dimanche 14 mars 2021

ACCESSOIRE

UNE JOLIE AUMONIERE 

Un petit tour au XIVe 

T 518. I'll be back. (Toutes les photos sont personnelles. Merci de ne pas les utiliser sans autorisation préalable)

Il était une fois... Il y a un an... Une petite balade en Allemagne. 

Première étape Nuremberg. Qui rime avec Dürer (y a une autre rime aussi, mais elle est bien moins jolie. A vrai dire, elle pue carrément).

Ca, ça rime bien.
Et à Nuremberg, y a un joli musée, où il n'y a pas que des Dürer. Il y a plein d'objets.

C'est le Germanisches Nationalmuseum.

C'est là, mais c'est l'ancienne entrée. Qui est plus jolie que la moderne...
Pour le médiéval, y a de la matière. 

Plein de trucs, je vous dis !
Pour les textiles aussi. 


Pour tous les goûts.
Et il y a également des textiles médiévaux (tant qu'à faire !).

Et donc, je vais vous causer d'une aumônière au nom ravissant : T 518. (Limite un nom à faire tête d'affiche dans un Terminator.)

C'est pas du gros article. Un petit truc rapide, mais ça peut servir de voir un objet de manière un peu détaillée. Avec un gros merci aux copines Séverine Watiez (Perline) et Laurette Estève (La Louvette), pour leur aide précieuse quand on a brainstormé sur les photos que j'avais ramenées.

Aumônière brodée avec armoiries françaises et anglaises, 1ère moitié du XIVe siècle, lin, soie et fils métalliques, Germanisches Landesmuseum, Nuremberg.


D'où ça sort ?

D'une vitrine du Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg, tiens !  

 
Ce petit bijou en tissu et fils métalliques date de la première moitié du XIVe siècle. Elle est considérée comme étant de fabrication anglaise ou française, à cause des armoiries la décorant. Les armoiries se trouvent dans seize rectangles, disposés sur quatre rangées et quatre colonnes. Bref, du bon objet bien européen (continent, hein...) : elle est en Allemagne, et elle vient d'Angleterre ou de France. 

Aspect général

On a une jolie aumônière brodée de soie et fils métalliques sur lin. Son état de conservation est bon. Ceci dit, elle a quelques traces d'usure qui ont l'air assez intéressantes. On y reviendra. Le décor est très majoritairement vert et jaune, jouant sur les alternances de couleur, pour les rectangles et les armoiries. Bref, on met en avant un certain aspect décoratif, qui devait bien péter quand les couleurs étaient encore toutes fraîches. 

Des cordons 

Gros plan sur le fingerloop !
Chouette, on a toujours le cordon permettant de l’accrocher, réalisé grâce à la technique du fingerloop plat. Et comme on est en veine, nous avons aussi un lacet permettant de fermer l’aumônière, fait à la lucette ou au fingerloop rond (tissage tubulaire), donc, soit avec un petit outil, soit avec les doigts.

Gros plan sur le cordon de fermeture
Et on rejoue avec les couleurs et l'alternance. Le cordon, de couleur dominante verte, se termine par un gland, orné de ce que l’on désignerait maintenant comme un "bonnet turc", ou "Turk's head knot" en anglais, "noeud de tête de Turc", qu'on va simplifier, par pure flemme assumée, en "noeud turc". Ce nœud reprenant le jaune. Toute la décoration de la bourse joue avec cette alternance.  

Bonnet turc
Au rendez-vous des glands

3/5
La partie inférieure est ornée de cinq glands eux aussi à nœuds turcs, où, là encore, les couleurs sont... devinez... alternées ! Ca alors. Du jaune, du vert, de l'écru, du jaune, du vert . Peut-on supposer que si un autre cordon de fermeture a existé (ce qui n’est pas une certitude, des aumônières fermées par un seul lacet pouvant se trouver), celui-ci était à dominante jaune et nœud turc vert ? L'intérêt de cette hypothèse c'est que cela équilibrerait l’ensemble.

2/5, mais avec un bonnet en moins.
L’un des glands verts a perdu son nœud turc. Et hop, une info supplémentaire : très probable utilisation de fils n’appartenant pas au gland pour la réalisation du détail ornemental, comme le cordon de fermeture le laissait deviner. 

Des tresses

Tresse du haut
Histoire de continuer à jouer avec les fils, on remarque, sur les côtés de l'aumônière et sur ses bords supérieurs que des tresses assez fines, toutes simples, ont été cousues. 

Tresse latérale.

L'intérêt de l'usure

Mine de rien, les parties abîmées nous apprennent pas mal de petites choses bien utiles. Parce que ce sont les parties usées de l’objet qui retiennent principalement l’attention. 

Une première remarque c'est que, comme dans de très nombreux cas du Moyen Âge central, il n’y a pas d’œillets pour laisser passer les cordons. Pas la peine de se préparer à l'épreuve du point de boutonnière. Ca sert à rien. Les cordons se contentent de passer sous et sur le tissu, en écartant simplement les fils de la toile de base, et ceux des broderies. Ca peut se faire en utilisant une aiguille à bout rond. Tout simple, quoi.  

L’usure de la broderie, visible au dessus du cordon, semble indiquer l’existence d’un autre lacet. Mais surtout, on peut voir la trame de lin sur laquelle les écussons ont été brodés. C'est une trame très lâche (oui, elle est limite en train de se barrer), un peu comme une toile de canevas ou une toile de tire-fil actuel[1]

C'est encore une info qui n'est pas piquée des hannetons. Parce que d'un point de vue technique, cette particularité est passionnante. Et si les brodeurs utilisaient des toiles spécifiques pour les aumônières, toiles qui simplifiaient le travail des artisans ? 

Quant au point des broderies, ce serait un petit point ou un point natté espagnol[2], selon les appellations actuelles de ces deux possibilités. Et c’est avec une trame aussi lâche que ces points sont travaillés. Quel hasard. 

Voilà, voilà... Cet article est en stock depuis un peu plus d'un an... Je trouve qu'il est temps que ça sorte...
Ding dong, c'est l'heure !

[1]     Une bonne astuce pour broder. Le tire-fil est une toile permettant de broder un motif en le dessinant sur ladite toile, fixée sur un tissu. Et quand l’ouvrage est terminé, on peut retirer les fils, la broderie restant sur le tissu de base. Magie !

[2]     Merci à Séverine Watiez pour l’identification de ces points, et pour d’autres termes techniques de cette partie. 





jeudi 4 mars 2021

RECONSTITUTION

L'IMPOSSIBLE RECONSTITUTION

Fallait bien que ça arrive un jour

Où l'on va causer chevaliérisation
Les joies de la reconstitution, encore et toujours. 

Autant parler d'évocation, ça fait moins mal. 

Il y a plein de choses qui coincent. Et qui rendent la reconstitution d'une époque impossible. 

On connait la blague "oui euh, de toute manière euh, la laine euh, c'est pas la même euh."
C'est vrai. Rien à redire là dessus. On a des sortes de laines qui existaient déjà au Moyen Âge, et qu'on trouve toujours, comme le mérinos. Mais...

Ca ne peut pas être la même laine parce que les moutons ne mangent pas la même herbe. Est-ce qu'on leur réserve encore le meilleur pré, comme au temps où l'industrie reine était la textile ? Et puis... Pollution. C'est plus la même herbe. Effectivement. 

Après... Les métiers à tisser... C'est pas les mêmes. Quand quelqu'un arrive, en 13e, 14e, 15e, fièrement avec un drap de laine tissé main... Euh... Mais... Révolution industrielle au 13e. Dans le textile. On passe à des métiers qui sont immenses. Ca tient pas dans la maison. Les métiers, ils fournissaient, par exemple, des draps, finis, de plus de 2m. Or, le traitement subit par les draps les faisait rétrécir. Ce qui induit qu'en tombant du métier, avant de se faire traiter, les draps faisaient bien plus de 2m de large. (je précise, comme Perline me l'a signalé... C'est pas si clair... L'esprit de Perceval est avec moi... : il y a des lés plus étroits. On en a même de 90 ou en dessous, mais, il faut toujours tenir compte de la perte occasionnée par les traitement. Donc, même pour un lé de 90, il faut un métier beaucoup plus large. Et il semble que certains lés soient réservés à des tissus avec usages précis, comme les vêtements de pluie... C'est très compliqué, quand on commence à entrer dans les détails. Le musée de Prato va bientôt sortir des choses très très intéressantes...) Je parle toujours de ce qui vient du mouton, cet animal à poil laineux (les initiés comprendront et sont priés de le crier à tue-tête)

Traités à l'eau. On retombe sur la pollution. Est-ce la même qualité ? 

Teinture. Qualité de l'eau ? Calcaire ? On a des villes qui fournissaient certaines couleurs. Comment savoir les recettes exactes ? Le rôle de la qualité de l'eau là dedans ? Et on retombe sur les questions actuelles de pollution. Notre pollution est-elle la même que celle du Moyen Âge et a-t-elle les mêmes effets sur tout ce qui a trait aux textiles ? On a des restes textiles. Mais on a une seule source fiable d'association échantillons couleurs/noms. Et ce qui vaut pour Prato vaut-il pour les autres centres textiles européens ? Bêêêê.

Ca commence à se compliquer, la reconstitution, non ?

Et, en passant, quand on a un tissu de plus de 2m de large, on ne conçoit pas ses vêtements comme avec un lé de 1.50m. 

Vous l'aurez compris, il faut absolument avoir conscience des limites de ce qu'on nomme reconstitution. Il y a une quantité de choses qu'on ne saura jamais refaire. On peut s'approcher. Aussi près que possible. Mais, se croire comme à le Moyenache, c'est plus que douteux. 

Et je garde les histoires de pilosité de côté. 

Ce serait pas mal de prendre tout ça en compte, parfois. Et aussi de réfléchir aux utilisations réelles des objets qu'on fait reproduire. Un reliquaire peut-il servir de boîte à bijou ? Un linge liturgique (comme les toiles ombriennes) peut-il servir comme serviette à s'essuyer la figure (vu dans une des innombrables vidéos qui prétendent illustrer la vie médiévale qui circulent sur youtube. J'en frémis encore. Déjà qu'on n'est pas sûr que ça servait, sous cette forme, de nappe pour les grandes occasions sur les tables seigneuriales, alors... Serviette de toilette ! Bonjour la vidéo didactique !). Après, on a bien des parements d'autel qui servent, en version méga cheap, pour faire des mantels, alors... Pourquoi pas la lingette démaquillante en nappe d'autel. C'est raccord.

Non, mais, ça va, je suis de bonne humeur en fait. Vraiment. Juste que... A un moment... il faut absolument se poser les bonnes questions. 

Allez, soyons fou. On va étudier un cas passionnant. Pour voir vraiment les limites. Un cas où on a quelques sources écrites. Mais pas de sources iconographiques ou de sources archéologiques qui peuvent aider. 

La chevaliérisation

Pas évident d'avoir des infos fiables à ce sujet. Et sur des périodes précises, et des lieux précis. 

Prudence de mise, en gros. 

Néanmoins, on a quelques infos. 

Et purée, ça fait mal ! Très mal ! 

Déjà, les bases. Ca devient sérieux à partir du XIIe. Et souvent, il faut piocher dans la littérature courtoise. Ce qui justifie l'usage d'un certain instrument.

En plus petit modèle. C'est mieux.

On le sait, l'utilisation du vêtement est extrêmement symbolique au Moyen Âge. Je renvoie à l'étymologie d'investiture pour une prise de fonction. Ca peut vous donner une idée du pourquoi du comment que je m'énerfff souvent devant des costumes d'évocation (surtout ceux présentés comme reconstitution). On est souvent à côté de la plaque (oui, encore). 

Quand un bonhomme passe du statut princier au statut royal, il a droit à un déshabillage/rhabillage quasi total en public. 

Forcément, ça se passe comme ça aussi quand on devient chevalier. Ce qui explique que ça coûte bonbon. C'est au delà de la simple distribution d'armes, une baffe, et tutti quanti. Y a de la cérémonie, de la fête, du religieux. 

D'accord, pour le religieux, faut le chercher.

Déjà, on a la veillée. 

Le jeune et fringuant jeune homme se retrouve en chemise, après avoir fait trempette. Un beau symbole de pureté, même si au départ (12e), c'est surtout pour qu'il soit propre (la trempette, hein). La symbolique religieuse, à ce sujet, elle arrive après (l'Eglise. Toujours là quand il faut récupérer un truc), début 13e, environ. Là dessus, on lui met une tunique rouge, qui rappelle le sang (c'est un peu son boulot, faut dire, de faire couler le sang si le devoir l'exige). Chausses brunes, pour la terre d'où on vient. Et aussi une coiffe, bien blanche et bien propre.

Et maintenant qu'il est tout beau, il n'a plus qu'à jeûner, pendant 24 heures et à passer la nuit à prier. 

Ensuite, cérémonie, il a droit à la panoplie de chevalier.

C'est quand même vachement noble raconté comme ça. On comprend l'émotion de Perceval.  

En tout cas, pour en revenir à Perceval, version Chrétien de Troyes, on a du don de tissu. Et pas du tissu de gnognotte. Mais, on est dans du roman de chevalerie. Exagération, tout ça...

Vraiment ?

VRAIMENT ?

Après, on habille la famille. On peut être généreux. La famille ?

Vraiment ?

VRAIMENT ? 

Allez, on passe aux sources non littéraires. Ca permet de remettre l'église au centre du village. Et on va faire un saut dans le temps. 

Je récapitule : on a de la source en 12e, de la littéraire en 13e, qui nous donne de jolies infos, d'ailleurs. Et des petites courses faites par des rois d'Angleterre, en 14e. Et on a des images d'époque.

Comparaison entre ce que nous donnent les images et ce que donnent les textes ? C'est toujours rigolo cette histoire. 

Très belle nuance de rouge, au centre.
Spoiler alert : les infos montrent des évolutions en quelques années. 

Et ces infos sont valables pour l'Angleterre. Pour le reste du monde connu, je vous laisse faire vos recherches vous même.

Quelques infos textiles sur des adoubements en Angleterre au début du XIVe siècle. 

Alors, il s'agit de ce qui est donné d'abord par Edward I en 1301-02 puis par Edward III en 1327-28, pour des cérémonies de chevaliérisation. C'est pas forcément de la famille. On est dans différents rangs de noblesse (et c'est là que c'est rigolo.)

Ed1. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais selon les rangs, on a différents types de soieries. Entre les bannerets et les simples chevaliers, qui tous reçoivent du drap d'or (servant aux vêtements et au couvre-lit -culcitra- servant après la veillée), on a une énorme différence. Les bannerets reçoivent des draps d'or dits "de soie", les chevaliers des draps d'or dits "de chanvre". En gros, on a du fil d'or avec une âme de soie et un avec une âme de chanvre. Les spécialistes faisaient la différence facilement, à l'oeil nu. La hiérarchie est là. Les barons ont encore un autre type de tissu (tarse), soie certainement multicolore, avec des motifs, qui pouvait éventuellement être brodé. Des fois que... 

Alors là, y a Fifi le bel, avec Fifi le long et Chacha le bel, et Ed2. C'est parce qu'il y a Ed2 que je la mets là. C'est bien placé. Ou alors, ils répètent la choré de YMCA et ce sont les Royal People. Pas encore au point.  

Ed3. Les comtes ont du drap d'or diapré avec fil d'or en soie plus de l'écarlate et du vert (pour faire des robes... faut prévoir pour la suite). Les bannerets, écarlate, vert, et soie avec des motifs, et, certainement du fil d'or. C'est du très cher, qui peut être importé du Proche-Orient ou d'Italie (là, c'est moins cher). Un banneret à droit à un tissu tarse avec des rayures en or (moins cher. Le plouc de la bande), en prime de l'écarlate et du vert. Les simples chevaliers, du tarse, différentes sortes de bleu, un peu de vert. Qualité moindre. 

Le tout donne, quand on les voit, des indications de rangs, clairement identifiables, et une certaine unité, accompagnée d'une démonstration de richesse de la part du roi. Ca pète !

Les tissus de soie ont des usages très précis, liés à la cérémonie. Après, est-ce qu'on pouvait les ressortir pour les grandes occasions ou est-ce que c'était juste comme les robes de mariée ? On pouvait les fondre pour récupérer l'or ? On les offrait à l'église du coin ? Le couvre-lit, on le réutilisait pour les visites importantes dans la chambre ? Pour la nuit de noce ?

Et c'est donc là que les problèmes commencent.

Ok, c'est chouette, on a des infos. Mais, plein de questions. 

Déjà, on a des termes très précis pour définir ces tissus, et des indications matérielles. Mais...

Drap d'or. L'or, ça représente quelle surface du tissu ? Quels motifs sont dessinés ? Et la soie, en dessous, elle est de quelle couleur ? C'est du brocart ? Des bandes ? Du tissu doré ? Y a du brodé ?

Les fils d'or... âme de soie ou âme de chanvre. Mais, il est comment l'or ? En fil ou en lamé ?

Et les motifs, pour le drap d'or comme pour les autres tissus ? C'est comment ? Qu'est-ce qui se portait dans la noblesse ? Est-ce que les tissus liturgiques (ceux qui restent) ont les mêmes motifs, ou c'est encore un autre truc ? 

Et puis, on n'a pas les mêmes infos selon les dates dans le même milieu... C'était comment avant ? Entre ? Après ?

Vous voyez le problème ? On a des descriptions dans les comptes royaux qui en fait n'amènent aucune réponse, mais tout un tas de questions. 

On ne sait même pas la dégaine de ces vêtements. Leur forme. A la mode, ou genre dalmatique ? Tout ce qu'on a, ce sont des noms de tissus, sur lesquels on n'a que des hypothèses.

Tant qu'on n'a pas retrouvé le fragment de tissu qui indique bien comment on l'appelait à l'époque, et qu'il a été utilisé pour telle ou telle occasion, on est totalement bloqué. Peut-être qu'on a déjà des fragments de ces tissus, mais qu'on ne le sait pas. Parce qu'on n'a rien pour les identifier formellement et les lier à ces usages.

Le chevalier qui n'a pas été adoubé par le roi, il a reçu tout ça aussi ? C'est papa qui fournit ? Le suzerain ? Mamy ?

Et... C'est pareil en France ? En Allemagne ? En Italie ? En Espagne ? Si ça se trouve, le pourpoint de Charles de Blois, c'est en fait une tenue liée à la chevaliérisation (faudrait que j'arrête d'utiliser ce terme, parce que... tout le monde n'a pas la référence... Et puis à force, ça va remplacer le vrai terme). Ca pourrait vraiment être ça...

On peut être tenté de commander un tel tissu. Mais... Ca en fait des incertitudes. Il y a une hiérarchie à suivre, et, certainement, la quantité d'or apparente sur les vêtements devait jouer. Tout comme le visuel lié à la qualité de l'âme du fil d'or. Et la soie qui va avec le fil d'or, la base du tissu... C'est quel type de tissage ? Est-ce qu'on peut se contenter de ce qui est proposé dans le commerce en ce moment et n'a rien de comparable avec les restes d'époque ? Nan. Ca coûterait combien ? Et si on se loupait ? Si on dépensait des sommes à 5 chiffres (au moins) pour un vêtement qui ne va pas ?

La seule chose sûre, c'est... Une tunique rouge pour l'adoubement. Pour du très noble, on peut y aller en soie. Genre samit. Mais pour le reste ? On fait comment ? 

C'est pour ça que, même avec la meilleure volonté du monde, avec tous les moyens possibles... On doit l'admettre, la reconstitution est impossible.

Evocation, c'est mieux. Donc, autant garder ce terme, qui est bien moins prétentieux, et plus juste, au final... Puisqu'on n'y arrivera pas (c'est pas du défaitisme, c'est la réalité ;) )



 

 


mardi 2 mars 2021

METHODOLOGIE 7, RECTIF

LE LABYRINTHE DES DALLES

ou... A côté de la plaque

On admire le style gothique de l'oeuvre du XVIIe siècle

Comme j'aurais aimé trouver ce titre magnifique, mais non, ce n'est pas de moi. Juste de ma keupine ambrienne. En revanche, le sous-titre, il est maison. Merci. 

Connaissant l'être humain et sa propension à se tromper, ce blog est pourvu d'une section revu/corrigé, pour que je puisse rectifier mes âneries. Parce qu'étant, jusqu'à preuve du contraire, humaine, je risque d'en sortir de bien bonnes. On va s'en servir de la section à boulettes.

Ben oui, j'm'a encore planté. On va rectifier. Parce que j'ai la faiblesse de faire partie de ces gens qui considèrent que l'erreur a des vertus insoupçonnées. Et qu'elle est pleine d'enseignement. Nier l'erreur, c'est s'empêcher de progresser. L'erreur n'est pas une marque de faiblesse. L'erreur est votre amie. (Tous les amateurs de tarte tatin comprennent ce principe).

Et, j'ai donc fait une boulette, Ici même


 

Vu la date de publication, je pourrais dire que c'est la faute au réveillon. Mais non. J'assume. (Ca se sait que je bois pas. Je suis coincée). 

Le plus drôle, c'est que je suis en phase de corrections, en ce moment même. Et... paille, poutre, tout ça. La routine. N'empêche, j'ai bien ri de la situation, et je tiens vraiment à remercier chaleureusement les personnes qui ont su attirer mon attention sur cette erreur de plaque (de cuisson pour le moule de la tarte tatin).

Médekoikelcoz donc ? 

Il faut descendre à la dalle de Thierry de Machault et du dessin 17e publié sur effigies and brasses, dessin ô combien problématique, étant donné sa date. Peut-on l'utiliser comme source pour comprendre le costume médiéval (en fait, la question concerne toutes les reproductions 17e qu'on peut trouver sur le site, et qui sont très discutables. Et si y avait que les dessins 17e qui étaient discutables...). La preuve par l'image, quand on compare avec la bonne dalle. Sauf que... 

Rectifions, dans la joie et la bonne humeur

C'est pas la bonne dalle. En plus, c'est écrit dessus ! Bien joué ! C'est pas Thierry de Machault, c'est Jean de Dommartin. La bonne serait plutôt celle-ci :

Ce qui ajoute une pierre à l'édifice de la non fiabilité du site internet en question... C'est une autre. Qui ressemble un peu à celle que j'ai postée. J'ai voulu aller trop vite, ça arrive. Maintenant, la vraie question, ça reste de savoir si le dessin colle avec la vraie dalle (que je commence à avoir avec ces histoires de tarte tatin). 

Ca reste ça, le plus important, la question majeure...

Et là... 

La gravure ne colle pas trop non plus avec l'autre plaque (ça avait été bien beurré). La remarque sur la position des pieds, différente, est toujours valable. La perte du hanchement gothique aussi. Ce dessin n'est toujours pas une copie conforme de la dalle (en prime, on a un grand espace entre les pieds et le bord qui n'est pas rendu sur le dessin... Perte d'animaux-repose-pieds ? Il semble y avoir des traces visibles sur la photo. Détails que l'artiste n'a pas reproduits. S'il zappe des détails, on est mal, et il zappe des détails, tout en en ajoutant d'autres). Le drapé du personnage féminin est quelque peu différent. On manque aussi de détails dans la partie supérieure (vous pouvez zoomer à partir du site), peut-être que ceux-ci ont disparu entre le 17e siècle et maintenant, va savoir. Il y avait peut-être une barbe encore visible au 17e, mais, d'après les canons de beauté de l'époque, et la standardisation de ce type de plaques, j'ai quand même de gros doutes (ceci n'engage que moi). On n'a aucun moyen de le savoir (sauf, éventuellement, en allant se pencher sur la pièce archéo). Par ailleurs, la plaque est abimée. Je ne parle même pas de la position des mains de l'homme. On semble être toujours dans l'interprétation due à l'incompréhension des canons de l'art médiéval. On est dans une oeuvre du 17e, avant d'être une oeuvre médiévale. Ce n'est en aucun cas une oeuvre médiévale.

En gros, toutes les remarques faites en comparant le dessin 17e avec la mauvaise plaque peuvent être réitérées au sujet de la bonne plaque. Pour une excellente raison : le dessin a été fait par quelqu'un qui ne saisissait pas le style médiéval, et qui donc a réinterprété avec ses yeux de dessinateur de la période moderne. 

Donc, je rejoins le club très bien fréquenté des historiens de l'art qui se sont plantés, et n'ont aucune difficulté à le reconnaître (c'est souvent là, le problème, et c’est aussi la différence entre rire de ses erreurs et se corriger ou être furieux parce qu’on a été pris en tort, et persévérer dans ladite erreur par vanité). En fait, j'ai déjà ma carte de membre. 


Mais, il y a erreur et erreur. Celles qui sont lourdes de conséquences, celles qui permettent d'avoir de la tarte tatin et celles qu'on va garder de côté pour le prochain congrès et qu'on racontera autour de la machine à café quand on passera au moment "ouais, là, je me suis vautré-e..." histoire de rigoler un bon coup (et je vais avoir du succès), et de se rappeler qu'on n'est pas à l'abri. Quel que soit le type d’erreur, l’essentiel, c’est de la reconnaître. 

Cet exemple est très révélateur de ce qui se passe, en plus du fait de trop regarder les images, et pas le texte, ce que je dis souvent (c’est trop drôle). Je travaille sur un problème de lecture d'images, je regarde les images, et j'oublie la référence. Ces plaques se ressemblent beaucoup. On a une grammaire des formes. Et les artistes s'en servent, à loisir, en modifiant selon les besoins et le financement. Ce ne sont pas des portraits. Ce sont des types, qu'on accessoirise pour les individualiser, un peu. Et les plaques de Chalons sont proches dans le temps, et dans le style. Elles sortent probablement du même atelier. Du coup, cette boulette permet de se pencher sur plusieurs plaques, de voir les variations, les personnalisations de l'une à l'autre. Chose que, je dois l'admettre, je n'aurais pas pris la peine de faire si j'étais tombée juste du premier coup. Et que certainement une bonne trentaine d'historiens de l'art spécialisés dans l'étude des plaques funéraires en Champagne ou ailleurs a déjà notée ! Et en plus, c'est fun ! Bref, transformons notre erreur en moteur. C'est à ça que ça sert.

Celui-là aussi, il irait bien dans la série.
On récapitule.

A l'arrivée, le dessin n'est pas plus fiable pour cette plaque, quand on y regarde d'un tout petit peu plus près. Cela met juste en valeur deux choses, au risque de me répéter :

1. Le dessin 17e n'est pas une copie conforme de l'original, et pour cela, on doit s'en méfier, et il est préférable de ne pas l'utiliser.

2. Les plaques funéraires étaient souvent standardisées, avec quelques variantes possibles, et répondent à un cahier des charges. En outre, on est dans la même région, même époque, certainement même atelier. Ce qui pose une question importante : dans quelle mesure cette standardisation est-elle fiable, elle aussi ? Quel est le cahier des charges ? Quelle image on souhaite donner du défunt ?Quels sont les changements que l'on peut opérer d'un modèle à l'autre ? Quelles sont les caractéristiques d'un atelier ?

Pour ce qui est du site... Mauvaise plaque ou bonne plaque, ça ne change pas grand chose à la choucroute... ou à la 

En tout cas, merci de la rectification de la plaque. Mais, au final, m’être trompée de plaque, et avoir zappé le nom (ça, c’est pô bien) ne change rien à la fiabilité (ou non) de ces dessins. Au contraire. Ca met vraiment le doigt sur l’incompréhension de l’art médiéval par celui qui a fait ces dessins au 17e. Il n'y avait pas la même approche de l'Histoire et de l'art que celle qui apparaît au 19e et qui fait que, selon les artistes, on peut avoir confiance (j'aurais toujours plus confiance en Fairfax Murray ou en Rooke qu'en Burne-Jones pour les copies. Et pourtant, le plus grand de ces peintres, c'est Burne-Jones).  

Par honnêteté, je laisse la partie erronée sur la publication d'origine (avec un petit rectificatif quand même, hein). Parce que le reste est correct. Parce qu'il est important de savoir que le site effigies and brasses est bourré d'erreurs. Et parce que j'ai bien rigolé en constatant la mienne. Et j'espère qu'elle saura vous amuser aussi. 

C'est ma tournée ! Champagne ! Et, bon appétit messieurs.
Avant de foncer, on vérifie le nom, scrogneugneu ! Et c'est valable pour toi aussi. Oui. Toi. Celle qui écrit ces mots en ce moment. Même si, finalement, ça ne change rien à l'affaire, puisque quel que soit le modèle pris par l'artiste 17e, il fera toujours, hélas de mauvaises copies des oeuvres médiévales. C'est la leçon à tirer de cette petite mésaventure. 

Avec le fait que les dessins 17e... Faut pas s'en servir comme source. Parce que, en vrai, la question elle est là ! Normalement, toute personne bien intentionnée aura compris.