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jeudi 30 avril 2020

COSTUME MEDIEVAL

DE BONNES ET SAINES LECTURES
Des livres utiles pour les costumes. 2.



Du côté des Barbares
On reprend.

Déjà, je suis plus Moyen Age central, du coup, je sais que pas mal d'entre vous vont avoir des idées bouquins à ajouter. Vont râler parce que tel ou tel livre n'est pas mentionné. Je le conçois parfaitement, et si vous avez des conseils, pas de problèmes, proposez, et je peux ajouter à la liste (en vous en créditant, ce qui est la moindre des politesses).

Donc, la liste est criticable, c'est certain, mais, au moins, il y a des ouvrages qui, à mon avis, valent la peine. C'est déjà ça.

Vous trouverez forcément des choses, passages, chapitres, paragraphes, articles intéressants dans les ouvrages généralistes cités dans la 1ère partie. Pour le costume méro, par exemple, il y a un excellent article dans Histoire et Images médiévales, paru il y a une dizaine d'années. Et un autre, par Florence Carré, toujours dans HIM, dans le spécial méro. Des must have, comme on dit de l'autre côté de la Manche. Je ne remets pas, cette fois, les livres cités dans ladite 1ère partie. C'est vraiment pas loin. Même pas besoin d'une attestation pour y aller ! Prenez l'ascenseur, et vous y serez.

Ensuite, pour certains ouvrages absolument primordiaux, là, on a plus facile de trouver le Graal, la Pierre Philosophale, ou la tombe de Néfertiti ou Alexandre le Grand. Ou alors, faut un gros porte monnaie. Sérieux ! Y a de quoi halluciner !

Etant donné l'avancée des recherches, j'ai aussi, volontairement, zappé des livres trop anciens, qui ont des problèmes de traduction du latin, par exemple (coucou le lin rouge vermillon !), ou qui sont tout simplement obsolètes.

Par ailleurs, je suis désolée, mais tant qu'on prendra le psautier de Stuttgart comme source du costume caro, je vais criser (tiens, d'ailleurs, un universitaire américain a aussi sorti un article sur les costumes de Stuttgart... Ah ben, y a vraiment du problème avec ce bouquin...). Donc, pour le caro, y aura de l'ellipse. C'est pas compliqué : prenez plutôt les pages de dédicaces de la Bible de Vivien ou de la Bible de St Paul Hors les Murs... Et vous abusez pas de la déco.

Medieval Clothing and Textiles demeure incontournable. Il y a de la matière là dedans ! Les sommaires sont accessibles par le site de Boydell and Brewer.


Vous trouverez beaucoup d'infos dans des rapports de fouilles, des articles (voir sur Persée, Academia, JSTOR). Et, ça bouge à une de ces vitesses !

Jetez vous dessus ! C'est bien, et c'est pas cher !

Yuri Godino, Menswear of the Lombards. Reflections in the light of archeology, iconography and written sources (living history). Ou, en Italien : L'abbigliamento maschile longobardo: Riflessioni tra archeologia, iconografia e fonti scritte (Living History), Bookstones, 2016.
Moins de 5€ en format kindle. Un e-book qu'il est bien. C'est celui de Yuri Godino, dispo en anglais et en italien et qui concerne le costume masculin lombard. J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que j'en pensais par ici Il y a un vrai travail méthodologique, avec une description de cette méthode. De quoi s'en inspirer. A ce prix, c'est péché de ne pas l'avoir !



Facilement accessible :

Gale Owen-Crocker, Dress in Anglo-Saxon England, Manchester University press, 1986, réédition, revue et augmentée, Boydell Press 2004. Déjà, Gale est l'une des personnes les plus charmantes que je connaisse. Ca, c'est dit. Son livre concerne le costume anglais, et va jusqu'à la broderie de Bayeux. Evidemment, la seconde édition est recommandée. En 20 ans, ça a bougé. Et Gale continue à chercher, du coup... Faut aller fouinasser dans Medieval Clothing and Textiles pour voir les nouvelles réfléxions. Beaucoup d'illustrations. Un classement simple et efficace. Il y a des choses à revoir (et déjà revues, grâce aux articles) mais, c'est vraiment un livre à avoir. Se trouve à partir de 30 euros.


La croix et la bannière, ou du gros coup de bol. 

Florence Carré, Frédérique Jimenez (dir), Louviers, Eure, au haut Moyen âge, découvertes anciennes et fouilles récentes du cimetière de la rue du Mûrier, Association française d'archéologie mérovingienne, 2008. Oui, c'est du rapport de fouilles. C'est que quand on a passé le cantonnier sur la route, y a de beaux restes méro à Louviers. Avec des importations de bijoux. Y avait de la bourgeoise de compète. Du coup, on a une bonne description des restes textiles, et, surtout, un chapitre passionnant sur les textiles, qu'il vaut mieux ne pas rater (oui, un souvenir douloureux de quelqu'un qui m'avait envoyé les scans du bouquin, pour les infos textiles, mais n'avait pas considérer le chapitre comme utile. On reste zen. Disons que sa lecture est un peu majeure, quoi...). Si vous réussissez à le trouver, prenez. Sinon, bibliothèques... Le prix normal, neuf, est de 45 euros. En occasion, il est un peu moins cher. 

Bruno Bizon, Michel Signoli et al., Rencontre autour des sépultures habillées, Editions des Hautes Alpes, 2009. 10 euros neuf. Toujours du brut, infos sorties des tombes. Autre livre vraiment bien à avoir chez soi. Et, oh ben ça alors... Epuisé.









Penelope Walton Rogers, Cloth And Clothing in Early Anglo-Saxon England, AD 450-700 (CBA Research Reports), Council for British Archaeology, 2007. Là, on est devant un mystère. Comment un livre qui était très abordable à la base a-t-il pu atteindre un prix pareil ? Il est à 4 chiffres sur le site de vente auquel on pense... à 250 et des brouettes en occasion. Le moins cher. Ca dépasse vite les 500, et les 1000... Bref, c'est du délire ! Et c'est là le drame, parce que c'est un ouvrage de référence. Bref, un livre nécessaire. Du coup, que faire ? Aller tous les jours sur les sites d'occase, et mettre des cierges à sainte Rita ? Espérer qu'un possesseur du livre décède et que ses héritiers, pas au courant de la valeur du machin, soient heureux à l'idée d'en tirer 15 euros sur Le Bon Coin ? Je vois que ça. Voilà, voilà, voilà... Parce qu'il est vraiment nécessaire ! Fallait sauter dessus avant 2010, quoi. Ah ben oui, il est...
épuisé...
Là haut, dans le nord, vers la Scandinavie
Allez, je vous les mets aussi. On a des trucs intéressants. Faut aller dans de l'anglais, de l'allemand, ou des langues scandinaves. Pour certains, je cite les auteurs, je sais qu'ils (elles) sont fiables... Mais je ne me suis pas forcément plongée dedans. Donc, de nouveau, si vous voyez des ouvrages d'après 1950 qui méritent d'être dans cette liste, je me ferai une joie de les ajouter.
Pour éviter ça...
Pour avoir un bon costume viking, il y a de quoi faire, même si beaucoup de choses restent mystérieuses. On a de vieux rapports de fouilles, très utiles. Agnes Geijer... Ca peut se trouver sur Archive.org (en allemand) (tapez son nom et Birka).
Inga Hägg a une biblio impressionnante. Mais, voilà, c'est pas trop ma préoccupation actuelle. Je peux vous conseiller ses articles. Me demandez pas de titre en particulier. 

Hildegard Elsner, Wikinger Museum Haithabu: Schaufenster einer frühen Stadt, Wachholtz, 1989. Un petit catalogue de musée pour commencer. Se trouve d'occase. Pas cher ! (un chiffre, sans les frais d'envoi) Haithabu, ou Hedeby, c'est le même site, au nord de l'Allemagne, a quelques petits restes textiles très intéressants, qui inspirent beaucoup les gens qui font de la reconstitution. Le livre est très intéressant. Mais il y a un petit problème quant aux illustrations. En effet, certaines ne collent pas au texte. Ce qui est ballot. Surtout quand cela concerne la longueur des vêtements. Evidemment, je vous laisse deviner ce qui circule le plus sur le net. Les textes en allemand ou les photos ? 


Je sais, je sais !!!
Thor Ewing, Viking Clothing, Stroud, 2006. C'est l'ouvrage de base pour débuter. Et l'ouvrage le plus connu. Il commence à dater. Il y a des affirmations douteuses. Un peu péremptoire. Mais il a le mérite d'éviter de faire les pires boulettes sur la question. Il faut juste ne pas s'en contenter et garder un oeil critique. Dans les 20 euros.







Marianne Vedeler, Silk for the Vikings, Oxbow Books, 2014. J'aime ce livre. Il est excellent ! (penser à le remettre dans les livres à lire sur les soies). Certaines personnes sont à crier sur tous les toits que les vikinges pétaient dans la soie. Là, on cause des Vikings. Et on voit comment ils utilisaient leurs soies. C'est du sérieux. Rien à voir avec du vikinge. D'ailleurs, on reconnait facilement ceux qui n'ont pas lu le livre, ou ont préféré s'en ficher, parce que ça ne collait pas avec leurs fantasmes. Je crois que vous pouvez acheter ce qui vient de Vedeler les yeux fermés. kindle 11 €, papier 33 €



 
Ulla Mannering, Iconic Costumes, Scandinavian late Iron Age Costume Iconography, Oxbow books, 2017. Un des ouvrages les plus récents. Avec une bibliographie conséquente, utile pour ceux qui veulent en savoir plus, se perfectionner, etc. Sinon, ce qui justifie d'investir dans ce superbe livre, c'est son approche par l'iconographie, approche sérieuse, qui n'oublie pas non plus de comparer ce que nous apportent les images avec certaines pièces archéologiques. De quoi faire le point sur la recherche. Kindle 14 €, papier 33 €



 
Sinon, il paraît qu'il y a un livre de photos de vikings et non vikings reconstitués, mais... Nan, vaudra mieux l'éviter...



dimanche 5 août 2018

MATERIEL FUNERAIRE

UNE CONCLUSION HATIVE CHASSE L'AUTRE
Méfiez-vous, eh oui... 

dessin de la tombe découverte au XIXe siècle, considérée alors comme celle d'un guerrier (photo Evald Hansen/The Swedish History Museum)

Il y a quelques mois une page facebook dédiée à la Scandinavie viking a publié un article très pertinent sur la reconstitution : c'est là que ça se passe. fruit de discussions avec divers professionnels, je ne peux qu'être d'accord avec ce qui y est écrit. Je ne répèterai pas ce qui est dit mais je pense qu'il y a pas mal de choses à compléter, car il y aura toujours quelque chose à ajouter, vu que les recherches progressent...
L'exemple des tombes reconstituées me paraît excellent. Ayant longtemps souhaité être égyptologue (mais les blagues avec les momies ça va bien cinq minutes...), j'ai été confrontée très tôt à la problématique de ce qu'il y a dans les tombes... objets rituels, objets qui n'ont qu'un usage dans l'autre vie, cadeaux, souvenirs divers... Bref, on trouve de tout, et y compris du personnel. Ceci n'est certainement pas valable que pour les Egyptiens.
L'exemple de la balance, qui ne prouve pas qu'on a affaire à une tombe de marchand ou de changeur, est un très bon choix. Et ceci rappelle à quel point il faut se méfier des conclusions hâtives. Un autre cas a fait beaucoup parler dernièrement : la fameuse tombe de guerrier viking qui en fait était une femme, tombe de la première moitié du Xe siècle (Bj581). On a là quelques beaux exemples de conclusions hâtives :

Quelques petites choses du British Museum dont une épée viking du Xe trouvée à Limerick en Irlande (photo perso)

1. Il y a une épée, c'est un homme
2. Ah ben non, c'était une femme, donc c'est une guerrière
3. Epée = tombe de personne (homme ou femme) qui se bat
4. Guerrier = Individu mâle se faisant enterrer avec son épée
(je suis sûre qu'on peut en ajouter)

Pas forcément...
En fait, cette histoire de femme guerrière a été le point de départ d'un des papiers les plus enrichissants du dernier congrès de Leeds. (Pour la faire courte, c'était génial, j'ai appris plein de trucs. Je n'ai eu qu'une session décevante, où j'ai découvert qu'on pouvait rendre l'iconographie médiévale d'un ennui mortel, avec des sujets passionnants sur le papier. Bel exploit aux intervenants qu'on ne citera pas...)

Photo IMC

Cette communication a été faite par Erin Sebo, de l'université d'Adelaïde. Le sujet : Literary Evidences for Swords in Mortuary Practices. Je précise bien que tout ce qui suit vient de mes notes. Ce ne sont pas mes réflexions. Mais je pense que ceci mérite d'être partagé. Je ne sais pas s'il y aura une publication, mais ça vaudrait le coup de suivre l'actualité de cette chercheuse.
Donc, Erin Sebo est partie de cette découverte de corps féminin avec épée et du buzz qui a suivi. Spécialiste de la littérature anglo-saxonne, elle a cherché ce qu'il en était, non chez les Vikings qui n'ont pas laissé de littérature d'époque, mais chez les Anglo-saxons. Sans perdre de vue la question de la fiabilité des sources littéraires.Son texte de base étant Beowulf.
Première constatation, il est souvent question d'épées dans la littérature, et pourtant on en a peu dans les tombes...
En fait, ce qu'on trouve dans les tombes répond aux souhaits du mourant (s'il en a le temps) ou de sa famille. Il n'y a pas de réel rapport avec la religion, il s'agit bien de volonté personnelle, si, et il faut bien préciser SI, le mort est enterré avec une épée.
Elle a cité le cas d'un guerrier tué au combat. Sa famille l'a fait placer sur le bûcher avec les vêtements qu'il portait quand il est mort, afin que tout le monde puisse voir le sang sur sa tunique. Et pas d'épée.

NON ! PAS LUI ! Pas le nanar intergalactique !!!

Passons maintenant au cas de Beowulf. Lui a eu le temps de faire part de ses volontés. On retrouve le bûcher. Encore une fois, pas d'épée. Mais des casques et boucliers. Ensuite, les ossements et restes des casques et boucliers sera mis dans une urne, avec des bagues et des broches. Et Erin Sebo de faire remarquer très justement que si l'urne était découverte, la première déduction en serait "tombe de femme". Il n'est pas question d'épée (les épées de Beowulf ayant tendance à ne pas durer longtemps dans ses mains... Note de moi). Quant à l'armure, elle brûle avec Beowulf qui n'a pas d'héritier à qui la transmettre...
L'épée et d'autres pièces d'armement font partie de l'héritage et se transmettent de père en fils. Une vieille épée est une bonne épée. Quand elle devient trop usée, on l'enterre avec le représentant mâle de la lignée... Et s'il n'y a pas de représentant mâle, on la met dans la tombe d'une femme de la famille.

Alors, on est chez les Anglo-saxons, pas chez les Vikings. Mais cet exemple nous montre que l'association "guerrier = enterré avec son épée" est une idée reçue, et que l'association "tombe avec épée = combattant.e", c'est pas mieux.

Et puis d'abord, dans le Seigneur des Anneaux, les épées se transmettent aussi... Et il a traduit quel texte Tolkien ? (William Morris aussi, tiens.)

Et en prime, là, j'ouvre une porte piégée : on peut utiliser l'épée de Papy... Je sens qu'on va avoir des problèmes de chronologie en reconstitution. Pardon. Mais c'est sourcé chez les Anglo-saxons. La recherche réserve parfois des surprises de ce type ! Après, qu'en était-il chez les Vikings ? That is the question. Peut-on considérer que des pratiques similaires existaient ? On comprend pourquoi plusieurs archéologues se sont élevés contre le buzz de la prétendue guerrière viking. Il y a un paquet de facteurs à prendre en compte et pas mal d'inconnues.En tout cas, il est toujours bon de rappeler à quel point on doit se méfier des conclusions hâtives.