vendredi 17 avril 2020

REFERENCE, VOUS AVEZ DIT REFERENCE ?

UTA, TOP MODEL MALGRE ELLE
sujet timbré, un peu

Il fut un temps où l'on pouvait voyager (note à l'attention des visiteurs du futur qui arriveraient par accident sur cette page : nous sommes en pleine pandémie, les frontières sont fermées, on est bloqué chez nous, ce qui explique d'ailleurs la masse de posts partout, sur tout... Bon courage aux historiens qui vont bien rigoler avec ça dans 2 siècles, si ces blogs sont encore lisibles).
Et en février, au lieu d'aller vers le sud, je suis partie vers l'est. Hop. Direction Allemagne, avec un but : Naumbourg.

Ach... Naumbourg, sa cathédrale, ses sculptures, sa cathédrale, ses sculptures, sa..., ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures, ses sculptures... Et en plus, il y a des jolies statues ! Incroyable !
Coucou ! C'est nous ! Les Stars de la Cathé !
Avec, parmi ces véritables merveilles de la statuaire du XIIIe siècle, l'une des plus belles et plus célèbres : Uta de Ballenstedt. Noble dame née vers l'an 1000, et morte en 1046. Les plus perspicaces d'entre vous auront déjà remarqué qu'il s'agit d'une oeuvre posthume, et vu la durée de la posthumité (j'invente des mots...), il y a peu de chance de trouver quelqu'un pour vous en faire une description détaillée. Ce n'est pas un portrait. C'est une image idéalisée. Qui, au niveau du costume, a de grandes chances de porter des bizarreries, pour nous rappeler que madame appartient à un temps révolu, et à un autre monde.
Naumburg as-tu du choeur ?
Attention, lyrisme !!!
Loin de moi l'intention de vous faire une analyse de ce que les statues du choeur de Naumbourg pourraient signifier. On a diverses études. On en aura d'autres. Néanmoins, il y a une grosse différence entre voir ces merveilles en photo (parce que oui, Uta n'est pas toute seule, et elle n'est pas qu'avec son mari) et les voir en vrai. Etre dans le choeur, c'est avoir l'impression d'être au milieu d'une discussion muette entre des figures de pierre, qui en prime vous racontent une histoire qu'il appartient aux historiens de l'art de décrypter. Se placer sous chaque statue et observer les liens entre toutes, de chaque point de vue, est une expérience que je vous conseille. On sent, à ce moment, que ces statues veulent nous parler.
On va arrêter le lyrisme à deux balles. De toute manière, je parle souvent avec les statues, pour leur demander de me raconter leur vie. Si on sait les regarder, elles répondent.
Et, si vous vous demandez ce que je prends : du thé, du café, du jus d'orange, de l'eau, avec parfois du pulco citron vert. J'aime le citron vert.

Ach ! Che zuis la plus pelle ! (oui, mais à partir de maintenant, on va traduire)
Parmi ces sculptures, l'une est devenue une star... Uta. La manière dont elle tient son manteau a fait sa gloire. Pourtant, j'ai une préférence pour la discrète Gerburg. Moins mélodramatique avec son manteau, je la trouve d'une retenue délicieuse.
Le charme et la classe de la discrétion.
(NON ! Ca me reprend !!! Ces statues rendent fou ! Elles vous obligent à vous exprimer avec un style d'une recherche et d'une élégance qui n'est certes pas votre spécificité reconnue par tous. Mais ! Un exorciste ! Vite !). Et son visage est peut-être le plus parfait.

On appelle ça une coquetterie dans l'oeil, quand on est une personne délicate !
Car Reglindis, deuxième sculpture la plus célèbre, grâce à son air mutin, souffre d'un léger strabisme, et ce bien avant le repeinturlurage du XVI siècle, je vous renvoie à cet article concernant les restaurations des statues. Et Uta... Ben, elle a un profil qui, sans être disgracieux, n'est pas celui d'une Vénus antique.
J'ai un mauvais profil, et alors ?
Ces imperfections sont peut-être aussi ce qui nous les rend proches ? Gerburg, elle est plus jolie, à mon avis, mais moins mise en valeur.
Bref, notre chère Uta, même si ce n'est pas ma préférée de moi, c'est ZE star de Naumbourg. Et comme toute star, elle est méga médiatisée.
Mon frigo peut en témoigner.
Oui, mon frigo est très médiéval, mais pas que... (c'est un marque-page, le grand)
La médiatisation, c'est une chose, la starisation aussi... Mais, elle est aussi devenue symboles. Au pluriel.
Notre Uta ne s'imaginait pas qu'elle serait à ce point l'image de l'Histoire de l'Allemagne du XXe siècle. Vraiment.
Pour la plus célèbre, on y reviendra... Pour l'instant, on va rappeler un truc que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.

RFA/RDA.
Souvenir de cours d'histoire sur la Guerre Froide pour certains, du vécu pour d'autres. En ces temps heureux, au lycée, quand on se tapait la géographie de l'Allemagne, on n'en voyait que la moitié. La RFA, avec capitale, Bonn. Et Berlin isolée toute seule, enfin, une moitié, entourée de vilains communistes armés jusqu'aux dents. Je rigole, mais... mon séjour à Berlin en 1985 a été l'un des plus étranges, et marquants de mes années de voyages en Europe. Les mitraillettes, le Mur, les croix... C'était pas drôle. Pas du tout.
Allez, on revient à l'une des choses qui nous prouvent que l'humanité peut faire de grandes choses. L'art.

Art Nouveau à Iéna
Naumbourg, c'est près de Iena, sa bataille, son architecture art nouveau (une découverte) son lidl (oui, ben, l'historien de l'art a aussi besoin de nourritures autres que spirituelles).
Bref, c'était en République Démocratique d'Allemagne. De "l'autre côté". Ce qui sous-entendait, quand on était à l'ouest, une logistique impressionnante pour y aller. Visa, hébergement à trouver à l'avance, et plein d'autres joyeusetés qui faisaient que... On n'envisageait même pas la chose. On connaissait à peine les oeuvres qui y étaient parce que... Y avait un truc qui se passait au niveau du cerveau. Quand on voyait qu'une oeuvre était en zone communiste... On la mettait presque avec les oeuvres qui portaient la mention "Verbrannt, Berlin 1945" ou "Verbrannt, Dresden 1945". Sauf que certaines n'avaient pas brûlé. Mais, on ne s'imaginait pas leur rendre une petite visite.
Vous voyez le contexte...
Et ça, c'est pour quelqu'un qui n'est pas Allemande (à moins que ça ait changé, on a l'habitude par chez moi...). Vous imaginez pour les Allemands.

On va faire un petit tour dans les années 1950, et un peu avant.
Comme cela a été sous-entendu, il y a eu de grosses pertes artistiques durant les derniers combats de la 2de guerre mondiale. En fait, cela avait été surestimé... Comment dire... ? Suite à la disparition d'un certain salon d'ambre, et de statues, dans un palais dont je suis incapable d'écrire le nom sans regarder à chaque syllabe, disparition dont l'armée allemande était un tantinet responsable, les Soviétiques ont décidé de se servir dans ce qui n'avait pas brûlé en Allemagne, sans dire que ça n'avait pas brûlé, vous voyez le principe. Pas tout... Ce serait pas discret. 1240 oeuvres embarquées par l'Armée Rouge depuis Dresde, ça passe... 1250, ça commence à se voir.

Rzzzz rzzzzzzzzzzz rzzzzzzzzzzzzzz rzzzzzzzzzz
Et pendant que les amoureux de l'art à l'Ouest pleuraient sur la Vénus de Giorgione, elle continuait à roupiller dans une cave à Moscou sous les yeux des deux angelots de la Madone Sixtine de Raphaël. Des broutilles, comme tableaux. Au total, le nombre de pièces ayant fait un séjour en Russie est plus près de 2 millions que de 1.5 million. Plus c'est gros... Allez, pour faire bien, on va les rendre, ces tableaux, ça fera de la place dans nos caves... Et puis un beau jour, longtemps après la restitution à Dresde, et peu avant la chute du Mur, les Russes se sont rendus compte que... Oh ben ça alors, le Trésor dit de Priam ? On a ça nous ? Il a pas fondu à Berlin ? Quelle surpriseuh. Niet les Allemands, ça, on le garde...
Finalement, on n'a perdu "que" 197 tableaux à Dresde (et, niveau pertes humaines, vaut mieux pas compter...)
C'est pas qu'on s'ennuie dans les caves à Moscou, mais... Si... Et pas qu'un peu... Alors, on mate à l'étage au dessus...
Là, on est en 1955. Ce retour des oeuvres sauvées à Dresde met le doigt sur un patrimoine qui est, finalement, difficile d'accès : celui qui se trouve à l'Est. Un patrimoine allemand auquel une partie des Allemands n'a pas accès. Et ça va pas s'arranger, hélas.


On arrive en 1957. La DDR (RDA, quoi. Les méchants communistes) émet des timbres dont certains présentent des oeuvres restituées par les Soviétiques à Dresde, dont un Mantegna. Pendant ce temps, à Berlin, pas encore mutilée par le Mur, du côté ouest, la BRD (RFA, pour les Français qui suivent pas. Les gentils capitalistes), émet un timbre en l'honneur de la Réunion annuelle du Conseil culturel est-allemand, à Berlin. Timbre émis à l'ouest, mais qui évoque la culture de l'est. Et qui c'est-y qu'on va mettre sur le timbre ?

La figure la plus marquante du patrimoine de l'Allemagne de l'Est, c'est... Devinez ? Uta. Ben oui... Giorgione, il est pas représentatif de la culture allemande. Mantegna non plus. Dix, c'est peut-être pas le meilleur choix dans le contexte. Une oeuvre anti-guerre, en pleine guerre froide... 10 ans trop tôt.
Du coup, la jolie allemande de Naumbourg a l'honneur d'être sur des timbres. Et des enveloppes premier-jour. Des fois qu'on irait oublier qu'elle et ses copains du choeur existent...

Mais ça reste elle la vedette. Ca sent quand même la douleur de la séparation, le choix de ce timbre... Alors que les timbres, c'est le courrier, le courrier, ça réunit les gens. Tout un symbole... (Et voilà, ça m'reprend !!!)

Et en 1961, la ville de Naumburg émet une médaille commémorative. Et qui on met dessus ?
Forcément. L'image de l'Allemagne éternelle.


Faut dire que le concept pue un peu... On a déjà eu de la récupération de la jolie Uta avec un discours dans le même genre.
Le temps passe...


En 1983 (l'énumération... Pffff. On se croirait sur le blog d'une charmante lectrice...), la RDA sort une série de timbres mettant en valeur 8 des statues, sur 4 timbres.

Les gestes barrières les copains ! Les gestes barrières ! Pierre-Papier, fais comme moi !
(donc, Dietmar, Dietrich, Konrad et Syzzo -Pierre-Papier de ses deux premiers prénoms puent du bec. C'est vrai que Dietmar se planque derrière son bouclier. Geste barrière, déjà, et Pierre-Papier lui fait bien comprendre que ça suffit pas...).
Dietmar, tu pues du bec, foi de Pierre-Papier
Uta, toujours là !
Mais, à l'ouest, en dehors d'un public de spécialistes, sa popularité est plutôt limitée...
Et c'est bien dommage.

En 1989, cette saleté de Mur tombe. On réunifie les deux Allemagne, les programmes de géo deviennent plus difficiles à boucler du coup. Et la cote de popularité d'Uta grimpe.
Elle est encore sur un timbre en 2018, mais elle partage la vedette de l'enveloppe avec Gerburg. Faut bien fêter le label Unesco avec le labelle Uta.

A Star is born
Un petit bonhomme braillard dont nous tairons le nom pour ne pas salir ce blog avait établi un prototype de femme allemande idéale. Et ce prototype, blonde, grande, aux yeux bleus, avait trouvé son incarnation (enfin, son empierrisation...) en la personne de ? de ? de ? Uta ! Gagné (C'est facile, vu qu'Uta est le sujet de ce magnifique texte, il est souvent question d'elle.) En plus, comme il lorgnait du côté de la grandeur passée de l'empire allemand (le 1er), une personne tirée du Moyen Âge, c'était parfait.
Ce petit bonhomme n'a pas que des fans (C'est peu de le dire ! Et heureusement !), et un dessinateur et acteur américain, né à Munich en 1909, ne l'apprécie pas des masses. Une histoire de religion... Non, c'est pas drôle.

Wolfie !
Wolfgang Reitherman, c'est son nom, va travailler pour un studio confidentiel, surtout maintenant. Celui fondé par un certain Walt Disney.
Ca va, je sais que vous me voyez venir. On connait l'histoire.
Bref, Wolfgang serait à l'origine de l'apparence de Grimhilde, la méchante belle-mère de Blanche Neige (1937).
Elle, elle est pas gentille.
Ce serait une vengeance vis à vis du petit braillard. Il détourne la femme qui a été prise en modèle de la pureté de la race germanique, et en fait la méchante. La thèse est plaisante.
On ajoute quand même que Walt et son frérot Roy ont visité l'Europe avant de faire leur film et ont ramené un maximum de bouquins d'art (oui, il n'y avait pas internet à l'époque, du coup, les gens, ben, ils étaient obligés d'acheter... des livres !!! Quel monde barbare !), dans lesquels ils auraient pu trouver Uta.

Helen Gahagan dans She, 1935
Par ailleurs, une autre source est fort possible pour Grimhilde, le personnage jouée par l'actrice Helen Gahagan dans le film She, de 1935. Après... Pitêtre que la vilaine de She a aussi un peu d'Uta en elle... La couronne pourrait faire touret, mais, cette couronne est aussi une version plus élevée de pas mal de couronnes qu'on trouve dans l'art depuis au moins la Renaissance. Cependant, l'idée est rigolote.

Toujours est-il que Wolfgang, et/ou Walt, mettent un peu d'Uta dans Grimhilde, en s'inspirant de son manteau, et en créant ce col qui aura tant de succès.

J'suis une fausse blonde ! Nananananèreuh !
Ah oui... et message au petit braillard : la statue n'est blonde que depuis le XVIe siècle. Au XIIIe, le modèle de la femme germanique idéale, elle avait les cheveux auburn ! Et toc !

La carrière cinématographique d'Uta n'est pas au top pendant la guerre froide (faudrait voir dans le cinéma des pays communistes, tiens...). Eh oui... Son image se diffuse moins. Et on va moins la voir.

A Star is (re)born !
Kingdom of Heaven, la fille de Marlène Jobert et le mari de Galadriel.
Mais... Elle redémarre au XXIe siècle. On va la reconnaître dans le (dernier bon) film de Ridley Scott, Kingdom of Heaven.
La fille de Marlène Jobert aurait un truc avec le mari de Galadriel ? Je suis choquée !
Elle est le modèle direct de la tenue de couronnement de Sibylle. Enfin, on reconnait surtout la couronne. Le manteau est déformé par la version Grimhilde. Il y a eu un réel effort dans le film quand même, puisqu'on y reconnait, pour le couronnement de Baudoin V, la couronne dite de Constance, trouvée à Palerme dans la tombe de la femme de Frédéric II.

Pardon monsieur... Ah non, madame... Scusez moi, la couronne masculine m'a enduite avec de l'erreur...
Juste que cette couronne est une énigme, puisque c'est une couronne masculine. La boulette. (l'énigme étant : qu'est ce qu'elle fiche dans la tombe d'une nana ?).
Je continue avec la coiffe d'Uta/Sibylle et pas que... Parce que... Incroyable...

Et vlan, un costume correct dans... les Rois Maudits ? C'est possible ?
Julie Gayet, presque sourcée... Presque...

Julie Gayet, en Isabelle de France, porte la coiffe d'Uta. La même année que Kingdom of Heaven (2005). Il y a des années comme ça... Les couleurs sont celles de la restauration XVIe, on a un cordon de rideaux, livré par scooter, la barbette dorée... Si encore ça avait l'air safrané, mais même pas. Je dis rien pour le décolleté. Après tout, à l'époque ça aurait pu être envisageable, vu l'âge d'Isa.
Ca reste correct... pour les Rois Maudits.

Après, on va pas chipoter sur les dates. Uta, c'est vers 1240-1250. Sibylle c'est XIIe, Isabelle XIVe. Ca nous fait une moyenne...
Ce qui me chiffonne plus, c'est la coiffe en elle même. Ce modèle, avec couronne, je ne l'ai vu que sur peu d'oeuvres... 4. Dont 3 à Naumburg, et d'Artagnan à Erfurt. Point commun : coiffe sur individu de sexe féminin décédé. La couronne... C'est aussi la marque des Elus. Les sculptures de Naumburg parlent de Salut. La sculpture (bien moins séduisante) d'Erfurt est sur une plaque funéraire.
La famille Von Gleichen, en direct d'Erfurt (que c'est très joli, que y a pas la mer, mais du vent, et un gisant)
On pourrait en avoir une en contexte plus général ? Juste comme ça, pour se dire que ça peut être vu sur des gens vivants, quoi... Quant au touret fermé sur le haut de certaines sculptures, il est difficile de savoir si cela correspond à une réalité, ou si c'est une simplification du sculpteur ? En tout cas, si une telle coiffe fermée a existé, elle paraît limitée géographiquement. Comme la pratique de la couronne sur touret. C'est que Naumbourg et Erfurt sont dans le même secteur géographique : le sud de l'Allemagne de l'est. Thuringe pour Erfurt, Saxe-Anhalt pour Naumbourg. C'est très proche (pas en qualité. Mauvaise langue je suis).
Si on résume... On a un assemblage coiffe + couronne et la possibilité d'un touret fermé en haut qui ne se trouve que dans des représentations de défunts, à peu près contemporaines et dans la même région... Avez-vous besoin d'un dessin ?
Gros plan sur les Von Gleichen. Ils se ressemblent.
Au cas où... Qu'est-ce que ces coiffes font 70 ans avant ou après, sur des reines bien vivantes à l'écran, à plusieurs centaines de kilomètres du point de départ ?
En outre, on va parler couleurs...
Naumbourg : les tourets sont blancs. Gerburg a une base dorée, mais recouverte de peinture blanche. Uta et Reglindis, toute blanche. Pour Erfurt, plus difficile à dire, même si une version colorée circule sur le net, mais, on a vu avec Naumbourg que les statues, ça se peint, ça se repeint, et pas forcément en respectant la couche du dessous. Et c'est pas qu'on manque d'infos sur le gisant, c'est que... Oui, un peu quand même. 
Maman ou Madame Von Gleichen ? 2e quart du XIIIe
Je reste donc très dubitative face à toute version colorée de ces coiffes, et même face à toute reconstitution de ces objets, vu qu'on est dans des oeuvres signifiantes. Faut forcément des détails précisant le message. Les couleurs de Naumbourg allaient dans le sens de la représentation des Elus. Les couronnes sur la tête, ça complèterait, peut-être... Sans oublier une possible hiérarchisation (seule une femme d'Erfurt porte une couronne. Ce pourrait être pour différencier la mère de l'épouse, Maman ayant la préséance sur belle-fille, mais en fait, on ne sait pas qui elles sont vraiment... Deux épouses successives ? La couronnée serait la mère de l'héritier ? C'est pas simple ma brave dame !). Encore une fois, beaucoup de questions, beaucoup d'hypothèses, et peu de réponses.

Et sinon, notre Top Model, elle en est où ?
Ca va, j'passe un casting pour une petite série...
On a quand même une vogue de tourets brodés (Nan, mais ! Oh ! On va s'calmer !) en fantasy (Aaaaaaaaaaaah ! Là, on peut). En particulier dans une série confidentielle.
Comme Lemercier ! C'est MOI qui l'ai fait !
Après tout, ces décorations pourraient renvoyer aux couronnes. Ou pas. Mais c'est marrant de voir des tourets sur Mrs Peel, à défaut d'un chapeau melon.
Mais où est John Steed ???
Un manteau Klâââsse, parfait pour les têtes couronnées, ou tourettées. 
C'est qu'il n'y a pas que sa coiffure qui interpelle. Le manteau aussi.
Trois p'tits tourets puis s'en vont...
On a vu avec Disney, et la reprise du type dans Kingdom of Heaven.

D'autres versions du manteau se retrouvent sur nos écrans.
Pffff... J'ai bien peur que le machin violet porté par Jeanne Moreau...
Je me sens mal, là...
On passe... et puis, ce touret... Non mais, j'ai fait ça une fois, pour rigoler ! Faut pas refaire mes bêtises (surtout quand je les fais après). Faut pas !
On note toujours la mauvaise lecture du col. Mais là, c'est costumes en free style, alors. Au moins là, avec une bonne pelleteuse, et grâce à Uta, on trouve un peu de milieu XIIIe. Dommage qu'on soit début XIVe.

Et sinon, dans une galaxie lointaine, très lointaine...

On essaie de reprendre le geste, et on garde le grand col, mais c'est toujours mal lu, ou lu différemment. Donc, désolée princesse, mais ça va pas... Ceci dit, dans son ensemble, le manteau de Leia a plusieurs références à la mode médiévale... Les manches renvoient aux manches des chapes. Costumier ! Faut qu'on cause !


C'était la zoulie histoire de Tata Tina. Aujourd'hui Uta.
Tout ça pour finir en garde-page ou en magnet... Et puis, les statues, quand elles causent, ça part vite dans le portnawak...




vendredi 10 avril 2020

RECONSTITUTION

LE BLING, CET ENNEMI
Faute histo, faute contre l'Histoire ?

C'est bling, c'est beau, c'est pahisto !

Ca pourrait s'appeler "journal d'une repentie". Vraiment. Mais "journal de quelqu'un qui a commencé à faire ses recherches sérieusement" résume mieux la situation.

Quand on commence la reconstitution (ou plutôt, quand on commence à avoir envie d'avoir un costume médiéval qui tienne la route, la nuance est très importante), on a souvent tendance à vouloir un costume qui claque.
Il y a une dizaine d'années, c'était la guerre de la broderie. Et on les remarquait, les costumes brodés ! Pour tout vous dire, c'est le genre d'article difficile à écrire. Les exemples d'abus du bling en "reconstitution" sont tellement nombreux que la tentation d'en faire un catalogue raisonné est grande...

Le musée des erreurs
Du coup, je vais vous la faire brève, et je vous épargne l'historique et la liste (non exhaustive) des excuses, biais, etc. foireux qu'on a pu avoir pendant des années.
"On" comprenant que l'historicité va lui tomber sur la tête !
Alors, on (je fais souvent partie du "on") n'a pas assuré sur :

Les broderies
Les trucs accrochés à la ceinture
Les aumônières
Les soieries
Les perles
Les galons
Les bandes décoratives
Les tissages diamant
Les bijoux
Les filets à cheveux
Les guimpes
Les ceintures
Les dagues à couillettes
Les tourets
Les robes trop courtes pour laisser voir la couche de dessous
Les gants
Les chaussures
Les Et Caetera.

Des objets qui ont existé, ou pas. Sous une forme ou une autre ou aucune. A une époque ou une autre ou jamais. Utilisés par telles ou telles personnes ou personne. Utilisés de telle ou telle manière ou pas. Utilisés couramment, ou rarement, ou jamais. Utilisés à tel endroit, et pas à un autre, ou nulle part. Et vous pouvez multiplier les combinaisons de contextualisation. Et, on n'oublie surtout pas de mettre une couche de romantisme XIXe et d'Hollywood et ORTF là dessus. Et on est histo, soi-disant.
Ou vraiment pas, en fait.

Je ne tiens pas compte des vêtements trop courts ou qui manquent d'ampleur, ou qui sont en lin de couleur, ou autres choses qui ne sont pas en rapport avec le bling.

Keep the Faith ?
En "reconstit"... Chez certains c'est souvent "je veux, je prends, j'ai".
Tueuse, reconstitueuse, même combat ?


Et maintenant, mettez des coeurs sur les réseaux sociaux. Et surtout, pas de critique, c'est méchant.
Faut marquer les esprits.
Faut faire le truc que personne n'a (y a peut-être une raison. Peut-être que ceux d'avant ont été prudents sur ce coup là).
Faut faire plus impressionnant que le voisin.
Faut soigner sa com...
On a envie de se montrer, et, de se vendre.
Le bling, c'est l'arme idéale. Facile, efficace (parfois chère, du coup, faut rentabiliser. Amis du déni, bonjour)

Hélas, le bling survit rarement à une analyse raisonnée des sources. A cette satanée contextualisation.

A consommer avec modération, quand il faut, comme il faut !
Dans l'absolu, il est normal d'avoir envie de se lâcher, niveau apparence. De mettre de la couleur, du clinquant. Surtout en période de crise, d'ailleurs. Si on affiche cela comme de l'évocation, pourquoi pas. Si on prétend à l'historicité, ben... Là, ça ne passe plus. C'est toujours la même histoire. Or, pour une personne qui accepte la remise en cause de ses choix, qui accepte de s'être trompée, vous en aurez combien qui vont s'accrocher comme des désespérés à une source biaisée, une excuse bidon, une mauvaise interprétation ? Les fameux "Ils étaient pas cons". Ben... personnellement, je trouve que dans la mode y a pas mal de trucs sur lesquels la question du bon sens de ceux/celles qui acceptent de porter ça peut se poser... Le "ah mais, je l'ai payé cher". C'est dommage, mais, si c'est pas histo, c'est pas histo. "C'est fait main, c'est teinté naturel". Mais si le patron et/ou le tissage sont faux, c'est moins histo qu'un costume en tissus totalement industriels, mais visuellement correct. Les "c'est pas parce qu'on n'en a pas trouvé que ça n'a pas existé". L'absence de preuve n'est en effet pas la preuve de l'absence, mais, en attendant d'avoir des éléments tangibles, la prudence, c'est un concept sympa, qui permet en plus de faire un max d'économies. Parce qu'on fait quoi, quand on se rend compte qu'on s'est complètement planté ?
Il y a des spécialistes de "je mets la poussière sous le tapis". "On a vu, mais j't'embrouille quand même". Chez certains, la proportion d'erreurs est tellement impressionnante qu'on peut se demander comment ces personnes arrivent encore à être prises au sérieux (si, si, j'vous jure. Le culot, ça marche plus que la démarche rigoureuse).

Welcome to Latvia
Un petit tour dans le Nord, en passant par Leeds (qui est aussi au nord, d'ailleurs)
Le phénomène n'est pas limité à la France ou aux pays francophones. Il est parfois totalement assumé. Certaines personnes qui sont même hyper sérieuses niveau histoire du costume vont se marrer en costume pas corrects en parfaite connaissance de cause. D'autres préfèrent fuir les gens qui disent faire de la reconstitution médiévale en allant voir comment ça se passe dans d'autres époques. Et il y a les options cosplay, fantasy, steampunk, pour s'éclater (Il y a des chercheurs en costume médiéval qui sont dans ces domaines là, et qu'on ne voit plus sur les événements médiévaux. Pourquoi ?).

Lors du congrès de Leeds 2019, Santa Jansome, de l'université de Lettonie, nous avait fait un état des lieux du costume balte de l'âge du fer tardif, dans le domaine de la reconstitution, expérimentations, etc. (titre exact de son intervention : Late Iron Age Baltic costume replica- assumptions, experiments and practice). Son intervention avait l'avantage de présenter ce que la reconstitution pouvait amener à la connaissance du costume. Parfois, les hypothèses des chercheurs datent (beaucoup) et sont considérées comme correctes, jusqu'à ce que des expérimentations montrent qu'il y a un bug.
Santa en costume latgalien (est de la Lettonie) du XIe siècle, d'après la tombe de Drabesu Liepinas 76, bling histo, sourcé, raisonné. Photo prise à la forteresse du lac Araisi. Lin, laine et bronze... Ce châle !!! (Description du costume, en anglais, en fin de cet article).
Parce que, mine de rien, la reconstitution historique, quand c'est bien fait, ça fait vraiment avancer la connaissance des costumes médiévaux. Et la compréhension des oeuvres d'art, aussi. Et des textes.
Et c'est pour ça que les personnes en mal d'admiration qui usent du bling pour se faire mousser, qui trouvent que respecter ce qui se faisait à l'époque, c'est pas assez sexy... comment dire ? Je dirai rien, parce que je n'ai rien de poli en tête.

Revenons à Santa et ses amis, qui font un boulot vraiment sérieux. Attention, on part de reconstitution à partir de pièces archéos. Y a pas des masses d'images.

Vous reprendrez bien un peu de stats ?
Reconstitutions et modifications des costumes baltes en reconstitution (800-1199), établi par Santa Jansome, reproduit avec son aimable autorisation.


Santa avait présenté un petit graphique sur la manière dont le costume de reconstitution évoluait, en partant de ce que l'on sait d'après les fouilles et de ce que les chercheurs précédents en avaient fait. 

Je remercie Santa pour m'avoir autorisée à utiliser son graphique, et pour ses éclaircissements. 

Et maintenant, on analyse le graphique (non, mais, c'est fastoche, j'ai le texte de l'intervention ;) )
Yeah !!!

Alors, il y a 2 couleurs : le vert d'eau, c'est ce qui est fait au départ, et le bleu, c'est comment ça a évolué, ou pas.
Déjà, 90 % des gens commencent par respecter le travail de recherche précédent (Ok. Donc, là, on n'est pas dans une situation comparable à la France, où on est trèèèèèèèèèèès loin des 90% chez les gens qui se disent histo... Enfin, quoique... les gens qui se basent sur Viollet-Le-Duc, ils sont dans quelle case ? Oh purée, c'est déjà compliqué !).
Il y a 10% des gens qui changent des trucs immédiatement.
Une faible proportion, c'est pour améliorer (et ça, c'est pas con).
A peu près autant ajoutent du bling (et ça, c'est pas pas con).
Et une majorité des 10% commencent par copier ce qui est fait ailleurs (et ça aussi, c'est pas pas con, et parfois, c'est pas con. Ca dépend de qui on s'inspire).

Après avoir fait le costume, on vit avec, on s'en occupe, etc. Et là... Pouf ! La version d'après les recherches se casse la figure en beauté. Ils ne sont plus qu'un tout petit peu plus de 20% à avoir respecté les consignes et à n'avoir rien changé.
Costume Livonien du XIe siècle, porté par Santa et réalisé par Anita Rasmane (avec autorisation) Y a pas overdose de bling, et c'est conforme aux travaux des chercheurs.
 
Là où ça a beaucoup monté, en revanche, c'est chez ceux qui ont amélioré les costumes. Y a de quoi. Les pantalons, par exemple, avaient été patronnés par des archéologues du XIXe, qui partaient de suppositions, parce qu'aucun pantalon intact n'a été retrouvé par là haut, et de leur propre pantalon... Les reconstitueurs vivant avec ont fini par en avoir marre de recoudre l'entrejambe. Et ils ont vu aussi que les gens travaillaient plus assis sur le sol que sur un tabouret ou une chaise... Assis en tailleur, l'expression est restée. Ca demande une coupe différente de la coupe XIXe ou XXe. Et ça vaut sur tous les patrons méd, quand on y réfléchit un peu. Les braies couche-culotte, elles s'expliquent. Le patron une fois modifié au niveau des fessiers baltes, ben, c'est devenu bien plus solide, dis donc ! On a aussi cousu les pans des robes type peplos. Tout simplement parce que ça faisait un effet tornade pas pratique et que les filles se les gelaient (on est très au nord). Le fait d'avoir cousu les vêtements à partir des aisselles (en respectant les largeurs de tissu qu'on avait avec des métiers verticaux) ne gênait en rien l'utilisation de broches. Le tombé sur le haut du corps était même similaire à celui d'une robe totalement ouverte sur les côtés. Juste que... C'est bien de pas se prendre les jambes dans un vêtement et de pas grelotter.
Pour arriver à cela, il faut se remettre dans le contexte de l'époque, et tester.

Là, ce sont de beaux exemples d'améliorations qui permettent de faire avancer les connaissances, et tant pis si les pantalons avec plein de place pour les fesses c'est pas sexy. Ca correspond au mode de vie du temps, et c'est plus résistant.
D'autres qui ont aussi changé l'ont fait en voyant ce que faisaient les copains. C'est à la fois bien et pas bien. Tout dépend du copain qu'on copie. Si le copain a changé son pantalon moule-cucul pour un pantalon avec plein de place, c'est une bonne idée. Si le copain est un blingueur, on est mal...


SOS Bling !
Restent les blingueurs. Les pires.
Les costumes féminins baltes sont quand même, à la base, pas mal bling. Y a de jolis bijoux. Des tubes d'or ou de bronze par ci par là... Ca en jette pas mal, en fait.
Pas assez pour certains et certaines.
Et donc, les costumes sont massacrés par des ajouts de choses dont on se serait bien passé. Genre... Ben les broches baltes sont pas assez classes ? SOS Bling pour vous (des)servir !
Oui, mais non.
On va prendre des broches tortues de chez les voisins scandinaves (alors qu'il y a des broches tortues baltes). Après tout, le commerce, hein... Et puis, c'est la même époque, alors, ça va. Et puis, c'est tellement près. Papy y a été en vacances et a ramené ça. Le défilé des excuses pourries habituelles. Qui se fichent totalement des réalités historiques, des mentalités, des trouvailles archéos.
C'est plus beau comme ça. Ca justifie les transformations.
La situation de la reconstitution balte est assez bonne par rapport à nous (comme souvent quand les images manquent. On est obligé de se baser sur les études archéologiques. Quand on a des images, on fait un cosplay, en oubliant que l'image médiévale est un langage à elle seule, et que si on ne sait pas le décrypter, on est mal...). Santa estime que 70% des costumes sont plus ou moins corrects. Dont 50% sont des costumes pauvres. Donc sans bling. Et le bling a souvent pour effet de gâcher les costumes. Le bling est très présent (entre 80 et 90%) dans les 30% de costumes qui ne sont pas corrects du tout. Problèmes de bijoux, essentiellement, d'objets beaucoup trop grands.

En fait, le bling reste la principale cause de ratage d'un costume...
Faith reconstituant Buffy. Voilà, c'est mieux comme ça.

"L'important, c'est que ce soit beau". Autre phrase typique de ceux qui veulent se faire remarquer, et qui ne sont pas fichus de s'effacer devant l'Histoire. Si quelqu'un tient ce genre de discours, fuyez. La personne est forcément de mauvais conseil.
Parce que, de un, en reconstitution, l'important c'est que ça ressemble visuellement à ce que c'était à l'époque dans la mesure des connaissances actuelles. De deux, parce que le Beau, c'est subjectif, ça dépend des périodes, des civilisations, de celui qui regarde, etc. Si vous entendez quelqu'un sortir un truc pareil, c'est que vous êtes en présence de quelqu'un qui n'a rien compris à l'Histoire, aux mentalités, à la reconstitution. Quelqu'un qui veut juste se mettre en valeur, et qui va donc abuser du bling, et sera prêt à plier toutes les sources pour se faire mousser.
"reconstitueur" essayant de faire se rejoindre le bling et l'historicité.
Alors, oui, on a fait plein de bêtises à nos débuts. On a voulu briller, se faire voir, faire de belles choses. Pour beaucoup, on en est revenu. Mais, hélas, si les broderies et les perles commencent à disparaître hors sujet (j'ai rien contre une broderie sur une aumônière, mais la broderie sur gambison... Euh... Oui, mais non), on a une arrivée massive de tissus qui ne vont pas. Les tissus liturgiques, les tissages diamants hors période... Un non respect des règles sociales (ce non respect était réel, on le sait grâce aux textes qui nous expliquent à quel point c'était hyper mal vu, seulement ce non respect en "reconstitution" est présenté comme si c'était une norme). Une surreprésentation de certains objets (la dague à couillette n'est pas la dague la plus courante au XIVe ! Pas du tout !)... Beaucoup de gaspillages, et d'idées fausses qui circulent allègrement. Il y a des époques plus propices au bling. Mais, même là, il faut faire cela de manière raisonnée. Ceci dit, ne pas oublier que superbia, vanitas, tout ça, c'est pas très bien vu pendant une grande partie du Moyen Âge occidental.

La reconstitution historique sert aux chercheurs. Vraiment. Mais l'abus de bling, non. Ca ne sert que celui ou celle qui le porte. Et ça montre surtout une incompréhension complète de ce qu'on fait.
Je suis passée par là, hein... J'ai même utilisé les excuses pourries de bonne foi. Et puis, je me suis posée...

Un grand merci à Santa pour les infos de son papier, ses photos et la possibilité de les publier ici, pour les discussions, et à Anita pour l'autorisation de montrer le costume qu'elle a fait.

Description du 1er costume de Santa : Latgallian women, like other Baltic woman wore linen shift. On their legs they wore leg wraps and leather footwear. Sometimes they wore nalbinded socks. Shift closed with a small fibula. The most widespread fibulas for Latgallians were horseshoe fibulas with torqued hoop and rolled-up ends. Skirt is one piece - usually woollen and held together with a belt. In most cases tablet woven belts were used. Sometimes women carried a knife, hanging from her belt. As there are no pockets, all the necessary things were carried hanging from her belt - tablets for weaving, scissors, keys, small bag for other necessary things etc. A rich latgallian woman was wearing a lot of ornaments. Very typical for Latgallians and also Selonians was neckring with flattened ends with or without pendants. In this case Latgallian woman wore also six other neckrings. Two of them were of the most common type- a neckring made from three or four bronze rods woven together with knot ends. Two were of other very common type- with toreutic bow and (ar skaldņotiem galiem) and one with hook and saddle ends. Costume is further enhanced by addition of beads made from cowry shells, number and length of those depending on the wealth of family. In this case there is also a necklace made from bronze spirals. Most often latgallian woman would wear spiral bracelet, always a pair of those, one on each hand. Finger rings are very popular, and the more, the better – sometimes there are more than one ring on each finger. Most likely women wore a kerchief – although there have been no archaeological evidence; their existence is supported by archaeologists and practical considerations – both as a protection from the sun and as a base for bronze headbands. In this case there are two headbands- both of the same time (head ornament of a twist) but considerably different in size. Woollen shawl could be the most impressive ornament of ancient Latgallians. Shawl was made from dark wool with bronze rings woven into the weave or inserted separately (as in this case), forming various ornaments. In some cases nearly entire surface of shawl is covered in bronze rings, thus giving it considerable weight. Shawl is fastened using a fibula, in this case there are two horseshoe fibulas with triangular hoop and rolled-up ends.

samedi 4 avril 2020

ACCESSOIRES

LA GUIMPE, TELLEMENT MEDIEVAL 
Vraiment ? Non, mais, vraiment ?

Un Lion en Hiver... Très bon film, très mauvais costumes... Mais virez moi ce truc sur le visage !!! (Peter O'Toole et Katharine Hepburn... Après, Peter a posé avec moi, si, si, j'ai la photo !)

Ca pourrait aussi s'appeler "fous pas ta cagoule !" Mais nous allons tenter de rester dans la clâââsse et la distîîîînqueussion qui nous caractérisent...

On va causer d'une grosse bêtise qu'on voit souvent sur les costumes dits "médiévaux". Et puis en plus, ben je l'ai faite à mes débuts.
Je veux parler de...
La guimpe !
Y a du doooooossiiiiiiiiiiiiiier !!! (tout est faux)
Un grand classique
Quand j'ai commencé la reconstitution, période Xe XIe, on m'avait conseillé de porter le machin qui entoure totalement la tête, ne laisse pas voir le cou, bref, la guimpe.
J'ai tâtonné, passant du morceau de tissu avec un trou à un long voile qui enveloppait ma binette, mais, surtout, fallait pas montrer le cou.
Ben oui, c'est comme ça sur les sources.
Ah bon ?
Broderie de Bayeux. On voit une partie du cou.
Ben non, justement. Les sources montrent clairement que le cou est visible. Certes, le visage est bien encadré de trois côtés, et cache pratiquement toute la chevelure... Mais le cou reste un peu visible. Il y a un effet écharpe qui couvre les épaules, mais libère le cou.
Ok, on passe à l'écharpe.
Donc, cet accessoire quasi obligatoire pour le XIe... Pas bon.
Ca commence bien.
Péricopes d'Henri III, Gisèle de Souabe, vers 1039, Brème, Universitätsbibliothek b. 21, folio 3r
Aliénor ! A l'aide !
Au XIIe, ça devient pire.
Alors là, c'est ZE accessoire de référence. Je me souviens avoir passé des heures à guider une personne pour faire un costume XIIe correct (à l'époque où on avait confiance dans la traduction samit=satin, donc, le costume, au final, d'après les dernières recherches, n'est plus valable. Ouin). Mais, des heures... Costume fini. Impec. Très peu de temps après... Hop ! La cagoule ajoutée. Plein de photos promos. Et un psychodrame quand je lui ai dit que ça n'allait pas. Un blanc chevalier (de pacotille) est venu à son secours avec une source inattaquable : le gisant d'Aliénor. Le problème, c'est que notre badass queen préférée, sur son gisant, porte une barbette. Une bande de tissu qui entoure la tête, en passant sous le menton. Mais, c'est pas un effet cagoule. Raté.
Copie en plâtre véritable du gisant d'Aliénor, Londres, Victoria and Albert Museum. Barbette, c'est une barbette !!!
Bref, un costume qui était correct au moment où il a été fait (parce que satin, maintenant, ça va plus...) a été fichu en l'air par le simple ajout d'un accessoire. On est passé du correct dans l'aspect au pur fantasme Hollywood, hérité de Vassavoir (je crois avoir vu ça sur des vitraux XIXe, en fait).

Les images disent quoi ?
Pour le XIe, on a vu. Voile-écharpe. Pour le XIIe... Ben... Que dalle... L'écharpe peut se voir parfois, mais, la règle générale, c'est le cou bien dégagé, et sans écharpe. On montre ses longues tresses, on porte un super voile, un cerclet, on exhibe le haut de son vêtement... L'effet cagoule, il est où ?
J'ai pas mis ma cagoule !
On peut même aller un chouïa plus loin...
Même les religieuses ne portent pas cela.
Si on prend les deux plus célèbres avant le XIVe, j'ai nommé Hildegarde de Bingen et Claire d'Assise, et qu'on regarde leurs représentations XIIe et XIIIe... Pas de cagoule. On peut trouver l'effet écharpe, comme sur le manuscrit d'Hildegarde elle même.
Hildegarde, habillée par elle même (copie de l'original du Scivias du XIIe siècle disparu quelque part entre 1939 et 1945... plutôt vers 1945. Copie réalisée à Eibingen entre 1927 et 1933)
Mais, pas le machin qui engonce la tête et ne laisse voir que le visage, tel qu'il est porté de nos jours par les soeurs, y compris les Clarisses, et diffusé allègrement par les merdias.
Film sur la vie d'Hildegarde... Vous les voyez les différences de costumes ? (Vision, film allemand de 2009, que l'on remercie pour sa diffusion des clichés sur le costume religieux.)
Merci pour tous les costumes de nonnes foirés !
Le costume des nonnes a évolué, et pas qu'un peu, pendant deux siècles, et ce malgré les différentes règles. Et les nonnes médiévales, surtout avant le XIVe siècle, au cinéma et en reconstit (rarissimes exceptions), c'est la cata...
Au XIIIe, version barbette... Liber Divinorum operum, Lucques 2de moitié 13e s. Avec cet exemple on est loin du "juste" milieu...
Ce qu'on va trouver sur les représentations du XIVe, et encore, pas vraiment au début, parce que là aussi, y a de la variété, ne se voit pas auparavant. Fichtre diantre ! Les images sont pourtant claires, c'est le cas de le dire (oui, parce que les images sont plutôt hildegardes, ça n'a aucun sens...)
Sainte Claire, par Simone Martini, début XIVe, Assise. Ah ben non, on a toujours le voile en écharpe. Vous le sentez le gros délire niveau représentation du costume religieux ?
Cette mode d'envelopper le cou apparaît dans la seconde moitié du XIIIe. En théorie, ce serait réservé aux veuves (ça pourrait débarquer même dans le second tiers du siècle pour les veuves). Ca va être adopté par les religieuses, mais avant les religieuses, par les jeunes fashion victims du temps. Et on va finir par leur dire d'arrêter ça, parce qu'on doit savoir qui est qui... et donc, cela restera un accessoire essentiellement pour veuves et religieuses.

Les textes disent quoi ? 
Si l'on en croit les comptes de Charles d'Anjou, roi de Naples, quand il passe commande à Paris pour sa jeune épouse, c'est de la bande de tissu (certainement d'une grande finesse) qui semble varier de largeur.
Charles d'Anjou, roi du shopping !
Alors, une botte de poireaux, de la litière pour chat, du café (souligné en rouge), et, pour Pépette,
 l pieces de guimples de xii s. la piece, don la moitié soit large de v tourz et l'autre soit estraite de iii tourz; (...) ; iiii pieces de guimples de iiii tourz pour la Reine; iiii pieces de guimples de iii tourz pour la Reine; (...) ; iiii pieces de guimples de Leon de iii tourz pour la Reine
(5 février 1277, Durrieu, Les Archives angevines de Rome: Etude sur les registres du roi Charles Ier (1265-1285). Bibliothèque des Ecoles Françaises d'Athènes et de Rome 46, Paris: Thorin, 1886, vol. 1, 65-66) 
Fragment du gisant de Jeanne de Toulouse (la belle-soeur de Charles), après 1271, Paris, Musée de Cluny. Voilàààààà. Ca, c'est de la guimpe !
Ce qui correspond à ce qu'on observe sur des oeuvres contemporaines (donc dernier tiers du XIIIe). Et, là... Le terme guimpe semble prendre son acceptation la plus connue. La description de la première pièce montre aussi une forme particulière... Est-ce à mettre en relation avec la façon de la porter ? C'est cette pièce là qui reste la plus parlante et pourrait concerner la guimpe sous son acceptation actuelle.

C'est pas vraiment de la HD
Allez, on sort la définition du vénérable cnrtl : "Ca 1140 guimple « pièce de toile fine, de lin ou de soie dont les femmes encadraient leur visage et qu'elles laissaient retomber sur le col et la poitrine » (G. Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 3787)" Le hic avec cette définition, c'est qu'on n'a pas d'image de cette date qui correspond à ça. Même sur des nonnes, on l'a vu. Ce qui est gênant.
Si on se réfère à ce qui semble être la plus ancienne occurrence du terme, dans le poème de Gaimar, voici ce qu'en dit la traduction du XIXe (celle du cnrtl date de 1960). 

He knew AEIfthryth by her beauty,
And she welcomed the king.
She was veiled in a wimple.
The king drew it from her head.
Then he smiled and looked at her,

And then kissed his commère.
From this kiss sprang love.


Elle était voilée d'une guimpe.
Voilà voilà...
Ca ne parle pas d'effet cagoule, oeuf de pâques ou de truc équivalent.
Les occurrences du mot guimpe sont vagues pour les XIIe et XIIIe siècles (première moitié XIIIe). Le mot est carrément interchangeable avec touaille ou voile. Toute la terminologie de ce qui se met sur la tête se révèle hyper compliquée, et, en prime, est mouvante, selon les périodes.
Tout au plus, certains textes nous montrent une pratique qu'on ne voit pas dans les images : le visage voilé. Genre, voilette. Les allusions à cette pratique sont finalement nombreuses, entre autres dans le texte de Robert de Blois (Robert de Blois, son oeuvre didactique et narrative, étude linguistique et littéraire suivie d'une édition critique avec commentaire et glossaire de L'Enseignement des Princes et du Chastoiement des Dames, par John Howard Fox, Librairie Nizet, Paris, 1950.) datant du milieu du XIIIe siècle, où la description est clairement celle d'une voilette. 
Si nous n'avons pas d'image, semble-t-il, de femme ainsi "endoctrinées" ou "estoupées", on pourrait voir dans l'arrangement des voiles sur l'avant du visage, avec ces plis délicats encadrant la face, le résultat du découvrement du visage caché. 
Joli effet, le voile...
Or, la littérature nous mentionne le fait de se dévoiler (que ce mot prend du sens !), associé à guimpe (guimple, guymple, etc...), comme on peut le deviner chez Gaimar.

Ainsi, chez notre cher Jean Renart (ou attribué à).Textes autour de 1200 :

Galeran de Bretagne, au sujet de Frêne
6704 d'une guimpe blanche elle s'enveloppe le visage
6934 dissimule le nez et le visage
7257 enlever sa guimpe pour la voir à découvert 

Toujours dans Galeran, la guimpe est clairement associée à la tête
2010 elle va tête nue, sans guimpe sur ses cheveux blonds
4165 la tête baissée sous sa blanche guimpe
5228 ôtez la guimpe de votre tête
7694 Frêne, la tête découverte 

C'est ça, un escoufle. Ou un Milan...
Dans L'Escoufle, au sujet d'Aelis :
3300-01elle a sur la tête en guise de guimpe un petit diadème d'orfroi
8730-31 quand la guimpe fut rabattue, sa blonde tête fut resplendissante

(Je vous ai mis les textes traduits, mais j'ai travaillé avec les textes du vieux François)

Donc, en gros, ces textes ne laissent à aucun moment envisager la guimpe comme une cagoule ou un oeuf de pâques... Mais comme voilette, ça roule (il y a aussi de la guimpe dans Guillaume de Dôle... traduit carrément comme "voilette"). Je n'ai pas cité toutes les occurrences de "guimpe" et assimilées dans les romans de Renart (facile, je sais), mais, vous pouvez aller vérifier. Rien qui ressemble, de manière certaine, même en se faisant l'avocat du diable, à une cagoule ou un voile cachant le cou et le menton. Et c'est aussi ce qu'on peut dire du texte de Gaimar.

Cnrtl Vs Lexis
J'voudrais pas dire mais, le cnrtl, il nous fournit une définition récente de guimpe, et du coup, la généralisation est rapide... Trop rapide. Bon, c'est pas comme si ça leur était déjà arrivé... Comment ? Quoi ? Le chainse ?? Ah ben oui, ils ont déjà fait le coup. Bref, quand tu fais dans le costume médiéval, le cnrtl n'est pas forcément un bon pote...

Si on va fureter du côté de la base de données de l'uni de Manchester, ben... On se retrouve toujours le bec dans l'eau. La base est bien plus riche, et fournit un paquet d'exemples, donc, bien plus utile de manière générale.
On est à Manchester, y en aura bien un qui finira le bec dans l'eau !
Certes, la définition décrit une bande de tissu englobant le menton. Mais, as usual, pour les utilisations les plus anciennes, on est dans le flou. Rien n'indique qu'aux XIIe et XIIIe siècle (du moins dans sa première moitié) la guimpe entourait totalement le visage.
The Precious

Pour la période qui nous intéresse, on a une citation des Homélies de Trinity College (Cambridge, n'allez pas vous perdre à Dublin), autour de 1200 qui dit très exactement ceci :
For þe lewede man wurðeð his spuse mid cloðes more þane mid him seluen. and prest naht sis*. [i.e. swo his.] chireche þe is his spuse; ac his daie þe is his hore. awlencð hire mid [p 117] cloðes. more þan him seluen. Ðe chire[che] cloðes ben to brokene; and ealde. and hise wiues shule ben hole; and newe. His alter cloð great and sole; and hire chemise smal. and hwit. and te albe sol; and hire smoc hwit. þe haued line sward; and hire winpel wit. oðer maked geleu mid saffran. 

Un grand merci à Gill Page qui m'a traduit ça en anglais quejecomprends (et à Stephen Pollington qui a fait aussi une traduction, qui coïncide. 2 traducteurs, c'est toujours plus sûr) : For the layman honours his wife with more clothes than himself and the priest does not [honour] his church which is his spouse but [instead] adorns his wench that is his whore with clothes more than himself. The church cloths are tattered and old, while his woman’s clothes are whole and new. His altar cloth thick and dirty, and her chemise fine and white. The alb dirty and her smock white. The head linen blackened, and her wimple white or made yellow with saffron. 
 
Un nouveau prêtre renonce aux biens de ce monde, symbolisés par une femme, Bible Moralisée, milieu du XIIIe s. Oxford, Bodleian Library MS Bodl. 270b, 208r

Bon, je vous fais juste la fin du texte (critique du mauvais prêtre qui s'occupe plus de sa "compagne", je censure, là, que de son église. C'est l'époque où, justement, on ne veut plus du mariage des curés... Ce texte est passionnant dans sa totalité, mais, je vous mets en français ce qui concerne la guimpe) :
Le linge de tête (du prêtre) est noirci et sa (celle de la maîtresse du prêtre) guimpe blanche ou jaunie au safran
Et c'est-y pas beau, on a en prime une vieille source de guimpe safranée, mal considérée ! D'une pierre deux coups !

Là encore, rien ne précise qu'il s'agisse d'un tissu enveloppant le bas du visage. En outre, il n'est pas fait mention d'un voile (c'est vrai, elle est considérée comme une dame de petite vertu, et les prostituées étaient parfois empêchées de porter un voile. Mais, ne pas oublier qu'il s'agit là d'un texte moralisateur, et que, vu le parti de l'auteur, la compagne du curé, même si elle lui est fidèle, sera forcément considérée comme une...). Si on suppose que la compagne du curé ne porte pas de voile, cela voudrait dire qu'elle porte sa guimpe à la Katharine Hepburn... Chose qu'on ne voit que dans les films... Maintenant, une mauvaise interprétation du mot guimpe pourrait expliquer aussi le délire Aliénor Hollywood. Mais... Purée... On parle d'une femme mariée. Y a de la confusion dans l'air... Tout simplement parce que rien ne colle !
Aliénor, emmerdeuse de maris professionnelle (oh oui !!!) Mais pas avec cette tenue !!!
Conclusion
La guimpe cagoule ou oeuf de pâques, ou paquet cadeau, avant le dernier tiers du XIIIe (à la limite, mi XIIIe), ça paraît sérieusement fort douteux. Il semble plus que probable qu'on ait un glissement du sens du mot vers un accessoire précis. Les textes montrent que les guimpes demandaient une technique spécifique. On peut supposer que les étoffes tissées selon cette technique ont été utilisées, vers la fin XIIIe, comme nouvel accessoire enveloppant, d'où le glissement sémantique. Un phénomène fréquent dans l'histoire du costume (une robe XIIIe, ce n'est pas une robe actuelle, par exemple).
Si le terme n'est pas à associer avec cet usage précis, il faut aussi, et surtout, ne pas oublier que... Ben... On ne porte pas d'étoffe de cette manière. Même chez les nonnes ! Après, fin XIIIe, ce sera une autre histoire. Mais XI, XII, et la plus grande partie du XIII le message est :


 Ah, et pour la touaille... C'est pareil... rien qui fasse oeuf de pâques dans les textes. Si on a les images touaille = bande de tissu qui passe sous le menton et fait un noeud et fait aussi turban, leur analyse poussée fait toujours retomber sur quelque chose relevant de l'altérité (et des altérités, y en a un paquet dans la société médiévale. Cette représentation ayant même le mérite de pousser plus loin la réflexion sur l'altérité, et bim. Ca tombe toujours du bon côté de la pièce, non truquée).
Ca aussi, c'est silly
Dans les textes, la touaille est n'importe quel bout de tissu, pour simplifier. Du coup, c'est un mot qu'on va mettre partout, pour éviter une répétition, par exemple... Et pas que pour signifier un tissu sur la tête... Un chiffon (les petites marionnettes), un torchon, une serviette, une nappe. Tout ce qu'on veut, tant que c'est du tissu.
A quoi ce qu'on a pris l'habitude d'appeler les touailles me font penser en ce moment...

Rappel : Par ici de bonnes infos sur les coiffes féminines au XIIIe siècle