étant Philippa Chaucer, née de Roet, la femme du célèbre auteur, suivante de la reine d'Angleterre Philippa de Hainaut.
Un peu de bio
Pourquoi est-ce la tombe de madame Chaucer ?
On remarqua, sur la femme, une petite roue, qu'elle portait telle une enseigne.
![]() |
| La "roue" (Photo blog de Tom Muckley). Evidemment, vous voyez le problème (parce qu'on ne vous la fait pas à vous)... |
Le nom de « Roet » signifiant « petite roue », et le lieu étant lié à la famille de Chaucer, il n'en fallut pas plus pour que l'on décide qu'il s'agissait de la tombe de Philippa, née vers 1346 et morte vers 1387.
Voilà, voilà... C'est aussi simple que ça.
Les autres tombes de la famille.
La pauvre Philippa, comparée au reste de la famille, n'est pas très gâtée en ce qui concerne sa dernière demeure. On passe sur monsieur qui réside à Westminster. Fiston Thomas a droit à un superbe tombeau (avec madame) dans l'église d'Ewelme près d'Oxford, tout comme sa fille Alice, duchesse de Suffolk. Des tombeaux qui sont un peu plus classes.
![]() |
| Tombe de Thomas Chaucer et madame, église d'Ewelme, au sud d'Oxford (photo wikimedia commons). On devine les armoiries avec les roues de Roet au dessus de Thomas. |
La sœur de Philippa, Katherine de Roet (vers 1350-1403)... Alors elle... Troisième épouse de John de Gaunt, l'un des fils d'Edward III. Katherine Swynford (du nom du mari-d-avant-John-de-Gaunt), devint alors duchesse de Lancaster. Un petit destin banal, lié à plusieurs rois d'Angleterre, par ses enfants et ceux de son mari, eus ensemble ou séparément. Une broutille.
![]() |
| Modeste tombe de Katheryne Swynford, duchesse de Lancashire, et de sa fille, avant qu'on la casse un peu... (Photo Wikimedia Commons) |
![]() |
| Le dessin, c'est mieux pour voir, quand même (Photo Katherineswynfordsociety, pinterest) |
Thomas Chaucer et Katherine Swynford avaient choisi d'utiliser la roue des Roet dans leurs armoiries.
D'où le raccourci avec la prétendue roue de la prétendue tombe de Philippa Chaucer d'East Worldham.
![]() |
| On voit le rapport avec ce qu'il y a sur le gisant. (Attention, il peut y avoir des commentaires à prendre au 2d degré, voire plus, dans tout le blog. Y compris sur cette page.) |
Euh ? Il n'y aurait pas comme une erreur là ?
Récapitulons. Philippa Chaucer est morte vers 1387. Elle porte un touret, une barbette, un surcot ample (porté sur une cotte, qu'on devine à l'encolure et aux poignets), serré au cou par... Ah tiens, la roue.
![]() |
| Touret, barbette, surcot, fermail... Le total look fin XIIIe. Philippa Chaucer au bal masqué ? (photo blog ToCanterbury) |
Serrée par un fermail. Typique du XIIIe siècle, début XIVe. Et si on compare avec une tombe proche de la date de décès de Philippa, comme celle de Reginald de Malyns et ses deux femmes, datant de 1385, on remarque que niveau mode, c'est plus vraiment le touret qui est au top, mais les coiffes à rucher, encadrant le visage.
![]() |
| La mode vers 1385. Un peu différent (site effigies and brasses) |
Peut-être que Philippa était une dingue de la mode XIIIe (je la comprends), et qu'elle a décidé d'être représentée sur sa tombe dans une tenue portée par sa grand-mère.
![]() |
| Philippa adorait le fermail hérité de Grand'Maman. (Photo page internet Astoft.) |
Ou peut-être qu'il y a eu un gros bug de datation, lié à la situation de l'église, à la famille Chaucer, et a une mauvaise (j'ai le droit de dire « très mauvaise »?) lecture du fermail rond, qui servait à confirmer une hypothèse séduisante (et éventuellement bonne pour le tourisme).
Par ailleurs, comparé aux autres tombes, genre « grand jeu » de la famille, le gisant inachevé et démodé fait un peu « grosse anomalie ».
Inutile de dire qu'on est revenu sur cette hypothèse (ou pas. On trouve encore régulièrement mention de cette tombe comme étant celle de Philippa Chaucer).
| Fermail fin XIIIe, British Museum, Londres (photo T.A.) |
L'identité de la dame.
Si cette dame n'est pas Philippa, qui est-elle ? Avant d'appartenir à Thomas Chaucer, East Worldham appartint, jusqu'au moins 1327, à la famille de Venuz. La dernière femme de la famille de Venuz à être documentée est Margery, morte vers 1325-1329, après une lutte de succession avec son fils (mort vers 1329. Il y a des sources divergentes sur les dates de décès. On trouve, pour Margery et son fils 1327 ou 1329). Une histoire un peu compliquée, qui se solde par la fin de la domination des de Venuz sur les lieux. Et ce serait le gisant de Margery. Commandé de son vivant (d'où le costume antérieur, il date résolument d'avant 1327, voire 1300). Il a été envisagé que l'enterrement du gisant pouvait être le fait des nouveaux propriétaires qui voulurent plus ou moins éliminer les traces de la famille précédente, si jamais un cousin des de Venuz se manifestait... Plus de trace, pas de rouspétance ! Ni vu ni connu.
(voir, par exemple, cette analyse : étude du gisant )
Mais, si le gisant a été commandé du vivant de Margery, pourquoi n'est-il pas fini ? L'hypothèse Margery paraît douteuse. Sa belle-mère ? La grand-mère de son mari ? Quelqu'un qui n'a rien à voir avec la famille ? Toujours est-il qu'un gisant aussi inachevé et enterré, c'est un peu étrange.
![]() |
| Bon, ben... On sait pas... |
Conclusion.
Si on ne sait pas qui est cette femme, ce qu'on sait, c'est qui elle n'est pas (Philippa Chaucer) et qui elle a peu de chances d'être (Margery de Venuz).
Et ce qui nous permet de préciser cela, c'est le costume. Ce gisant mystérieux est un bel exemple de l'importance de la mode quand il s'agit de dater une œuvre d'art. Même si les informations sont incomplètes. Il est intéressant de remarquer que c'est aussi une mauvaise lecture d'un accessoire qui est responsable de l'interprétation séduisante, mais irrecevable, du gisant comme tombe de Philippa Chaucer.
Autrement dit, une approche rigoureuse, sérieuse, documentée, raisonnée de la mode médiévale est quelque chose de vital pour l'histoire de l'art de cette période. Diffuser des infos erronées, mal sourcées, revient à saboter le travail de recherche (Aaaaaaaaaah ! Ca fait du bien !). Car tous les historiens de l'art ne sont pas au fait des nuances de la mode médiévale, et peuvent être tentés de se fier à des informations au final douteuses.
Le gisant d'East Worldham est loin d'être le seul exemple d'œuvre médiévale dont une analyse du costume a permis de rectifier le sens (si vous saviez !!!).
Quant à l'église d'East Worldham... Elle peut s'enorgueillir de posséder un gisant drôlement intéressant. Pas parce qu'il a été considéré comme étant celui de Philippa Roet, mais parce que son aspect, mi sculpté-mi gravé, est loin d'être banal ! Le genre de sculpture qui vaut vraiment le détour !
| Une partie des explications... Pour lire la suite, y aller ! (Photo Tony Pears) |
Merci au révérend Tony Pears, recteur de l'église d'East Worldham et à Roger Yelland (auteur du blog "To Canterbury") pour leurs informations. Autre blog intéressant, celui de Tom Muckley )
samedi 3 décembre 2016
Amours, Gloire et Peintures
DESPERATE ROMANTICS

Millais, Ophelia, 1852, Tate Gallery, Londres. Détail. (Photo TA)

C'est Lizzie qu'on assassine.
![]() |
| Millais, étude pour Ophelia, 1852, Birmingham City Museum and Art Gallery |
![]() |
| Rossetti, détail de la deuxième version de Beata Beatrix, 1873, Birmingham City Museum and Art Gallery (Photo TA) |
Une série qui date un peu (2009), BBC... Qui cause des... Préraphaélites ! Elle est pas belle la vie ?
Une bande de jeunes peintres qui cherchent le modèle parfait. Et la trouvent... Et se l'arrachent. Ou pas.
Bref, l'histoire commence par la découverte de Liz Siddal (Amy Manson), qui s'esquintait les doigts à faire des chapeaux qu'elle ne pouvait pas se payer. Elle va d'abord poser pour Hunt, puis Rossetti, et Millais.
![]() |
| Lizzie Siddal (Photo BBC) |
Rossetti (Aidan Turner), charmeur, roublard, baratineur, égocentrique, limite opportuniste (euphémisme)... Rossetti, quoi. Loin d'être parfait, mais fascinant, et attirant. Qui passe de plus en plus pour le raté de la bande, comparé à Millais, Hunt et Liz Siddall. Millais, adorable, le petit jeune. Innocent, naïf, gentil, timide... Et Hunt. Je ne suis pas fan du bonhomme, mais il devient presque sympa, parfois, tant qu'il ne part pas dans son obsession religieuse/sauveur de filles perdues. Ruskin, montré en coincé (pas faux) tendance malsain, et Effie, un peu trop au courant de certaines choses qu'elle va découvrir avec Millais.
![]() |
| Lucky (photo BBC) |
Lizzie... séduisante par sa répartie, et qui ne se laisse pas impressionner par le baratin de Rossetti. Au début. Après, elle se laisse avoir, et, évidemment, ce n'est pas un happy end.
![]() |
| Unlucky (photo BBC) |
Annie Miller. Vulgaire, pas très futée, transformée en prostituée. Bref, "légère" exagération de ce qu'elle était (même si elle a vraiment eu besoin de pas mal de leçons pour épouser un monsieur de la Haute).
![]() |
| Rossetti, Helène de Troie, 1863, Kunsthalle, Hambourg, modèle : Annie Miller (photo ©Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz, Berlin, 2003, Hamburger Kunsthalle) |
Justement. Parlons respect de l'histoire des préraphaélites. Exit Deverell, le peintre qui découvrit Lizzie et la peignit en premier, fut certainement le premier à l'aimer et mourut prématurément. Il est remplacé par un jeune journaliste, personnage fictif, ami du trio.
![]() |
| Walter Deverell, dessin pour La Nuit des Rois. Première apparition de Lizzie, à gauche. vers 1850, Tate Gallery, Londres |
Euh. Juste en passant. Les préraphaélites étaient sept dans leur confraternité. Où sont les quatre autres ? Même William Michael Rossetti, le frère de, a disparu du paysage.
![]() |
| William Michael Rossetti, le petit frère de l'autre. Sacrifié sur l'autel du "on peut pas mettre tout le monde ça va être trop compliqué" |
![]() |
| Etude pour Ecce Ancilla Domini. Christina, pas Lizzie. (Tate Gallery, Londres) |
![]() |
| Christina et Frances Rossetti, née Polidori. Aux abonnés absents. (Rossetti, National Portrait Gallery, Londres) |
Ford Madox Brown n'est pas là non plus, malgré l'influence qu'il eut sur ses jeunes confrères. Ceci dit, on peut comprendre le désir de mettre un peu moins de personnages.
Rossetti n'était certainement pas un ange, mais, le trait est peut-être un peu noirci.
![]() |
| Rossetti, autoportrait en 1847 (National Portrait Gallery, Londres) |
Autre problème : la chronologie des oeuvres. Ca se mélange pas mal. Il est même très choquant de voir Jane, future madame Morris, sur un tableau avant que Rossetti ne rencontre William Morris et Burne-Jones...
![]() |
| Jane Morris, née Burden. |
![]() |
| Rossetti, Guenièvre, étude pour la peinture de l'Oxford Union. (Ashmolean Museum, Oxford, photo TA) A comparer avec le truc très moche qu'on voit dans la série. |
![]() |
| Millais, Bubbles, 1886. Lady Lever Art Gallery, Port Sunlight. Rossetti étant mort en 1882, il aurait eu du mal à en dire "c'est de la m...." |
Et... disons que ça ne manque pas de sexe. Annie Miller est un bon prétexte. Mais pas qu'elle... Un peu trop, quoi... L'histoire entre Millais et Effie...
![]() |
| Millais, le vrai |
![]() |
| Ruskin, vu par Rossetti (Ashmolean Museum, Oxford. Photo : Ashmolean Museum) |
On se demande comment Millais a pu faire son portrait sur place !
La fin est évidemment dramatique, et comporte peut-être l'incohérence la plus énorme... L'élément le plus tragique de l'histoire de Lizzie, les poèmes laissés par Rossetti, est totalement aseptisé, et transformé. Sans parler de la distorsion temporelle... Les 7 ans qui se transforment en quelques jours.
Plus positif... De beaux moments, comme la création d'Ophelia.
![]() |
| Millais, Ophelia, 1852, Tate Gallery, Londres. |
![]() |
| Millais, Ophelia, 1852, Tate Gallery, Londres. Détail. (Photo TA) |
![]() |
| Amy Manson en Liz en Ophélie (Photo BBC) |
Et aussi de Bocca Baciata, avec Fanny.
![]() |
| Bocca Baciata, 1859, Mueum of Fine Arts, Boston. |
Millais et Effie sont mignons tous les deux. Et rafraichissants. Et c'est agréable, comparé au drame Lizzie, d'avoir une histoire avec happy end.
![]() |
| Millais et Effie (Zoe Tapper) (photo BBC) |
Liz Siddal version fiction est presque aussi fascinante que l'historique.
![]() | |
| Liz Siddal, autoportrait |
C'est vraiment elle l'héroïne de la série. En tant que modèle, en tant qu'artiste et en tant que femme tombée sur un Pygmalion trop beau pour être vrai.
![]() |
| Liz Siddal, Before the Battle, Tate Gallery, Londres. |
Le personnage de Fanny Cornforth apparaît immédiatement comme très sympathique, et on devine que sa relation avec Rossetti va être longue, chaotique, sans relever de la passion, mais solide.
![]() |
| Fanny Cornforth, par Rossetti, Tate Gallery, Londres (Photo TA) |
Seulement... Fanny passe très vite.Regrettable car, au final, c'est l'histoire d'amour la plus "saine" de Rossetti.
![]() |
| Rossetti, détail de Fair Rosamund, avec Fanny Cornforth. 1861, National Gallery of Wales, Cardiff (Photo TA) |
La mise en scène est parfois inventive. Le choix de la musique, un peu rock'n'roll, colle bien aux personnages. Rossetti aurait certainement fait une sacrée rock star, avec sa cour. Du coup, la musique ne choque pas dans cette atmosphère victorienne.
![]() |
| Millais, The Order of Release, 1853, Tate Gallery, Londres. Avec Effie en vedette. (Photo T. A.) |
Le feuilleton est aussi une bonne introduction aux préraphaélites, qui étaient vraiment de sacrés personnages. Le scénario, même très romancé, reste assez intéressant. Mais... C'est nettement en dessous de la vraie histoire. Le comble.
L'histoire se situant durant la période victorienne, il y a évidemment du costume. J'aime bien les couleurs vives des costumes de Rossetti et Millais, qui traduisent assez l'excentricité et la jeunesse des personnages. Hunt est plus sobre, et plus sombre. Ce qui contraste plutôt avec sa peinture très lumineuse (même si je ne suis pas fan de son oeuvre, il faut quand même bien reconnaître ça !). Ceci dit, on sent l'impact de son séjour en Orient sur son apparence.
![]() |
| W. B. Richmond : Hunt, 1900, National Portrait Gallery (oui, il a enterré tout le monde...) |
![]() |
| Annie Miller (Jenny Jacques) et Hunt, de retour de Terre Sainte (photo BBC) |
La garde-robe de Liz l'artiste brille par son originalité. Un côté bohème qui lui va bien. Sinon... D'après ce que j'avais lu, la tenue de deuil était totalement noire. Du coup, le petit bout de col blanc de la mère de Lizzie avant l'enterrement, ça me paraît très bizarre (l'introduction d'un peu de blanc se faisait au bout d'un an, en théorie). Mais, après tout, on sait qu'il y a eu des exceptions.
Et, bien sûr, mes duettistes favoris. Ned et Topsy.
![]() |
| Ned et Topsy, les vrais |
Edward Burne-Jones et William Morris. Le fan club de Rossetti qui suit son idole, et a l'air un peu ridicule (euphémisme). Evidemment, Rossetti n'a pas idée, en voyant le duo, de l'importance qu'ils vont avoir. Et on est mis à la place de Gabriel. Ce qui me choque quand même, c'est la boulette casting. La différence de taille entre les deux n'est absolument pas prise en compte. Quitte à jouer sur le comique de Ned et Topsy, pourquoi ne pas avoir respecté leurs physiques jusqu'au bout ? Morris est vraiment trop grand (ou Ned trop petit...).
Le caractère de Morris est assez bien rendu quand même. Leur rôle de sauveurs des préraphaélites est amené de manière pas très conforme à l'histoire. Carrément inventé, même. Mais, au final, l'idée est là...
La série tourne autour de la relation de Gabriel et Lizzie. Une histoire qui a largement de quoi inspirer une série, c'est certain. Les raccourcis scénaristiques, les libertés prises peuvent passer au début. Mais à partir de l'arrivée de Ned et Topsy, cela devient tellement du gros n'importe quoi quand on est habitué à l'histoire des préraphaélites que c'est un soufflé qui retombe. La mort de Lizzie est émouvante, très émouvante. Mais... Rossetti qui peint Beata Beatrix en une nuit... Hum...
![]() |
| Beata Beatrix, 1864-1870, Tate Gallery, Londres. |
En prime, les "copies" des tableaux de Rossetti sont carrément ratées. Tout ce qui fait le charme de son oeuvre a disparu. Et la plus ratée est justement Beata Beatrix. Dommage. Le pire reste quand même la version bien plus soft de l'histoire des poèmes et cette espèce de nouvelle légende à partir de ce qui est déjà une légende (je vais pas spollier la fin de la série. Mais en tout cas, ça ne s'est absolument pas passé comme ça ! C'est le détail de la bio de Lizzie qui fait de son histoire l'une des plus tristes que je connaisse... et... patatra... C'est carrément saccagé par le scénario).
![]() |
| Touche pas à ma Lizzie ! |
Dommage.
Inscription à :
Articles (Atom)




















































