LE LABYRINTHE DES DALLES
ou... A côté de la plaque
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On admire le style gothique de l'oeuvre du XVIIe siècle |
Comme j'aurais aimé trouver ce titre magnifique, mais non, ce n'est pas de moi. Juste de ma keupine ambrienne. En revanche, le sous-titre, il est maison. Merci.
Connaissant l'être humain et sa propension à se tromper, ce blog est pourvu d'une section revu/corrigé, pour que je puisse rectifier mes âneries. Parce qu'étant, jusqu'à preuve du contraire, humaine, je risque d'en sortir de bien bonnes. On va s'en servir de la section à boulettes.
Ben oui, j'm'a encore planté. On va rectifier. Parce que j'ai la faiblesse de faire partie de ces gens qui considèrent que l'erreur a des vertus insoupçonnées. Et qu'elle est pleine d'enseignement. Nier l'erreur, c'est s'empêcher de progresser. L'erreur n'est pas une marque de faiblesse. L'erreur est votre amie. (Tous les amateurs de tarte tatin comprennent ce principe).
Et, j'ai donc fait une boulette, Ici même
Vu la date de publication, je pourrais dire que c'est la faute au réveillon. Mais non. J'assume. (Ca se sait que je bois pas. Je suis coincée).
Le plus drôle, c'est que je suis en phase de corrections, en ce moment même. Et... paille, poutre, tout ça. La routine. N'empêche, j'ai bien ri de la situation, et je tiens vraiment à remercier chaleureusement les personnes qui ont su attirer mon attention sur cette erreur de plaque (de cuisson pour le moule de la tarte tatin).
Médekoikelcoz donc ?
Il faut descendre à la dalle de Thierry de Machault et du dessin 17e publié sur effigies and brasses, dessin ô combien problématique, étant donné sa date. Peut-on l'utiliser comme source pour comprendre le costume médiéval (en fait, la question concerne toutes les reproductions 17e qu'on peut trouver sur le site, et qui sont très discutables. Et si y avait que les dessins 17e qui étaient discutables...). La preuve par l'image, quand on compare avec la bonne dalle. Sauf que...
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Rectifions, dans la joie et la bonne humeur |
C'est pas la bonne dalle. En plus, c'est
écrit dessus ! Bien joué ! C'est pas Thierry de Machault, c'est Jean de
Dommartin. La bonne serait plutôt celle-ci :là
Ce qui ajoute une pierre à l'édifice de la non fiabilité du site internet en question... C'est une autre. Qui ressemble un peu à celle que j'ai postée. J'ai voulu aller trop vite, ça arrive. Maintenant, la vraie question, ça reste de savoir si le dessin colle avec la vraie dalle (que je commence à avoir avec ces histoires de tarte tatin).
Ca reste ça, le plus important, la question majeure...
Et là...
La gravure ne colle pas trop non plus avec
l'autre plaque (ça avait été bien beurré). La remarque sur la position des pieds, différente, est toujours valable. La
perte du hanchement gothique aussi. Ce dessin n'est toujours pas une copie
conforme de la dalle (en prime, on a un grand espace entre les pieds et le
bord qui n'est pas rendu sur le dessin... Perte d'animaux-repose-pieds ? Il semble y avoir des traces visibles sur la photo. Détails que l'artiste n'a pas reproduits. S'il zappe des détails, on est mal, et il zappe des détails, tout en en ajoutant d'autres). Le
drapé du personnage féminin est quelque peu différent. On manque aussi de détails
dans la partie supérieure (vous pouvez zoomer à partir du site), peut-être que
ceux-ci ont disparu entre le 17e siècle et maintenant, va savoir. Il y avait
peut-être une barbe encore visible au 17e, mais, d'après les canons de beauté
de l'époque, et la standardisation de ce type de plaques, j'ai quand même de
gros doutes (ceci n'engage que moi). On n'a aucun moyen de le savoir (sauf, éventuellement, en allant se pencher sur la pièce archéo). Par ailleurs, la plaque est abimée. Je ne
parle même pas de la position des mains de l'homme. On semble être toujours
dans l'interprétation due à l'incompréhension des canons de l'art médiéval. On est dans une oeuvre du 17e, avant d'être une oeuvre médiévale. Ce n'est en aucun cas une oeuvre médiévale.
En gros, toutes les remarques faites en comparant le dessin 17e avec la mauvaise plaque peuvent être réitérées au sujet de la bonne plaque. Pour une excellente raison : le dessin a été fait par quelqu'un qui ne saisissait pas le style médiéval, et qui donc a réinterprété avec ses yeux de dessinateur de la période moderne.
Donc, je rejoins le club très bien fréquenté des historiens de l'art qui se sont plantés, et n'ont aucune difficulté à le reconnaître (c'est souvent là, le problème, et c’est aussi la différence entre rire de ses erreurs et se corriger ou être furieux parce qu’on a été pris en tort, et persévérer dans ladite erreur par vanité). En fait, j'ai déjà ma carte de membre.
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Cet exemple est très révélateur de ce qui se passe, en plus du fait de trop regarder les images, et pas le texte, ce que je dis souvent (c’est trop drôle). Je travaille sur un problème de lecture d'images, je regarde les images, et j'oublie la référence. Ces plaques se ressemblent beaucoup. On a une grammaire des formes. Et les artistes s'en servent, à loisir, en modifiant selon les besoins et le financement. Ce ne sont pas des portraits. Ce sont des types, qu'on accessoirise pour les individualiser, un peu. Et les plaques de Chalons sont proches dans le temps, et dans le style. Elles sortent probablement du même atelier. Du coup, cette boulette permet de se pencher sur plusieurs plaques, de voir les variations, les personnalisations de l'une à l'autre. Chose que, je dois l'admettre, je n'aurais pas pris la peine de faire si j'étais tombée juste du premier coup. Et que certainement une bonne trentaine d'historiens de l'art spécialisés dans l'étude des plaques funéraires en Champagne ou ailleurs a déjà notée ! Et en plus, c'est fun ! Bref, transformons notre erreur en moteur. C'est à ça que ça sert.
Celui-là aussi, il irait bien dans la série. |
A l'arrivée, le dessin n'est pas plus fiable pour cette plaque, quand on y regarde d'un tout petit peu plus près. Cela met juste en valeur deux choses, au risque de me répéter :
1. Le dessin 17e n'est pas une copie conforme de l'original, et pour cela, on doit s'en méfier, et il est préférable de ne pas l'utiliser.
2. Les plaques funéraires étaient souvent
standardisées, avec quelques variantes possibles, et répondent à un cahier des
charges. En outre, on est dans la même région, même époque, certainement même
atelier. Ce qui pose une question importante : dans quelle mesure cette
standardisation est-elle fiable, elle aussi ? Quel est le cahier des charges ?
Quelle image on souhaite donner du défunt ?Quels sont les changements que l'on peut opérer d'un modèle à l'autre ? Quelles sont les caractéristiques d'un atelier ?
Pour ce qui est du site... Mauvaise plaque ou bonne plaque, ça ne change pas grand chose à la choucroute... ou à la
En tout cas, merci de la rectification de la plaque. Mais, au final, m’être trompée de plaque, et avoir zappé le nom (ça, c’est pô bien) ne change rien à la fiabilité (ou non) de ces dessins. Au contraire. Ca met vraiment le doigt sur l’incompréhension de l’art médiéval par celui qui a fait ces dessins au 17e. Il n'y avait pas la même approche de l'Histoire et de l'art que celle qui apparaît au 19e et qui fait que, selon les artistes, on peut avoir confiance (j'aurais toujours plus confiance en Fairfax Murray ou en Rooke qu'en Burne-Jones pour les copies. Et pourtant, le plus grand de ces peintres, c'est Burne-Jones).Par honnêteté, je laisse la partie erronée sur la publication d'origine (avec un petit rectificatif quand même, hein). Parce que le reste est correct. Parce qu'il est important de savoir que le site effigies and brasses est bourré d'erreurs. Et parce que j'ai bien rigolé en constatant la mienne. Et j'espère qu'elle saura vous amuser aussi.
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C'est ma tournée ! Champagne ! Et, bon appétit messieurs. |
Avec le fait que les dessins 17e... Faut pas s'en servir comme source. Parce que, en vrai, la question elle est là ! Normalement, toute personne bien intentionnée aura compris.
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