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samedi 20 septembre 2025

VERT, LE SERPENT DE MER

 EN VERT ET CONTRE TOUT

Problème de teinturerie... 

Van der Weyden, Madeleine Lisant, avant 1438, National Gallery, Londres (photo T. A.)

 

S'il y a une couleur qui fait couler beaucoup d'encre, c'est bien le vert. 

Tissus teints en vert, dans le même bain : laine, soie, coton, lin, reseda et indigo -pas très courant au Moyen Âge, il apparaît tardivement, très tardivement, donc, rester sur le pastel, c'est plus sûr... Le Reseda luteola, jaune, apparaît lui dans les comptes de la cour d'Edward II- Palais Mocenigo, Venise, expo teintures 2016 (Photo T. A.)
 

De nos jours, on ne se fatigue pas. On prend du bleu, du jaune, on mélange, et ça fait des chocapic à la pistache. 

Au Moyen Âge, ce n'est pas exactement tout à fait pareil. 

 

Causons Pastoureau 


 

Quiconque a suivi quelques conférences de l'historien des couleurs, Michel Pastoureau, a sûrement entendu l'anecdote de ce teinturier de Nuremberg qui s'amusait à avoir chez lui une cuve de bleu et une de jaune, s'est fait prendre et a été prié d'aller voir à Augsbourg si l'herbe était plus verte. C'est dommage, c'est joli Nuremberg (surtout quand ça rime avec Dürer. L'autre nom "propre" associé à la ville, on oublie, c'est caca...)

Quitter ça pour finir à la diète à Augsbourg, c'est triste... (Photo T. A.)  
 

Pour faire des verts, sans en avoir l'air, on peut utiliser certaines plantes qui donnent des teintures pas très solides, toujours d'après Pastoureau (fougère, plantain, etc.). 

Pour lui, le vert n'est pas vraiment une couleur à la mode parmi la noblesse. Pas tout à fait d'accord, vu les infos qu'on a sur la garde robe du roi d'Angleterre Henry III. Mais toujours est-il que le peu de fiabilité des teintures fait que ça ne passe pas trop. Ou alors, pour avoir un beau vert, il faut y mettre le prix. Et pour cause... On va voir ça un peu plus tard. Et puis, en plus, c'est pas très solide, il paraît.

Alors, pour commencer, pourquoi les teinturiers médiévaux ne pouvaient-ils pas faire de vert en mélangeant, dans la même cuve, le jaune et le vert (oups, coquille) bleu ? 

Déjà, le mélange, il va un peu à l'encontre des traditions datant de la Bible... En outre il y a des séparations entre les teinturiers... Par matières (laine et lin, soie, voire coton en Italie) et par couleurs (rouge et bleu, c'est pas le même business). 

Et c'est là que le bât blesse...

Traité de l'art de la soie à Florence, 1489, Bibliothèque Laurentienne, Florence, plut 89 sup cod 117, fac-similé Ziereis, édité chez Giunti, Florence, en 1995. Où l'on constate que la teinture, ça pue ! (cf, le petit bonhomme sur la page de droite.)
 

Chacun sa spécialité 

On va s'attarder un peu sur la soie. D'après Farmer, aussi bien à Florence qu'à Paris, par exemple, et on peut supposer qu'il en est de même dans d'autres régions travaillant la soie, comme la péninsule ibérique, les teinturiers ont une tout autre maîtrise de la teinture que ceux de laine. D'autre part, ils avaient accès à toute la palette, et non à une ou deux teintes en particuliers. Sans parler d'une différente qualité d'eau qui était nécessaire (ils étaient pas installés au bord de la Seine). La difficulté de la teinture de la soie est visible dans la mésaventure vécue par une comtesse de Flandres qui acheta de la soie, la fit teindre en Belgique par des teinturiers de laine, reprit ses fils pas contente, et les expédia vite fait à Paris pour avoir des couleurs correctes...

La comtesse de Flandres, après un séjour en Egypte, récupérant ses fils de soie confiés à un atelier flamand.
 

Ajoutons qu'un teinturier de soie parisien alla s'installer à Cologne, autre ville où on aimait travailler la soie. Il serait le premier teinturier de soie dans cette ville. On est en 1349. 

Pour la laine, le jaune, c'est traité par les teinturiers du rouge. Pas du bleu. Donc, en théorie, un teinturier de bleu ne touche pas au jaune. Il semble ainsi clair qu'on ne traite pas la soie comme la laine et que toute étude sur le vert (ou n'importe quelle autre couleur, ou tissu) doit tenir compte de ceci, au risque d'être caduque. Sans parler de l'évolution des techniques à travers le temps... Toujours en tenir compte (je radote).

Mais donc, il y a du vert.

Langue verte... 

Régulièrement, on va trouver des critiques de Pastoureau (ça fait au moins 15 ans que ça dure... Je me souviens de quelqu'un qui avait trouvé la preuve ultime de l'incongruité des travaux de Pastoureau parce qu'il y avait "teinture à l'oseille" au lieu de "teinture à l'orseille" dans un de ses textes. Le gag étant que dans tous ses autres écrits, on trouve bien "orseille". Bref, ceci s'appelle une faute de frappe, une coquille... Ca arrive. Le plus cocasse étant que cette remarque qui se voulait assassine a été faite par quelqu'un qui n'a jamais rien publié). 

On trouve de gros sous-entendus. Pastoureau prétendrait qu'on ne fait tout simplement pas de vert avec du jaune et du bleu. Et on nous ressort ça régulièrement, de manière péremptoire.


 

Avec raison ?

QUE NENNI !

Lisons un peu 

Si on lit les livres de Pastoureau un peu plus précis que, par exemple, Le Petit Livre des Couleurs, qui est un petit livre d'entretien avec Dominique Simonnet, ben, on se rend compte que Pastoureau ne dit pas que le vert n'était pas fait avec du jaune et du bleu, mais qu'il n'était pas fait avec du bleu et du jaune dans une même cuve ou au même endroit (cf  Hans Töllner, notre teinturier malhonnête de Nuremberg).


 

C'est pas pareil ! C'est pas pareil du tout ! C'est totalement différent ! C'est ignorer purement et simplement les recherches de l'auteur. Même s'il y a toujours des petits trucs qui coincent. J'y reviendrai.

Ici, Pastoureau présente la possibilité de faire du vert en superposant le jaune et le bleu, et non en mélangeant. Ce qui change tout. Mais, là où Pastoureau se trompe, c'est en prétendant l'inverse impossible.


 

Dominique Cardon a travaillé sur deux draps verts (Italiens). L'un est fait d'une base bleue, recouverte de jaune. L'autre, et c'est très intéressant, est fait de fils de chaîne et fils de trame préalablement teints en bleu, tissés, puis plongés dans un bain de jaune. Fait intéressant, les travaux de Cardon figurent dans la bibliographie de Pastoureau. Peut-être ne les a t-il pas mentionnés pour des questions de date ou de lieu ? C'est en tout cas le plus gros reproche que je ferais à Pastoureau sur cette question. Pour être honnête, Pastoureau évoque quand même la "méthode germaine", consistant à superposer bleu, puis jaune, qui dure jusqu'à l'époque féodale. Il semble ne pas être toujours d'accord avec lui-même... Ce qui est le lot des chercheurs, parce qu'un chercheur, ça trouve des nouveaux trucs parfois, ou il a des copains qui trouvent des nouveaux trucs, et du coup, comme un vrai chercheur ça doute de lui-même, il se remet en cause. Et ça peut changer d'un bouquin à l'autre (faut regarder les dates, ça permet de suivre la progression). 


 

De nouveau, il n'est pas ici question de mélange, ce mélange que Pastoureau considère illégal. Et il semble qu'il ait raison. La superposition, elle, est possible. Une superposition qui engendre des coûts supplémentaires : plus de bains, le passage d'un teinturier à un autre, des teinturiers dont on doit être sûr, donc, avec une certaine réputation, et les tarifs qui vont avec, forcément. Tout ça, ça coûte une blinde. Sans parler du ratage possible (le léger ratage, à savoir un peu plus clair ou un peu plus foncé, est signifié dans les contrats, et est considéré acceptable). Ah oui, il y a les mordants aussi... Faut en tenir compte...

Je pense avoir mis assez d'exemples comme ça, non ?

 

RESUMONS 

Avant de taper sur Pastoureau :

- Se renseigner sur les règles régissant les teintures (COULEURS ET MATIERES).

- Ne pas mélanger la laine et la soie, c'est pas pareil.

- Ne pas mélanger mélange et superposition.

- Garder un oeil sur les origines et les périodes.  

- Lire plusieurs livres du monsieur, parce que c'est un jeu de piste quand même.

- Ne pas négliger les notes de bas de page.   

Et maintenant qu'on a regardé tout ça, on peut chipoter avec le reste.   


 

lundi 27 décembre 2021

La teinture y est

INDIGO, UNE TEINTURE A USAGE SPECIFIQUE ?

Ca va être tout bleu !


Pour les bleus des textiles méd, au Moyen Âge, il y avait surtout deux plantes utilisées pour faire du bleu. 

La guède, ou pastel (woad in English, Isatis tinctoria, pour les intimes)

 L'indigo, ou indigo (indigo in English, Indigofera, pour les intimes et le nom de famille)

Au fond à gauche de l'indigo, à côté de la guède (teintures sur laine, soie, coton et lin, palais Mocenigo, Venise, 2016, voir là)
Pour plus de détails techniques, géographiques, chimiques et toutiquantiques, je vous renvoie au livre de Dominique Cardon, le Monde des Teintures Naturelles, chez Belin. Y a plein de pages dessus... Voir  chapitre 8. 

(Pssst : NdT, ça veut dire Note de Tina, pas Note de la Traductrice... Et quand c'est écrit en majuscule, c'est moi qui ai pris l'initiative. C'est pas dans les textes d'origine...)

De l'indigo dans le paonacé ?

Dans mon bouquin sur le costume 13e (en particulier vers les pages 110-112), j'évoque, à partir de l'article de Benjamin L. Wild sur le Roll of Cloths d'Isabelle d'Angleterre (article ô combien précieux, qu'on trouve dans Medieval Clothing and Textiles 7, 1-31) l'indigo comme base éventuelle du bleu paonacé. 

Ce qui est dit dans l'article original est ceci : "If the dye came from indigo, which was imported from India, the cloth would have been considerably more expensive than if the dye had been extracted from the woad plant" (10) "Si la teinture vient de l'indigo, qui était importé d'Inde, l'étoffe aurait été bien plus considérablement chère que si la teinture avait été extraite de la guède". Wild se réfère ici à l'édition anglaise du livre de Piponnier et Mane Se Vêtir au Moyen Âge. Livre qui commence à dater et à utiliser avec prudence, surtout pour tout ce qui est avant le 14e siècle (toujours la même histoire). Et donc, là, y a un gros "Gnééé ????" 

parce que ces dames ne causent à aucun moment de l'indigo, mais uniquement de la guède, qui, effectivement, coûte moins cher que le kermès. C'est la fiesta, là. Bref, ça confuse un chouïa. Et du coup, j'ai envisagé, pour le paonacé en question, une teinture vraisemblablement à l'indigo. Connaissances d'il y a 8 ans. Depuis, ça a bougé. C'est que la copine Prudence était partie faire un tour, la coquine.

Si on se réfère au seul fragment de paonacé connu, venant de Prato (archives Datini) et datant d'autour 1400, étudié par Dominique Cardon (Cardon Dominique. "Échantillons de draps de laine des Archives Datini (fin XIVe siècle, début XVe siècle). Analyses techniques, importance historique". In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 103, N°1. 1991. pp. 359-372.
doi : 10.3406/mefr.1991.3158
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_1123-9883_1991_num_103_1_3158) c'est une autre histoire. 

On tombe là sur un tissu dont le bleu est obtenu au pastel. Le pastel, en prime, ce serait anti-mite. Voilà, je pose ça là en passant, vous en faites ce que vous voulez. 

Exit l'indigo pour le paonacé. Dans la mesure des connaissances actuelles, c'est plus sûr.

ON A DIT "BLEU" !
De l'indigo dans la laine ?

Et c'est là qu'on va se poser des questions rigolotes...

On a de l'indigo pour le lin, quelques exemples chez les Nordiques, par exemple... Mais... Des traces d'indigo sur la laine, ça donne quoi ?

Et on va donc se balader du côté de Medieval Clothing and Textiles. Encore. Mais cette fois... le 10 ! Paru en 2014. Soit après mon bouquin, et là, c'est ballot. 

Il y a dedans un article très intéressant de Lisa Monnas, qui sait de quoi elle cause quand il s'agit de soie. Et qui là parle de couleurs. "Some Medieval Colour Terms for Textiles", 25-57. 

A partir de la page 28, ça cause bleu. Et c'est la cata...

Teintures indigo sur laine, à Magdebourg (Kulturhistorisches Museum), 2020. Derrière, on voit un cube. L'indigo était importé en carreau, ce qui fait qu'en Europe, on l'a souvent considéré comme teinture d'origine minérale.

Pour Lisa Monnas, l'indigo, p. 29, c'est pour la soie au Moyen Âge. Que pour la soie... Et d'ailleurs, si on se réfère à Joinville... Notre cher Saint Louis portait "une cotte de samit ynde" à Saumur en 1241 (Joinville, §94, assorti à un surcot et un mantel de samit vermeil, si ça vous intéresse. Dans mon bouquin, p. 111, je parle de satin, mais... vous connaissez l'histoire. Samit mal traduit en satin, entre autre par VLD. Je vous renvoie Ici, ça en cause en scrollant un peu.)

De l'ynde pour de la laine... J'ai pô trouvé. Ni en texte ni en archéo. 

Reprenons notre bible, le Cardon, voir ce qu'elle en dit, de cet indigo qui n'aime pas la laine...

En route pour la page 357 !

Et aussi la 358... 

Pendant ce temps (avant le 17e-18e, en gros, NdT), l'indigo reste très marginal en Europe, mais non pas inconnu. Importé d'Orient par une chaîne d'intermédiaires au bout de laquelle prospèrent les marchands, surtout vénitiens et génois, on le trouve mentionné à plusieurs reprises dans les registres de comptes du Moyen Âge : à Gênes en 1140, à Marseille en 1228, à Londres en 1276. Il est utilisé comme peinture mais aussi comme teinture, d'abord adoptée pour la soie et les futaines (tissus mixtes de lin et coton ou lin et laine) : c'est dès 1250, peu de temps après la reconquête de Valence sur les Maures, que le roi d'Aragon Jacques Ier accorde aux teinturiers de futaines de la ville un règlement sur la teinture à l'indigo. L'indigo est cité également dans le plus ancien règlement à l'usage des teinturiers vénitiens (...) en 1305. En revanche, il va rester LONGTEMPS INTERDIT EN EUROPE POUR LA TEINTURE DE LA LAINE. C'est le cas en 1317, à Florence, dans les plus anciens statuts de l'Art de la laine (...). L'ajout d'indigo à la cuve de pastel est bien autorisé en 1416 à Barcelone, mais il va de nouveau y être interdit au cours du XVe siècle, alors qu'à la même époque, des recettes de cuve d'indigo pour la soie se retrouvent dans deux traités de teinture, l'un florentin, l'autre vénitien.

Premier point : On est un peu mal pour le Haut Moyen Âge, avec des sources écrites commençant en 1140... 

Deuxième point : On est très mal pour la laine, en général...

Troisième point : En gros, c'est mort quoi... 

Quatrième point : Un nouvel espoir... 


Une nouvelle thèse

Usages de l'indigo dans la thèse d'Obi Wan Kenobi de Mathieu Harsch, "La teinture et les matières tinctoriales à la fin du Moyen Âge : Florence, Toscane, Méditerranée"

Soutenue en 2020. Ca roule. Consultable en passant par là

Euh... Comment dire... ?

 Ben en citant (49-50)

En revanche, l'indigo n'est cité ni dans les Statuts ni dans les registres de Délibérations des consuls de l'Art de la Laine au XIVe siècle. Cela ne signifie pas forcément qu'il était interdit, mais simplement qu'il n'était pas d'usage de l'utiliser en draperie (Petite rectification de l'interdiction évoquée par Dominique Cardon en note, 78, p. 50, NdT). L'INDIGO ETAIT EN EFFET UN COLORANT DE LA SOIE. Le Trattato dell'Arte della Seta florentin en fait même l'élément de base de sa recette de bleu. (...) En réalité, l'indigo ne concurrençait pas la guède, QUI RESTAIT, AU MOYEN AGE, LA SEULE OPTION VALABLE POUR TEINDRE LA LAINE EN BLEU. (...) La teinture à l'indigo nécessitait d'autres procédés e cuve, plus drastiques, mais corrosifs pour la laine. (...) L'indigo était donc indiqué pour teindre la soie ou le coton (ou le lin lorsque c'était autorisé), mais dans des cuves plus "chimiques" que la cuve d'agranat utilisée en draperie. Son coût représentait également un obstacle, surtout pour l'industrie des fibres végétales, SI BIEN QU'EN DEFINITIVE ON NE L'UTILISAIT REELLEMENT QU'EN SOIERIE."

La lecture des pages 368 à 375 est aussi conseillée à ceux qui veulent en savoir plus sur l'indigo au Moyen Âge.


Oui, je sais, ça concerne le domaine méditerranéen.

Mais voilà... L'indigo a été étudié par d'autres (voir, par exemple, les travaux de Jenny Balfour-Paul, en anglais), et... On retombe toujours sur les mêmes résultats. 

La soie, c'est bon, la laine, c'est pas bon. Question, déjà, de réactions chimiques avec les moyens de teinture de l'époque.

Ceci dit, pas d'panique !

Qu'en est-il des autres secteurs géographiques et des périodes précédentes ? Alors... Déjà, il paraît que les techniques de teinture ont progressé, grâce aux croisades, à partir du XIIe siècle. Ce qui est un tantinet en contradiction avec l'idée de problème technique à la fin du Moyen Âge. Enfin, je crois, quoi... 

Après, j'suis pas trop dans les questions techniques. Cependant, il semble y avoir un réel consensus quant à l'usage de l'indigo en teinture. 


Mais... Comme me l'a souligné Grégoire le Guesderon : "l'analyse est donc impossible pour différencier le bleu obtenu à partir de plantes non européennes comme l’indigotier ou celui tiré du pastel de guède, la plante européenne, sur des textiles anciens pour le moment et donc un bleu saturé obtenu à l'indigo est bien le même qu'un bleu saturé (pers) obtenu à la cuve de pastel... et qu'en évocation, on ne pourra pas faire mieux. Pour une véritable tentative de reconstitution, il faudrait monter toute une cuve d'agranat de pastel... personne ne le fait de façon courante, cela a déjà été fait par quelques fous (dont moi en 2000...on ne rajeunit pas...) mais c'est titanesque à mener..." (la cuve à agranat est expliquée en 338-340 du Cardon, pour ceux et celles qui seraient tentés).

 

Au final, je profite bien de cet article pour rectifier et préciser la page 111 du costume médiéval au XIIIe siècle, suite à la parution d'un article postérieur, qui m'a mis le doute et m'a fait me replonger dans la cuve à teinture.

 

Je tiens à adresser un énorme merci à ce grand connaisseur des teintures médiévales qu'est mon compatriote lorrain Grégoire le Guesderon, qui m'a été d'une aide précieuse pour dénouer tout ça. 


On ne peut pas faire la différence sur les textiles anciens pour l'instant. Du coup, ben si on veut utiliser du tissu (laine) teint à l'indigo, pourquoi pas ? Ce n'est a priori pas histo, mais... Si, visuellement, ça permet d'obtenir un bleu semblable à ce qui pouvait se faire au Moyen Âge avec du pastel... Vive l'indigo !

Et puis, ça pourrait aussi être génial de faire une cuve à agranat ! (Y a un défi, là !)





mercredi 5 septembre 2018

METHODOLOGIE 4.1

LES ENLUMINURES
Première partie

Juillet, lion, Livre d'heures, vers 1450, Bodleian Lib. MS Auct. D.inf.2.11., fol 6r (wikipedia)

Les enluminures (souvent faussement appelées "icono"... Grrrr) sont des sources particulièrement appréciées pour apprendre à connaître le costume médiéval, et plein d'autres aspects du Moyen Âge.
Autant le dire tout de suite, ce n'est peut-être pas l'idée la plus géniale du siècle.
La peinture médiévale a ses règles. Et dans la peinture médiévale, l'enluminure a les siennes.

On entend souvent dire que l'enluminure, ce n'est pas de la photo. C'est vrai. Mais les mêmes vont vous dire que c'est comme la BD... Euh ? On pourrait en déduire qu'Astérix et Lucky Luke sont représentatifs de notre civilisation actuelle. Il n'y a, hélas, aucune exagération là dedans. Car les enluminures sont des oeuvres ancrées (et encrées) dans leur époque de création, mais qui racontent des histoires de différentes époques. Ah ben oui, c'est comme la BD en apparence. Mais, dans la pratique, seule l'époque de création est prise en compte, et tout est considéré comme fiable.
La reproduction pure et simple des costumes (et des accessoires, et des décors) issus des enluminures n'est pas de la reconstitution ou de l'étude du costume, mais du cosplay (sans que cela soit péjoratif, tant que c'est assumé comme tel).
Les enluminures ont, dans l'image médiévale, un nombre assez impressionnant de particularités dont il faut tenir compte afin d'étudier les objets dans les meilleures conditions.

Voici un petit éventail de ce dont il faut tenir compte quand on travaille à partir d'enluminures... Encore une fois, ça peut avoir l'air rébarbatif, et long, mais quand on a l'habitude, ça devient du réflexe.

Quelques généralités
L'image médiévale est pleine de symboles. On peut les retrouver aussi bien dans les peintures de chevalet, les fresques, les vitraux, les ivoires, les tapisseries, les émaux, etc. Et donc dans les enluminures. Le sens, la représentation peuvent varier selon les siècles et les media.
On est dans de la deux dimensions. (Captain Obvious vous salue). La représentation de la profondeur n'est pas forcément liée aux règles de la perspective linéaire (celle-ci apparaît sur la fin du Moyen Âge). On aura plutôt des indications de profondeurs, des jeux sur les plans et ce qu'on qualifierait d'"essais foirés de perspective".

Otto II, Registrum Gregorii, vers983, Chantilly, Musée Condé, Ms 14 bis. Empereur disproportionné, mis en avant alors qu'il est sous le dais, espace recomposé, profondeur juste indiquée. Le réalisme ? Pourquoi faire ? Tout est conçu selon des règles qui sont totalement différentes de celles auxquelles nous sommes habitués depuis la Renaissance (Wikipedia)
En fait, la perspective illusionniste, c'était pas vraiment une question... La taille des objets ne correspond pas aux règles d'optique. Beaucoup d'images médiévales utilisent la hiérarchie par la taille : plus quelque chose est important, plus c'est grand. Tout est repensé, réorganisé et présenté en fonction d'une hiérarchie propre à chaque image et objet figuré dans cette image. Ca peut donner de sacrées disproportions, et ainsi tromper celui qui veut reconstituer un objet. Ce n'est pas à l'échelle.
Et on privilégie la lisibilité et la compréhension de ce qui était important au regard de l'époque (et ce n'est pas forcément pareil maintenant) à l'illusion de réalité. Le réalisme n'importe que très peu.
C'est pas compliqué. Une image médiévale est
1. SYMBOLIQUE. Elle a un sens. Ce n'est pas là par hasard.
2. Compréhensible. Les éléments signifiants sont mis en valeur.
3. Décorative. Pour les yeux médiévaux.
etc.
etc.
etc.
N. réaliste, si on a le temps, les moyens, si le navire qui amenait les pigments d'Orient n'a pas coulé lors d'une tempête ou été attaqué par des pirates, si le peintre a l'idée et la capacité de faire dans le réalisme, si le commanditaire veut qu'il y ait du réalisme par endroits, si ça ne gêne pas la lecture et la beauté de l'oeuvre...

Avant de vouloir utiliser une image médiévale, il faut la comprendre. Se mettre dans la tête de celui qui l'a faite et de celui qui la recevait. Il faut comprendre l'esprit médiéval. 

Quelques problèmes propres aux manuscrits enluminés
Contrairement aux autres sources en deux dimensions, les enluminures font partie d'un ensemble particulier : le codex (c'est le mot pour faire bien quand on cause d'un livre... par opposition à un ouvrage en rouleau). Pour la réalisation, on peut avoir plusieurs artistes s'occupant de l'image et de la calligraphie. C'est parfois l'ouvrage d'une seule personne, souvent l'oeuvre de plusieurs. Et il n'est pas rare d'avoir des livres réalisés sur plusieurs dizaines d'années. Du coup, cela pose un problème au niveau de la datation. On a aussi des reprises des décennies plus tard. Grattage d'un personnage, remplacé par un autre, par exemple.
Livre de Lindisfarne, VIIIe siècle, Page d'ouverture du livre de st Mathieu, Londres, British Library, Cotton MS Nero D.IV,  f. 27r. Il a pris son temps, Eadfrtih... (Wikipedia)
 D'autre part, si on peut raisonnablement envisager qu'un moine (ou une équipe) dans un scriptorium religeux peut passer 17 ans à faire un évangéliaire sans stress et sans date de rendu, il n'en est pas forcément de même pour un enlumineur d'un scriptorium laïc qui a eu une commande d'un livre d'heure pour un mariage 2 ans plus tard. Au début, il prend son temps, soigne les détails, s'applique... et 3 mois avant la date du mariage se rend compte qu'il n'a fait que la moitié du livre... Il peut alors y avoir comme qui dirait une différence de qualité entre le début et la fin de l'ouvrage...Différence de qualité qui va forcément jouer sur les détails.
Pour cela il est important de savoir où se situe l'image dans le livre, et d'avoir jeté un oeil à la totalité du manuscrit.
Une enluminure n'est pas quelque que chose que l'on peut traiter de manière isolée.

Les couleurs
Encore une fois, tout dépend...
Certains scriptoria sont mieux achalandés que d'autres. Les couleurs qu'on trouve dans les manuscrits dépendent des pigments disponibles dans le scriptorium. Ceci inclut la richesse (ou non) du dit scriptorium, mais aussi les liens commerciaux, puisque certains pigments viennent de très loin. La valeur économique (le prix, quoi) et spirituelle (oui, Dieu aime ce qui est beau et riche, le commanditaire aussi) de la peinture dépend aussi des pigments qui sont employés. On aura alors des couleurs plus ou moins vives, voire, pas de couleurs. Des couleurs absentes...
Et en prime, certains pigments ne sont pas stables... Rien que tout cela fait que l'on ne peut pas trop se fier aux couleurs.
En plus :
Ordo du Sacre, version Louis IX, 1250, Paris, BNF, Latin 1246. Le texte dit que le roi est totalement vêtu de soie bleu jasmin fleurdelysé... sur une chemise blanche. Toutes les images décrivant le sacre démentent le texte. Chaque vêtement est mis en évidence pour qu'ils soient bien distincts les uns par rapport aux autres, chacun jouant un rôle dans la cérémonie. Les couleurs d'un même vêtement peuvent changer d'une image à l'autre... (photo BNF)
 On ne doit pas oublier les règles 1 à 3 de l'image médiévale. Les couleurs sont soumises à un symbolisme (certaines permettent de reconnaître certains personnages), à la lisibilité (on doit distinguer les éléments signifiants au premier regard), à l'aspect décoratif (harmonies médiévales, etc.) et puis, après, on peut éventuellement se permettre d'avoir des couleurs qui correspondent à la réalité.
Ordo du sacre, version Charles V, 1365, Londres, British Library, ms. Tiberius B.VIII, f. 55. Les fleurs de lys font leur apparition. L'image tient ici un peu plus compte des réels vêtements. (The British Library board)
 Ceci va plus se voir sur la fin du Moyen Âge, comme toujours, mais, ça ne veut pas dire que tout sera réaliste. Là aussi, il est conseillé de jeter un oeil à la totalité du manuscrit pour vérifier si certaines couleurs ne seraient pas absentes ou utilisées dans certaines situations. Et on peut comparer avec d'autres...
Si le commanditaire et le scriptorium ont les moyens, on va avoir des couleurs vives même pour des costumes paysans. Tout simplement parce que les couleurs sont chères, et c'est donc une preuve de la richesse du commanditaire, et vives, ce qui est esthétiquement appréciable.
Les Très Riches Heures du Duc de Berry, XVe siècle, le Mois de Juin, Chantilly, Musée Condé, ms.65, f.6v. Le bleu de la robe fait un peu riche... Un tout petiiiiiiiiiiiiiiiiiit peu... (Wikipedia)

D'ailleurs, lorsque l'on a redécouvert l'art médiéval au 19e siècle, les amateurs étaient frappés par la vivacité des couleurs des manuscrits, couleurs protégées du soleil. Forcément, les fresques et les peintures de chevalet avaient, en comparaison, perdu de leur éclat.

Feuillet détaché de la Bible de Maciejowki, Mort d'Absalon, vers 1250, Getty Center, Los Angeles. lido.getty.edu-gm-obj1554. Photo du musée, récente, certainement conforme à l'original. (Wikipedia)

Dernier point sur les couleurs : la qualité de la reproduction. Il n'y a qu'à comparer différentes éditions de la Bible de Maciejowski pour comprendre que la reproduction joue... Beaucoup...
Bible de Maciejowski, Retour de Benjamin, New York, Pierpont Morgan Library,  Ms M. 638, f6. Photo issue d'un ancien livre. Reproduction des couleurs douteuse. (Wikipedia)

Et, il y a un truc qui est très dur à restituer en photo : l'or.
Bible de Maciejowski... New York... En vrai, avec un smartphone. Forcément, ça rend moins bien... Mais on voit l'or. (Photo de moi... On s'en doutait, je vous rassure, j'ai fait moins pire avec le reflex)

Et comme on parle couleurs, il est toujours utile d'avoir ses Pastoureau à portée. 
En résumé : Il faut se montrer très attentif aux couleurs que l'on veut prendre pour ses vêtements si l'on se base sur les manuscrits. Les règles de la teinture et de la peinture ne sont pas les mêmes... 

J'arrête là pour l'instant. Il reste encore à causer des copies, des anachronismes, des types de livres, des sujets, des exotismes, j'en passe et des meilleurs... Autant faire une petite pause.

(Franquin/Dupuis)

mardi 10 janvier 2017

COULEUR

ROUGE
HISTOIRE D'UNE COULEUR
Michel Pastoureau

Avertissement : j'ai volontairement choisi d'illustrer cet article avec des images ne figurant pas dans le livre. (sauf la couverture...)




Tout ceux qui s'intéressent au costume médiéval, et à l'art médiéval, connaissent évidemment les ouvrages de Michel Pastoureau. Le spécialiste de la couleur est parfois décrié, par certains qui, bien souvent, se sont contentés d'une lecture rapide. Or, si on lit bien les textes de M. Pastoureau, si l'on suit ses conférences (certaines sont disponibles en ligne), on ne peut que reconnaître la richesse de sa documentation, la pertinence de ses remarques, et la sagesse des précautions qu'il prend. J'apprécie la sincère humilité de ce grand monsieur. 

Ceci étant dit, passons maintenant à son dernier ouvrage, qui concerne LA couleur la plus à la mode au Moyen Age, la valeur sûre (normalement) pour ne pas se tromper dans son costume : le Rouge.

Skyphos à figure rouge, vers 450 av. J.-C. Hessisches Landesmuseum, Darmstadt.

Je reconnais avoir un préjugé favorable envers ce livre, en raison des autres publications ou interventions de Michel Pastoureau. En outre, étant moi même très sensible à la question des éclairages d'origine des oeuvres que l'on voit maintenant à la lumière électrique, quelqu'un qui insiste aussi sur ce fait, forcément... Je sais par avance que le propos a de très fortes chances de m'intéresser. Je sais que je vais lire l'ouvrage de quelqu'un qui se pose les bonnes questions, et qui permet au lecteur de se poser, à son tour, de bonnes questions. Il n'y a pas de bonne démarche sans bonne méthode. Il n'y a pas de bonne méthode sans bonne question. Et certaines des remarques de Pastoureau concernant la méthodologie devraient être écrites en majuscules (rouges, évidemment) devant les bureaux des chercheurs. (Ca, pour me retrouver souvent face à des problèmes de couleurs dans l'image... Je connais bien les interrogations que l'on se pose dans ces cas là... Où des fois ça marche comme ci, et des fois ça marche comme ça, et là ça marche comment ?). Tout ceci paraît éloigné de notre sujet (le rouge), mais non. La méthodologie est essentielle, primordiale, et indispensable dès que l'on se plonge dans les autres époques. Une bonne méthodologie, qui reconnaît ses limites, est la marque d'un travail sérieux. Que l'on soit d'accord ou pas avec les conclusions, d'ailleurs.
Tiens, petite colle... Qu'est-ce qu'une couleur, déjà ? On voit dans ce livre que ce n'est pas si simple. 

Et maintenant...
Négativons-un peu. (Oui, je néologise)
Il n'y a pas d'index (ce qui me rappelle la critique de mon livre, tiens. Comme quoi, c'est vrai que c'est utile). Je préfère nettement les notes en bas de page aux notes en fin de volume. (Nous sommes dans les remarques négatives capitales, tout le monde en conviendra). 


Vittore Carpaccio, détail du Miracle de la Croix, 1494, Galerie de l'Académie, Venise. LE peintre du rouge... Un grand nombre de nuances sur ce simple détail... Son absence (parmi les illustrations) est le principal défaut du livre. (Oui, parce que j'adore Carpaccio. Voilà, c'est dit !)
Mais, surtout... Voilà... Un livre sur le rouge. Richement illustré... Sans... Le maître absolu du rouge. Pas un petit Carpaccio en photo... Mais ! Qu'est-ce à dire ? C'est vrai, l'admiratrice du peintre vénitien que je suis est un peu déçue... Rassurez-vous, son nom apparaît dans le texte. Ouf ! Le contraire eut été dommage. (Comme Rubens. Mais lui, il a son tableau.) Mais, après tout, ce n'est pas à moi de choisir les illustrations.

Entrons dans le (rouge) vif du sujet.

Pour le reste. Iconographie riche, donc. Ce qui est toujours appréciable. Les oeuvres choisies ne sont pas forcément les plus connues, mais cela est enrichissant, car la sélection est réussie (à part le grand absent). Si Michel Pastoureau s'intéresse surtout à une période allant de l'Antiquité romaine au XVIIIe siècle, il n'hésite pas à déborder. Et, là encore, c'est quelque chose que j'apprécie grandement. Connaître, au moins un minimum l'avant et l'après, est, à mon sens, l'une des bases d'une recherche sérieuse.

Lucas Van Leyden, Les Joueurs d'Echec, vers 1510 ?, Gemälde Galerie, Berlin. Le changement de statut du rouge se voit sur ce tableau. Si l'échiquier continue à être blanc et rouge, les pièces rouges ont déjà été remplacées par des noires, comme sur nos échiquiers actuels. (photo pinterest)

Le découpage du livre est intéressant. On trouve quatre grandes parties, faisant chacune une bonne quarantaine de pages. Les choix des grandes parties regroupant les grandes périodes historiques sont signifiés par des titres éloquents, évoquant le rôle de la couleur durant l'époque évoquée.  
Il serait tentant d'aborder la critique de ce livre en détaillant chacune de ces quatre parties. Mais je pense que cela ôterait une partie du plaisir de la lecture. 

On apprend tellement de choses dans Rouge. Sur toutes les époques, même celles que l'on connaît déjà bien. Ces découvertes constantes nous rappellent qu'il est impossible de tout savoir. Et les surprises sont nombreuses. Dès la Préhistoire.

Arrestation du Christ, vers 1260, Musée de l'Oeuvre Notre Dame, Strasbourg. Judas, représentant du rouge négatif...
 Michel Pastoureau aborde tous les aspects du rouge dans la civilisation occidentale (en incluant l'Egypte et le Proche Orient antiques). Ses histoires, comment il est perçu selon les époques. Comment on l'obtient, pour teindre ou pour peindre. Ce qu'on en fait. Rouge féminin. Rouge viril. Rose. Les contes. Quand le porter. Son pouvoir sémantique. Le rouge, symbole du pouvoir, mais aussi symbole du parvenu. Le drapeau rouge. Du vêtement au maquillage, en passant par la polychromie, l'héraldique, les cheveux, les jeux, les talons rouges... Quand il est à la mode. Quand il ne l'est plus. Quand il devient dangereux. Ses symboliques. Quand il est négatif, quand il est positif. Et pourquoi. Et comment cela se manifeste. Aristote, Pline, Newton, Goethe. Etc. 

La lecture est agréable. Les anecdotes sont toujours pertinentes. Les faits sont documentés. On se surprend à s'interroger sur ce qu'on croyait savoir en lisant tel ou tel passage. Le rouge est aussi régulièrement mis en rapport avec les autres couleurs. 
Les notes de fin de volume (grrr) apportent les renvois bibliographiques indispensables, ainsi que de petites précisions, remarques, apartés qu'on trouve finalement nécessaires.

Anton Van Dyck, Jupiter et Antiope, vers 1620. Musée des Beaux Arts, Gand. Le rouge des peintres du XVIIe.

C'est un livre abordable par tous, et d'une grande richesse. Qui plus est, très utile. 

L'amateur d'art sera ravi. Surtout l'amateur d'art antique ou médiéval. Les passionnés de costume seront attirés par les parties sur les teintures, et par les implications de certains passages, par la place du vêtement rouge dans la société. On en apprend beaucoup sur la vie quotidienne, sur la beauté, sur les sciences... 

Alphonse Allais. Tout est dans le titre. J'adore. 
Bref un excellent livre, que j'ai dévoré. Je n'ai pas été déçue (car rien n'est pire que de découvrir que le livre qu'on attendait n'était pas à la hauteur). Peut-être le meilleur des ouvrages de Michel Pastoureau sur les couleurs, à mon avis. (Et pourtant, je suis, comme la majorité des gens, plus attirée par le bleu...)

ROUGE
HISTOIRE D'UNE COULEUR
Michel Pastoureau
Seuil, Paris, 2016
39 €

A LIRE ABSOLUMENT.